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Full text of "Principes d'hygiène : rédigés conformément aux derniers programmes officiels ... dans les lycées, collèges et écoles normales primaires"

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Principes dïïjgiène 

(Lycées et Ecoles Norni; 



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PRINCIPES D'HYGIÈNE 



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PRINCIPES 



D'HYGIÈNE 



CONFORMEMENT AUX DERNIERS PROGRAMMES OFFICIELS 



ADOPTES l'Ot'R I. ENSEIGNEMENT 



DANS LES LYCÉES, COLLÈGES ET ÉCOLES NORMALES PEIMAIEES 

PAR S/*~~ ~ ' 

M. B. LAMOUNElf-îli.: 

AGREGE DE L'UNIVEHSITÀ „'-• 



DOCTEUR ES SCIENCE.;, PROFESSEUR IÙIISTOII1E NATU1Ï 
AU LYCÉE DE TOULOUSE 




• 



TOULOUSE 

ÉD. PRIVAT, ÉDITEUR 
■15, rue des Tourneurs, 45. 



PARIS 

0. DOIN, ÉDITEUR 
4, place de l'Odéon, 4. 



PRÉFACE 



Cet ouvrage a été rédigé conformément au 
programme du 28 janvier 1890 pour rensei- 
gnement de l'Hygiène dans les Lycées et Collè- 
ges, et au programme du 10 janvier 1889 dans 
les Écoles normales primaires. J'ai cru rendre 
quelque service à ceux qui voudront bien le 
consulter en ajoutant, à la suite du dévelop- 
pement de ces programmes, un bref résumé des 
premiers soins qu'il est urgent de donner en 
cas d'accident grave en l'absence du médecin 
et en attendant son arrivée. 

En présentant ce modeste travail aux jeunes 



w^M 



VI 



PREFACE. 



gens pour lesquels il a été spécialement écrit. 

je voudrais les savoir pénétrés de cette pensée 
qu'ils sont appelés à rendre les plus grands ser- 
vices à la société en conseillant et en prenant 
au besoin autour d'aux des mesures urgentes, 
propres à lutter avec toutes les chances de suc- 
cès contre les milieux défavorables à la santé 
des individus et contre les maladies qui nous 
frappent ou qui frappent autour de nous. S'il est 
une notion dont ils doivent être profondément 
convaincus, c'est celle qui résulte des impor- 

. tantes découvertes faites dans le domaine de 
l'Hygiène, à la suite des mémorables recherches 
de M. Pasteur et des savants qui ont marché 
dans sa voie : les maladies contagieuses peu- 
vent être définitivement vaincues; on en guérit 
quelques-unes , mais on supprime la plupart 
d'entre elles, ce qui vaut encore mieux, et on 
les supprime par l'Hygiène. On les supprime... 
il faudrait dire on parviendra à les supprimer, 
car elles contribuent à faire de trop nombreuses 
victimes, grâce à l'ignorance qui est leur meil- 
leur auxiliaire puisqu'elle laisse les individus 



PREFACE. 



VII 



inertes , impuissants en face de la maladie qui 
les guette. 

La démonstration de ce fait apparaîtra écla- 
tante, indiscutable, je l'espère, aux lecteurs de 
ce livre, et je ne puis que leur conseiller d'en 
tourner les feuillets, de les étudier, de les mé- 
diter et d'en graver les principes essentiels dans 
leur esprit. Ils trouveront ce travail aride, — inu- 
tile peut-être, — car nos jeunes gens se préoccu- 
pent avant tout de l'étude des matières exigées 
dans les examens qu'ils se préparent à subir, et 
il est probable que l'Hygiène ne sera pas de 
longtemps encore comprise dans ces matières. 

Peu importe, il leur restera toujours quelque 
chose des leçons du professeur et des lectures 
qu'ils auront faites, même rapidement; ils n'ou- 
blieront jamais qu'il est une science, utile entre 
toutes, qui assure la santé, le plus précieux des 
biens. Ils retourneront à elle un jour ou l'autre, 
et alors, grâce à la situation qu'ils occuperont 
dans la société par leur fortune ou par leur ins- 
truction, ils rendront à la patrie tous les ser- 
vices qu'attendent d'eux les hommes éminents 



vnr 



PREFACE. 



qui patiemment, sans bruit et sans relâche, con- 
sacrent leurs meilleurs efforts à la préparation 
de générations éclairées et saines. 



B. Lamounette. 



Mars 1891. 



PROGRAMME 

Prescrit pour la classe de Philosophie de l'Enseignement 
secondaire classique, par arrêté du 12 août 1890. 

(Douze conférences d'une heure chacune.) 

L'Eau. — Les diverses eaux potables : ■ eau de source, 
eau de rivière, eau de puits. — L'eau de source seule 
est pure: toutes les eaux peuvent être contaminées; 
modes de contamination. 

Des moyens de purifier l'eau potable : filtration, ébulli- 
tion. 

L'Air. — De la quantité d'air nécessaire dans les habita- 
tions, etc. — Dangers de l'air confiné. — Renouvelle- 
ment de l'air. — Ventilation. — Altération de l'air par 
les poussières, les gaz. 

Voisinage des marais. 

Les Aliments. — Falsifications principales des ali- 
ments usuels, solides et liquides. 

Viandes dangereuses : parasitisme et germes infectieux 
(trichinose, ladrerie, charbon, tuberculose); viandes 
putréfiées (intoxication par la viande du porc, les sau- 
cisses). 

Des boissons alcooliques. — L'alcoolisme. 

Les Maladies contagieuses. — Qu'est-ce qu'une 

maladie contagieuse ou transmissible ? Exemple : une 
maladie type dont la transmission est expérimentale- 
ment facile. Le charbon, expériences de M. Pasteur. 

Indication rapide des principales maladies contagieuses 
de l'homme, voies de transmission : l'air, l'eau, l'appa- 
reil respiratoire, l'appareil digestif. 

Teigne, gale, fièvres éruptives, variole, rougeole, scarla- 
tine, tuberculose. 






PROGRAMMES. 



Mortalité par va- 



Vaccination. Revaccination. 

e ' , . „«„„ Proiihvlaxie. — Désinfection. 
Mesures de préservation.— fropnyï»^ 

— Propreté corporelle. 

Conditions de salubrité d'une maison. - La mai- 
son salubre, la maison insalubre. 

Les mÏadies transmises par les déjections humâmes : 
lièvre tvphoïde, choiera. 

Notions' de police sanitaire des ; «J*™^^ 
ladies transmissibles à 1 homme . la rage, la 
charbon, la tuberculose. 
Jata g e° enfouissent!. (Loi du 21 juillet 1881 sur la 
police sanitaire des animaux.) 

PROGRAMME 

Prescrit pour les Écoles norma.es primaires , par arrêté 
du 10 janvier 1839. 

(Vingt leçons d'une heure.) 

L'Eau - Les diverses eaux potables : eau de source 
^rivière eau de puits. L'eau de source seule est 
Peftouîeï* Tes autres e'au* peuvent être contaminées; 
modes de contamination. 

Des moyens de purifier l'eau potable : filtration, ebulli- 

tion. . 

t -Air De la quantité d'air nécessaire dans les habi- 
tations^ Dal^ de l'air confiné. Renouvellement de 
l'air ventilation, voisinage des marais. 

Les Aliments. -Falsifications alimentaires princi- 
pe dis aliments solides et liquides ordinaire.. 

les viandes dangereuses : parasitisme ou germes in- 
fectLuxTtrichinose: ladrerie, charbon, tuberculose,. 

^arides putréfiées, intoxication par la viande du poic, 
les saucisses. 



PROGRAMMES. 



XI 



Les Maladies contagieuses. — Qu'est-ce qu'une 
maladie contagieuse? Exemple : une maladie type et dé- 
monstration simple. Le charbon, expériences de M. Pas- 

teur. Indication rapide des principales maladies conta- 
gieuses de l'homme. 

Mesures de précaution. Ce que c'est que la désinfec- 
tion. 

Les Matières fécales. — Moyens d'évacuation : 
fosses fixes, étanches, etc. Épandage, préservation des 
cours d'eau. Les maladies transmises par les matières 
fécales : fièvre typhoïde, choléra. 

La Maison salubre. — La maison d'école salubre 
(•application des préceptes précédents). Air, eau. Jieux 
d'aisances, etc. 

Les Maladies contractées à l'école. — Teigne, 
gale: exemples de quelques maladies contagieuses, fiè- 
vres éruptives (variole, rougeole, scarlatine). 

Vaccination. Revaccination. — Mortalité par va- 
riole. 

Hygiène de l'enfance. — Nouveau-né. Son alimen- 
tation. Préjugés populaires. Le lait. Dangers quand il 
provient d'une vache tuberculeuse. 

De quelques maladies des animaux. — La rage, 

la morve, la peste bovine, le charbon. Abatage. Enfouis- 
sement (loi du 21 juillet 1881 sur la police sanitaire des 
animaux). 



PRINCIPES D'HYGIÈNE 



LE Ali 



1. — Caractères généraux des eaux potables. 

liôle de l'eau dans la vie de l'homme. 

Origine des eaux de l'alimentation. 

Les principes qui peuvent être contenus dans les eaux. 

Qualités d'une eau potable et pure. 



1. Rôle de l'eau dans la vie de l'homme. — 
L'eau est indispensable à la vie de l'homme, et elle 
joue un rôle important au double point de vue de 
la quantité et de la qualité. 

Au point de vue de la quantité, on estime tout 
d'abord qu'un homme adulte doit absorber de un 
litre et demi à deux litres d'eau par jour, autant 
pour compenser les pertes qui se produisent sans 
eesse par la transpiration et la sécrétion des glandes 
(glandes sudoripares, reins, etc.), que pour favoriser 
la digestion et l'absorption des aliments et pour 
maintenir les tissus dans leur état normal (60 % 






2 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

d'eau environ) 1 . En outre, l'eau est utilisée large- 
ment pour les soins de propreté, pour les prépara- 
tions culinaires, etc. Aussi, les hygiénistes admet- 
tent que l'homme devrait disposer par jour de 
140 à 160 litres d'eau, ainsi décomposés : service 
domestique, 54' litres; bains, 13; cabinets, 27; 
jtertsïs, 13; service municipal, 22; industries, 22. La 
plupart des grandes villes distribuent l'eau le plus 
généreusement possible ; Paris va donner à chaque 
habitant 250 litres par jour; Marseille en donne 
470 litres et Rome 1,100. 

La qualité de l'eau absorbée influe tellement sur 
la santé et le développement de l'homme qu'on a pu 
établir un rapport entre elle et la beauté des popu- 
lations. Il est, au reste, prouvé actuellement que, 
sans tenir compte des principes nuisibles, minéraux 
ou organiques, qui peuvent s'y rencontrer, l'eau est 
le véhicule naturel des germes de plusieurs mala- 
dies contagieuses. Aussi l'hygiène doit-elle envi- 
sager tout spécialement l'eau au 'point de rue de- 
là qualité. 

2. Origine des eaux de l'alimentation. — 
L'homme utilise pour son alimentation toutes les 
eaux de pluie, et ce n'est que dans des cas excep- 
tionnels qu'il fait usage de l'eau des mers après dis- 
tillation. Toutes les eaux ont, par conséquent, une 
origine commune, la pluie, et les différences de 
composition qui les caractérisent tiennent à des 

1 . La quantité de 1 litre et demi à 2 litres comprend non seule- 
mont l'eau de boisson, mais aussi l'eau des potages, du lait, du 
,vin, etc. 



CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES EAUX POTABLES. 3 

causes secondaires qui font entrer dans les unes 
des principes qui ne se trouvent pas dans les autres. 
Si l'on n'envisage que le sens strict des mots, on 
doit désigner sous le nom d'eaux potables toutes les 
eaux qui concourent à l'alimentation de l'homme. 
Mais tout le monde sait que les eaux des sources, 
des cours (Veau, des puits, des citernes, des 
étangs, etc.. ont des qualités spécifiques qui recom- 
mandent les unes et l'ont rejeter les autres toutes 
les fois qu'il est possible de le faire: ce sonl là au- 
tant d'origines, en quelque sorte secondaires, dont 
il importe d'établir les conditions générales. 

1» Eaux des sources. — Une partie de l'eau des 
pluies s'infiltre dans le sol, dont elle traverse lente- 
ment, goutte à goutte, 1rs couches perméables, pour 
s'arrêter, à une profondeur variable d'un poini à un 
autre, au-dessus d'une couche imperméable généra- 
lement formée d'argile. A cet état, elle constitue 
une nappe souterraine qui, suivant l'horizontalité 
ou l'inclinaison de la couche imperméable, s'écoule 
au dehors par plusieurs points ou par un seul point : 
ce sont là les sources, dont le débit dépend princi- 
palement de l'abondance des eaux d'infiltration. 

Les eaux des sources sont limpides, d'un goût 
agréable, d'une température à peu près constante. 
2° Eaux des cours d'eau. — Une autre partie de 
l'eau des pluies s'écoule à la surface même du sol 
en se creusant de petits lits temporaires, et contribue 
à former les cours d'eau avec les sources et avec le 
produit de la fonte des neiges et des glaces. A l'in- 
verse des eaux des sources, les cours d'eau coulent 




4 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

à découvert, condition défavorable pour le main- 
tien des bonnes qualités primitives de leurs eaux; 
en outre, les cours d'eau alimentent des usines 
variées, reçoivent les égoûts, les impuretés des lin- 
ges lavés, etc. Aussi la composition de leurs eaux 
varie-t-elle d'un point à un autre et est-elle de plus 
en plus complexe à mesure qu'on s'éloigne de leur 
lieu d'origine. 

30 Eaux des puits. — Les puits sont alimentés 
par des nappes souterraines provenant des eaux 
d'infiltration. Maçonnés ou non, ils sont générale- 
ment creusés, dans les villes comme dans les villa- 
ges, à une faible profondeur du sol, c'est-à-dire à 
travers des couches imbibées jusqu'à saturation des 
eaux ménagères, des déjections, etc. 11 en est dont 
les eaux renferment tellement d'impuretés qu'ils ont 
reçu le nom caractéristique de puits initiais. L'eau 
des puits artésiens, puisée à une profondeur très 
grande (500 mètres et plus), ainsi que l'eau des 
puits ordinaires profonds de 30 mètres, convenable- 
ment établis et entretenus, se trouvent seules dans 
! les conditions générales des eaux de sources. 

4" Eaux des citernes.— Les citernes sont des 
réservoirs variés, en zinc, en bois, en maçonne- 
rie, etc., qui reçoivent les eaux des pluies générale- 
ment recueillies par les gouttières. Ces eaux ont le 
grave inconvénient d'avoir tout d'abord balayé les 
toits souillés par la fumée et par les poussières les 
plus diverses, ce qui les rend peu recommandables. 
5° Eaux des étangs, des ?narais, etc. — Les 
étangs et les marais sont des réservoirs naturels où 



CARACTERES GÉNÉRAUX DES EAUX POTABLES. .) 

se rassemblent les eaux des pluies qui y restent à 
letat de stagnation plus ou moins complète. Dans 
les étangs et les marais, une foule d'êtres, animaux 
et végétaux, vivent, meurent et pourrissent; ce sont 
des conditions absolument mauvaises pour la con- 
servation des bonnes qualités de leurs eaux, qui 
deviennent épaisses, fétides, à tel point que les ani- 
maux mêmes s'abstiennent de les boire. 

3. Les principes qui peuvent être contenus 
dans les eaux. — Les principes ou matières qui 
peuvent être contenus dans les eaux sont très 
nombreux et variables, non seulement d'une eau à 
une autre, mais dans une même eau. Nous indique? 
rons les plus importants d'entre eux dans les Irois 
catégories suivantes : gaz, principes minéraux', 
matières organiques, eu insistant plus particu- 
lièrement sur ceux qui sont nuisibles à l'orga- 
nisme. 

1° Gaz-. — Les principaux gaz dissous dans les 
eaux sont 17/ ir, l'acide Carbonique <'t X ammoniaque 
enlevés àl'atmosphère par les pluies. L'airet l'acide 
carbonique rendent les eaux de boisson agréables 
au goût; l'acide carbonique favorise certaines fonc- 
tions digestives, ce qui explique l'usage des buis- 
sons gazeuses; l'air n'est pas indispensable car de 
tout temps les Chinois ont fait usage d'eau bouillie. 

L'ammoniaque se trouve dans les eaux en très 
petite quantité (quelques milligrammes par litre), et 
généralement sous forme de carbonate d'ammonia- 
que. 11 est aussi le produit de la décomposition des 
matières organiques, ce qui peut rendre suspectes 



D PRINCIPES D HYGIÈNE. 

certaines eaux qui en renferment des quantités plus 
grandes. 

2° Principes minéraux ou matières fixes. — On 
évalue la quantité des matières fixes en soumettant 
les eaux à une ébulition prolongée jusqu'à siccité 
complète; ces matières restent dans le vase sous 
forme de dépôt que l'on pèse. On trouve ainsi géné- 
ralement de O r 16 à O r 40 par litre. L'analyse chimi- 
que seule permet de distinguer la nature de ces 
matières, qui varient principalement suivant la na- 
ture des terrains traversés. Il n'y a pas de matières 
fixes dans les eaux distillées ; il n'y en a pas non 
plus ou il y en a très peu dans les eaux des citernes, 
ce. qui n'indique nullement que ces eaux doivent 
être préférées aux autres, car certains principes 
minéraux sont indispensables. 

Les sels de chaux dominent dans les matières 
fixes, et, parmi eux, le carbonate et le phosphate 
de chaux, qui sont particulièrement utiles pour le 
développement du tissu osseux. Lorsque le sulfate 
de chaux se trouve en quantité dépassant O r 2 par 
litre, l'eau est dite séléniteuse ; elle ne dissout pas 
le savon et elle est impropre à la cuisson des légu- 
mes. 

Les sels de soude sont les plus importants après 
les sels calcaires : le chlorure de sodium, le sulfate 
et le carbonate de soude se trouvent habituelle- 
ment dans toutes les eaux, même dans les eaux de 
source. 

Les sels de potasse et de magnésie ne se rencon- 
trent ordinairement dans les eaux qu'en quantités 



■I 



CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES EAUX POTABLES. / 

minimes; en proportions plus grandes, les sels de 
magnésie produisent des effets purgatifs. 

Les nitrates, même en quantités minimes, doi- 
vent rendre les eaux de boisson suspectes, car ils 
proviennent de la décomposition des matières orga- 
niques. 

Les chlorures sont habituels dans les eaux, 
qu'ils rendent absolument mauvaises au-dessus de 
50 milligrammes par litre. 

Signalons encore la silice, les bromures, les iodu- 
res, en quantité extrêmement faibles. 

3° Matières organiques. — Les matières organi- 
ques sont dissoutes ou non dans les eaux, à l'état 
mort ou à l'état vivant. 

Les matières organiques mortes proviennent, 
pour la plupart, de la décomposition des animaux 
et des végétaux après leur mort, tandis que les 
matières organiques vivantes sont des êtres organi- 
sés ou des germes d'êtres organisés: parmi elles, 
nous citerons des irnfs microscopiques de vers pa- 
rasites de l'homme et des animaux et des microbes, 
tels <jue le microbe de la lièvre typhoïde, de la 
dysenterie et du choléra. 

On évalue approximativement la quantité de ma- 
tières organiques contenues dans 1rs eaux en calcu- 
lant le poids d'oxygène qu'elles empruntent au 
permanganate de potasse alcalin el bouillant, parce 
qu'il y a une proportionnalité constante entre ce 
poids et cette quantité. Toute eau est suspect^ 
quand elle renferme plus de 2 milligrammes par 
litre de matières organiques. 



! 



.s 



PRINCIPES D HYGIENE. 



L'analyse chimique des eaux doit toujours être 
complétée par l'analyse microscopique, qui seule 
peut renseigner sur la nature des germes ou des 
êtres qui se trouvent dans les eaux de l'alimenta- 
tion; mais l'analyse microscopique ne peut être 
entreprise que par les personnes versées dans l'étude 
des infiniment petits. 

4. Qualités d'une eau potable et pure. — Ainsi 
qu'on l'a vu, une bonne eau potable n'est pas de 
l'eau distillée, qui, par la distillation, a perdu les 
gaz et les principes minéraux jouant un rôle impor- 
tant dans la nutrition. 

lue bonne eau potable se reconnaît à certains 
caractères, les uns purement physiques, les autres 
chimiques. 

Au point de vue physique, une bonne eau potable 
a une saveur agréable et légère; elle reste limpide 
et inodore après un repos de plusieurs jours. Ces 
caractères peuvent être observés par tout le monde, 
mais ils ne donnent qu'une indication vague que les 
caractères chimiques doivent préciser. 

Voici les résultats généraux donnés par les ana- 
lyses chimiques : 

1° L'eau potable doit mousser facilement avec 
peu de savon. Chacun peut faire un essai rapide à 
cet égard; mais, en chimie, on détermine exacte- 
ment le degré hydrotitnétrique de l'eau, c'est-à-dire 
la quantité de savon employée pour faire mousser 
une quantité donnée d'eau. Les chimistes ont établi 
ainsi une échelle de degrés telle que toute eau est 
très pure de 5 à 15° bydrotimétriques, potable ifb 



CARACTERES GENERAUX DES EAUX POTABLES. 



!) 



15 à 30". suspecte au-dessus de 30° et absolument 
mauvaise au-dessus de 100°. A partir de 30°, l'eau 
mousse difficilement parce qu'elle contient trop de 
sels minéraux, ce qui se voit par la mauvaise cuis- 
son des légumes et le lavage insuffisant du linge. 

2° L'eau potable doit contenir dos sels minéraux, 
mais en quantité relativement faillie. 50 centigram- 
mes au plus par litre. Le sulfate de chaux rend les 
eaux dures, lourdes à l'estomac quand il dépasse 
20 centigrammes par litre. 

3° Les chlorures se trouvent dans les bonnes eaux 
potables, mais la quantité totale de chlore doit être 
très faible, 15 milligrammes par litre pour une eau 
très pure, moins de 40 milligrammes pour une eau 
potable: au-dessus de 50 milligrammes, toute eau 
est suspecte, et absolument mauvaise au-dessus 
de 100 milligrammes. 

4° Toute eau est suspecte lorsqu'elle renferme 
plus de 2 milligrammes par litre de matières orga- 
niques. Le caractère tiré de l'absence de dépôt e1 
d"odeur par le repos ou par la filtration peut n'avoir 
aucune signification, car les organismes microsco- 
piques passent à travers les libres. 

En résumé, une eau est considérée comme potable 
lorsque l'analyse chimique donne les nombres sui- 
vants : 

1° Degré hydrotimétrique au-dessous de 30; 

2° Poids des sels minéraux, 50 centigrammes au 
plus par litre ; 

3° Poids du sulfate de chaux, 20 centigrammes au 
plus par litre ; 






10 



PRINCIPES D HYGIÈNE. 



4° Poids total du chlore des chlorures, moins de 
40 milligrammes par litre ; 

5° Poids des matières organiques, au plus 2 milli- 
grammes par litre. 

Mais l'eau potable qui réunit ces conditions et les 
caractères physiques indiqués plus haut n'est pas 
nécessairement une eau pure, car elle peut renfer- 
mer des êtres vivants, des microbes, germes de 
graves maladies; aussi dirons-nous que l'eau po- 
table doit être pure et que l'eau potable qui ren- 
ferme des êtres vivants est impure, par consé- 
quent suspecte et dangereuse. 



§ 2. — Les eaux potables pures et les eaux 
impures. 

L'eau îles sources est pure. 
Les eaux courantes peuvent êlre contaminées. 
Les eaux des puits peuvent être contaminées. 

Toutes les autres eaux peuvent être contaminées; l'eau de source 
seule est pure. 



5. L'eau des sources est pure. — La composi- 
tion des eaux des sources varie suivant la nature des 
terrains ou des roches traversés par les eaux d'infil- 
tration : les eaux des roches siliceuses sont pauvres- 
en principes minéraux ; celles des roches calcaires 
et des roches argileuses sont riches en sels de chaux: 
celles des roches gypseuses en sulfate de chaux, etc. 
Une bonne partie de ces divers principes minéraux 
est absorbée dans le sol par les racines des plantes, 



EAUX PURES ET EAUX IMPURES. 



11 



ce qui peut être considéré comme une épuration 
partielle des eaux des sources. 

Ce qu'il importe surtout de faire ressortir, c'esl 
que les conditions de la formation des sources per- 
mettent de regarder leurs eaux comme absolument 
'pures de tout germe vivant. Les eaux des pluies 
passent goutte à goutte à travers les diverses cou- 
ches du sol ; elles entraînent nécessairement les 
impuretés des couches superficielles, telles que les 
germes nuisibles ; mais les couches plus profondes 
agissent comme des filtres parfaits,, qui retiennenl 
tout ce qui n'est pas parfaitement dissous dans les 
eaux qui les traversent. Aussi peut-on dire d'une 
façon absolue que les eaux des sources, si elles réu- 
nissent par ailleurs les conditions des eaux pota- 
bles, méritent une confiance parfaite dans l'alimen- 
tation de l'homme, parce qu'elles sont entièrement 
pures de tout germe, si grandes que soient les impu- 
retés des couches superficielles du sol. 

U. Les eaux courantes peuvent être contami- 
nées. — Les eaux courantes sont généralement 
pures à leur origine, mais, dans leur parcours, elles 
sont soumises à un grand nombre de contaminations 
diverses, qui peuvent les souiller jusqu'à un degré 
incroyable. En effet — sans compter que la nature 
des terrains traversés varie d'un moment à l'autre. 
ce qui a pour résultat d'augmenter la quantité des 
matières lixes — les cours d'eau servent à un grand 
nombre d'usages (lavoirs, usines, etc.), et sont 
comme les réservoirs naturels de toutes les impu- 
retés des villes et des villages (lavage des rues. 






12 



PRINCIPES D HYGIENE. 



vidanges, égoùts, etc.). « Deux cours d'eau anglais, 
l'Aire et le Calder, ont été particulièrement signalés 
à ce sujet, et les remarques de Fonssagrives et de 
Nichols les ont rendus célèbres dans les deux mon- 
des. Ces deux malheureuses rivières reçoivent de 
plusieurs villes industrielles toutes les impuretés 
imaginables : matières fécales, urines des habitants. 
cadavres d'animaux, débris d'abattoir, eaux des fila- 
tures de laine et de coton, des corroieries, tanneries, 
fabriques de produits chimiques, boues de la voie 
publique, etc.. Les eaux ainsi outragées sont noi- 
res, fétides, et rien que leurs émanations poussent 
à la nausée » (D r Arnould). 

Sans chercher si loin des exemples d'eaux conta- 
minées, souillées, nous rappellerons que les eaux 
de la Bièvre, à Paris, sont tellement altérées que h's 
herbes vertes n'y peuvent vivre à partir d'Antony, 
et que, surtout pendant l'été, des gaz d'une odeur 
repoussante se dégagent de ce petit cours d'eau. 

Les rivières qui traversent les grandes villes in- 
dustrielles sont, tout aussi impures que la Bièvre. 
Une goutte d'eau prise dans la Seine, à ( lhaillot, et 
étudiée au microscope par M. .1. Poisson, renfermait 
des poils, des cellules épithéliales, des fils de laine, 
de coton, des organismes divers..., en un mot, tout 
un monde d'impuretés: on a pu compter cent mille 
germes et quelquefois davantage dans un centimètre 
cube d'eau très souillée. 

Toutes les souillures des eaux courantes se mani- 
festent à l'analyse chimique par la disparition de 
l'oxygène et l'abondance des sels ammoniacaux, et. 



EAUX PURES ET EAUX IMPURES. 13 

à l'analyse microscopique, par une proportion exa- 
gérée de matières organiques et de germes vivants. 
Au point de vue physique, les eaux courantes souil- 
lées se reconnaissent à des caractères qui ont été 
mis en évidence par M. Gérardin. D'après ce savant, 
une eau est saine lorsque les animaux et les végé- 
taux doués d'une organisation supérieure peuvent 
y vivre ; elle est infectée lorsqu'elle fait périr ces 
mêmes êtres et qu'elle ne peut nourrir que des 
infusoires et des cryptogames. Dès que les eaux 
s'altèrent, les poissons éprouvent des malaises évi- 
dents; ils remontent à la surface, s'engourdissent, 
et ne tardent pas à périr si l'altération persiste... 
Le Cresson de fontaine est la plus délicate des 
plantes aquatiques; les Roseaux, les Patiences, les 
Ciguës, les Menthes, les Nénuphars, s'accommodent 
d'eaux médiocres. Les Phragmites 1 survivent les 
derniers, car ils continuent à croître et à se déve- 
lopper dans les eaux les plus infectes. 

Parmi les Mollusques, la Physa fontinalis ne vil 
que dans des eaux très pures ; la ValvatapiscinaUs, 
dans les eaux saines; les Lymnées, dans des eaux 
ordinaires: les Planorbes et les Bithynies. dans les 
eaux médiocres. Aucun mollusque ne vit dans les 
eaux infectées. 

En d'autres termes, les meilleurs réactifs des 
eaux courantes sont les êtres vivants : végétaux 
phanérogames et mollusques. 

1. Les Phragmites sont des plantes delà famille des Graminées ; 
une e?pècc de Phragmites (Fh. communis) porte le nom de roseau 
à balais. 






14 



PRINCIPES D HYGIENE 



Cependant les grandes villes ne peuvent pas suf- 
fire aux besoins des habitants avec les seules eaux 
des sources : nous verrons comment elles utilisent 
les eaux courantes. 

En résumé, les eaux des cours d'eau sont souil- 
lées, contaminées à partir de leur origine, et leur 
contamination est due principalement aux impu- 
retés qu'elles reçoivent à leur passage dans les vil- 
lages et dans les villes. 

7. Les eaux des puits peuvent être contami- 
nées. — Les puits qui s'alimentent à des nappes 
souterraines situées au moins à 30 mètres de pro- 
fondeur renferment des eaux pures s'ils sont ma- 
ronnes au ciment à leur partie supérieure et conve- 
nablement garantis à l'extérieur par une margelle 
élevée et un toit impénétrable. On comprend que 
les eaux de ces puits de sources se trouvent entiè- 
rement dans les conditions des eaux des sources et 
qu'elles ont été parfaitement filtrées dans les cou- 
ches du sol. 

Mais, en général, les puits sont peu profonds (de 
5 à 12 mètres), mal cimentés, alimentés par des 
eaux presque superficielles et impures. Ces eaux, 
souillées par les fosses d'aisances imparfaitement 
maçonnées, par les eaux ménagères, les fosses à 
purin, les eaux croupissantes, etc., doivent toujours 
— et surtout en temps d'épidémies — être considé- 
rées comme très suspectes ; elles sont pour ainsi 
dire infailliblement souillées, contaminées par tous 
les germes entraînés par les eaux d'infiltration 
insuffisamment épurées. 






EAUX PURES ET EAUX IMPURES. 



15 



B?l- - " v 



Nous empruntons à l'excellent Précis d'hygiène 
appliquée du D r Richard, la figure et la description 
. des puits tubes qui méritent une confiance absolue, 
car ils sont garantis contre les souillures qui peu- 
vent provenir de la surface du sol ou de sa profon- 
deur (flg. 1). 

« Lorsque l'on cherche l'eau d'une couche pro- 
fonde et qu'on a intérêt à écarter la nappe superfi- 
cielle, on procède comme 
il suit : on commence par W 

enfoncer un tube conduc- " r "~' 5 7" : i! 
teur d'un calibre assez 
fort , — mettons 35 cen- 
timètres — jusqu'au des- 
sous du niveau de la 
nappe: dans l'intérieur 
de ce premier tube on en 
fait passer un second 
que l'on poussera jusque 
dans la couche à capter. 
Puis, dans l'espace an- 
nulaire, compris entre 
les deux tubes, on coule 
du ciment de Portland très liquide qui, une fois 
qu'il est pris, rend toute communication impos- 
sible entre les eaux de la nappe supérieure et 
celles de la nappe inférieure. Cet isolement est très 
utile dans les cas où la nappe supérieure est conta- 
minée par des infiltrations d'usines, de fosses d'ai- 
sances, de dépôts de fumiers, etc. » 

8. Toutes les autres eaux peuvent être conta- 




Fig. i. — Puits tube protégé contre l'as- 
cension de la première nappe. 



16 



PRINCIPES D HYGIENE. 



minées; l'eau de source seule est pure. — Il est 

ù peine besoin d'indiquer que les eaux des citernes, 
ainsi que les eaux des étangs, des marais, etc., cou- 
rent les plus grands risques de contamination. 

Les eaux des citernes sont peu minéralisées, ce 
qui est un inconvénient au point de vue hygiénique: 
elles peuvent avoir dissout, sur les toits, des corps 
nuisibles, du plomb par exemple. Mais ce qui est 
plus grave, c'est qu'elles ont entraîné les matières 
organiques déposées sur les toits; aussi n'est-il pas 
rare d'observer dans les eaux des citernes un com- 
mencement de putréfaction, principalement carac- 
térisée par des bulles de gaz et par une odeur 
fétide. 

Quant aux eaux stagnantes des étangs et des 
marais, on peut dire que ce sont les plus impures 
de toutes à cause de la présence d'une infinité 
d'êtres qui y entretiennent constamment l'infection 
et la putréfaction. 

Nous résumerons les données précédentes dans 
le précepte suivant qu'il ne faut jamais oublier : 
L'eau de source seule est pure parce qu'elle ne 
renferme aucun germe; toutes les autres eaucc 
sont ou peuvent être impures, c'est-à-dire souillées 
'par la présence de germes rivants ; en buvant des 
eaux impures, on courut le risque d'être atteint de 
la fièvre typhoïde, de la dysenterie et du choléra, 
surtout en temps d'épidémie. 



MOYENS DE PURIFIER LES EAUX POTABLES 



■ 



■\ 



S 3. 



Les moyens de purifier les eaux potables. 

Ébullition.' 
Filtration. 



Le problème de l'hygiène des eaux de boisson 
serait réduit à une grande simplicité si les eaux des 
sources étaient utilisées partout dans l'alimentation 
de l'homme, puisqu'il se bornerait à l'analyse chi- 
mique de ces eaux. Mais si quelques localités ont 
pu s'imposer de grands sacrifices pour la captation 
des sources, la canalisation et la distribution de 
leurs eaux, un très grand nombre de villes ne peu- 
vent utiliser que les eaux courantes et les eaux des 
puits particuliers ou communaux. Heureusement, 
il existe des moyens de purilier les eaux les plus 
suspectes, même les eaux des marais ; ces moyens 
sont Yébullition et la filtration. 

p. Ébullition. — Uébullition est à la portée de 
tout le monde, puisqu'elle consiste simplement à 
l'aire bouillir l'eau, à l'exemple des (minois qui uti- 
lisent pour leur boisson des infusions de thé. de 
café ou de plantes aromatiques. Par ce procédé. 
l'eau est portée à la température de 100°, tempérai u in- 
suffisante pour tuer sinon tous les germes vivants, 
du moins tous ceux dont il importe le plus de se 
préserver, c'est-à-dire les germes de la fièvre ty- 
phoïde et du choléra. Aussi peut-on poser ce prin- 
cipe que., en tout temps, toute eau suspecte doit 






18 



PRINCIPES D HYGIÈNE. 



être soumise à l'ébullition, et que, en temps d'épi- 
démie cholérique ou typhoïde, il ne faut faire usage 
que d'eau bouillie. 

Sans doute, l'ébullition a l'inconvénient d'expul- 
ser les gaz de l'eau et de précipiter les principes 
minéraux; on aère l'eau en l'agitant à l'air pendant 
qu'elle bout et, si grand que puisse être l'inconvé- 
nient de l'absence de principes minéraux, il ne peut 
en aucune façon égaler l'avantage de la préservation 
des maladies contagieuses qui se transmettent par 
l'eau. 

10. Filtration. — La filtration a pour but, non 
pas simplement de clarifier l'eau, mais encore et 
surtout de retenir tous les germes qui peuvent s'y 
rencontrer ;vaussi tout filtre n'est parfait qu'autant 
qu'il arrête ces germes. 

La filtration est naturelle ou artificielle. 

La filtration naturelle se pratique dans quelques 
villes, Toulouse, Lyon, Magdebourg, qui utilisent 
pourl'aliinentation les eaux de leurs rivières. Les fil- 
tres naturels consistent dans un ensemble de galeries 
maçonnées et voûtées, qui sont creusées parallèle- 
ment à la direction du cours d'eau, de 1 à 3 mètres 
au-dessous du niveau des eaux les plus basses; ces 
galeries se remplissent par filtration de l'eau à tra- 
vers les couches de sable ou de graviers qui les 
séparent du courant. Est-ce là une filtration par- 
faite ? Les preuves manquent à cet égard, mais il 
est toujours bon de la compléter par la filtration 
artificielle, faite à domicile. 

La filtration artificielle se pratique avec les 



MOYENS DE PURIFIER LES EAUX POTABLES. 19 

filtres de ménage dont on trouve dans le commerce 
un certain nombre de modèles. Les uns consistent 
en couches alternatives de charbon et de gravier, 
les autres sont faits de couches de laine, de charbon 
et de sable, d'autres avec du charbon, quelques-uns 
avec une simple éponge. Ces divers filtres clarifient 
l'eau et la rendent plus agréable au goût ; mais ils 
laissent passer les microbes et leurs germes, qui se 
multiplient même fréquemment dans la substance 
filtrante. 

Les seuls modèles qui méritent la dénomination 
de filtres parfaits sont ceux qui ont été inventés 
par M. Ghamberland, collaborateur de M. Pasteur : 
il a été démontré en effet que les filtres Chambcr- 
land opposent une barrière infranchissable aux 
germes vivants s'ils sont convenablement nettoyés 
et stérilisés. 

L'élément fondamental des filtres Chamberland 
est un tube de porcelaine dégourdie qui porte le 
nom de bougie. Ce tube a m 20 de long, 0™025 de 
diamètre intérieur ; sa paroi a une épaisseur de 
2 millimètres. Sa forme est celle d'un cylindre 
fermé d'un côté, terminé en cône et ouvert du côté 
opposé. 

Deux modèles de filtres Ghamberland sont plus 
particulièrement employés dans les ménages, savoir : 

1° Le filtre sous pression à bougie unique ; 

2° Le filtre par aspiration, à plusieurs bougies. 

Le filtre sous pression, à bougie unique (ftg. 2), se 
compose d'une bougie entièrement renfermée dans 
un cylindre creux de métal, qui l'entoure de tous 






20 



PRINCIPES D HYGIENE. 



côtés et qui est percé dans le bas pour laisser passer 
le cône inférieur de la bougie ; dans le haut du 
cylindre métallique se trouve un pas de vis qui 
permet d'adapter l'appareil à un robinet par lequel 
l'eau à filtrer s'écoule à haute pression. Cette eau. 




Fis. 2. 



■ Filtre Chamlierland sons pression à bougie unique 
(coupé lon^iLuJinaleinent à gauche). 



remplit l'espace compris entre le cylindre et la bou- 
gie et passe lentement à travers les pores de la por- 
celaine : les germes sont retenus et l'on obtient de 
l'eau pure (§ de litre par heure et par mètre de pres- 
sion), qui coule par l'ouverture conique delà bougie. 
Ce filtre ne peut évidemment être employé que 



MOYENS DE PURIFIER LES EAUX POTABLES. - 21 

sur les conduits qui fournissent de l'eau à une forte 
pression. 

Les filtres par aspiration (fig. 3) sont générale- 
ment formés par plusieurs 
bougies adaptées à un tube ^.•'•'• v ' :::; .;. 

collecteur commun avec 
lequel communique un tube 
amorcevr. L'ensemble de 
l'appareil a la forme d'un 
siphon, dont la courte bran- 
che est représentée par les 
bougies et la longue brandie 
par un tuyau vertical de 
caoutchouc ou d'étaiu qui 
amène l'eau filtrée dans un 
réservoir. Sur le trajet de 
ce tuyau d'écoulement se 
trouve un tube amorcevr 
que l'on remplit d'eau et qui 
détermine une aspiration 
sur l'intérieur des bougies. 

Les filtres Chamberlain! 
doivent être l'objet de soins 
spéciaux, tels que le net- 
toyage et la stérilisation. 

Pour nettoyer les bougies, 
on arrête l'arrivée de l'eau 
et on retire de son armature 
la bougie d'un filtre à bougie 
unique ou bien on détache 
le collecteur d'un système de bougies. On porte 




I-'ig. ;{. — Chamberland par aspiration 
:i cinq bougies : 

A 1! bougies. 

C tube collecteur. 

I) tube de caoutchouc reliant le col-* 
lecteur a l'amorceur F. 

S réservoir recueillant l'eau filtrée 
du réservoir supérieur. 






9') 



PRINCIPES D HYGIENE. 



ensuite les bougies sous un courant d'eau et avec- 
une éponge ou une brosse en écrin, on détache avec 
soin le limon dont elles se sont chargées sur leur 
face externe. 

Quant à la stérilisation, elle est on ne peut plus 
facile, puisqu'il suffit de plonger les bougies dans 
l'eau bouillante pendant environ cinq minutes. 

Le nettoyage des filtres Chamberland et leur sté- 
rilisation doivent être pratiqués lorsque le débit des 
bougies est descendu au-dessous du tiers du débit 
initial. 

Les filtres Chamberland ne sont pas à la portée 
de toutes les bourses : les autres ne donnent qu'une 
sécurité imaginaire en temps d'épidémie. Aussi 
vaut-il infiniment mieux conseiller l'ébuilition, qui 
est à la fois une pratique simple et sûre. 






L'AIR 



§ 1. — Caractères généraux de l'air. 

Composition de l'air. 
Propriétés physiques de l'air. 
lïôle physiologique de l'air. 
Quantité d'air nécessaire à l'homme. 



11. Composition de l'air. — L'air est essentiel- 
lement composé d'azote et d'oocygène; il est l'élé- 
ment fondamental de l'atmosphère , mais on le 
trouve aussi dans l'eau à l'état de dissolution. Dans 
100 volumes d'air atmosphérique, on trouve en 
chiffres ronds 79 volumes d'azote et 21 volumes 
d'oxygène. Ces deux proportions des deux gaz cons- 
tituants sont à peu près constantes en tous les 
points de la terre et à toutes les hauteurs ; toutefois, 
près de la surface de la mer, le volume d'oxygène 
est un peu moindre, ce qui tient à la disparition 
de l'oxygène des eaux par la respiration des ani- 
maux marins et à son remplacement par l'oxygène 
de l'air. Dans 100 volumes d'air dissous dans l'eau, 
on trouve 67 volumes d'azote et 33 volumes d'oxy- 
gène, par conséquent plus d'oxygène et moins 
d'azote que dans l'air atmosphérique. Cette diffé- 
rence de composition vient de ce que, l'air étant un 
mélange, les- deux gaz qui le constituent se dissol- 
vent chacun selon son degré de solubilité. 
, L'air atmosphérique renferme toujours, en outre, 



m»mù* 




34 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau comme 
éléments normaux, mais en proportions variables 
et non constantes. Les analyses chimiques ont 
donné, en moyenne, 4 à 5 litres d'acide carbonique 
par 10.000 litres d'air i,^) et 9 litres de vapeur 
d'eau pour 1.000 litres d'air l~). 

On donne le nom d'atmosphère à la couche d'air 
qui entoure le globe terrestre: sa hauteur — ou son 
épaisseur — semble être comprise entre 60 et 80 ki- 
lomètres. On sait que les expériences de Torricelli 
et de Pascal ont démontré que l'atmosphère exerce 
une pression égale à 760 millimètres au niveau de 
la mer et qui augmente ou diminue suivant qu'on 
descend à un niveau inférieur ou qu'on monte à un 
niveau supérieur. Dans l'atmosphère on trouve, en 
plus des éléments normaux de l'air, des éléments 
accessoires, les uns gazeux (oxyde de carbone, 
ammoniaque, hydrogène sulfuré, etc.), les autres 
solides (poussières inorganiques, poussières orga- 
niques et germes vivants). 

On peut dire, en conséquence, que l'air dans le- 
quel vit l'homme présente ou peut présenter la 
composition suivante : 

! Azote, oxygène (essentiels). 

1° Éléments normaux < Acide carbonique, vapeur d'eau (acres- 

( st lires). 

I Poussières inorganiques. 

2° Éléments accessoires. ! Poussières organiques. 

( Germes vivants. 



L'hygiène étudie l'air au point de vue de ses pro- 
priétés physiques et sa composition. 



CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L AIR. 



Zi> 



12. Propriétés physiques de l'air. — On évalue 
à environ 20.000 kilogrammes la pression atmosphé- 
rique supportée par le corps de l'homme. Cette pres- 
sion est également répartie dans tous les sens; elle 
fait équilibre à celle qui est exercée en sens inverse 
par les gaz et les liquides du corps. Cette grande 
pression est insensible, mais toute variation brus- 
que peut entraîner des dangers dont l'hygiène doit 
se préoccuper. 

1° A ugmentation de pression. — Les ouvriers qui 
travaillent dans les mine.-; sont soumis à une légère 
augmentation de pression qui jusqu'ici parait 
n'avoir pas une bien notable importance dans l'insa- 
lubrité des travaux miniers. 

Il n'en est pas de même pour les ouvriers qui tra- 
vaillent à l'air comprimé (piles de pont, etc.); ils 
éprouvent des troubles divers — variables avec le 
degré de compression, la durée du séjour dans l'air 
comprimé — mais toutefois peu importants, car ils 
cessent à la sortie des tubes, si l'on évite une brus- 
que décompression. 

2° Diminution dr pression. — Les habitants des 
hautes montagnes s'adaptent aux conditions dans 
lesquelles ils vivent : leur taille est peu élevée, leur 
poitrine large, les mouvements respiratoires sont 
fréquents, etc. L'hygiène élémentaire n'a guère à 
envisager que les accidents qui peuvent survenir 
lorsque l'homme habitué à une pression normale se 
trouve placé plus ou moins brusquement à une pres- 
sion plus faible. Ces accidents surviennent principa- 
lement dans les ascensions des montagnes et dans 






2K 



PRINCIPES D HYGIÈNE. 



les ascensions aérostatiques; ils son! désignés sous 
les noms de mal des montagnes. Ils se manifestent 
surtout par des bourdonnements d'oreilles, de la 
lourdeur de tête, par des hémorragies, par une fai- 
blesse et une paresse croissantes. On les évite en 
absorbant de petites quantités d'oxygène emportés 
dans des flacons, parce que leur cause tient essen- 
tiellement à un manque d'oxygène. La mort peut 
arriver à la suite île ces accidents, ainsi que le 
témoigne l'ascension tristement célèbre entreprise le 
15 avril 1X7.") par Crocé-Spinelli, Sivel et G. Tissan- 
dier. Le départ avait eu lieu de Paris à onze heures 
quarante-cinq du matin: à quatre heures le ballon 
(le Zénith) atterrissait dans l'Indre avec les cada- 
vres de Sivel et de Crocé-Spinelli ; il avait atteint 
l'altitude de 8,600 mètres. 

La mort peut survenir aussi par une décom- 
pression brusque, comme cela est arrivé pour des 
ouvriers ayant travaillé dans l'air comprimé et ra- 
menés sans transition à la pression normale. Les gaz 
dissous dans le sang sous l'influence d'une forte 
pression se dégagent brusquement en formant des 
bulles qui arrêtent le cours du sang quand la pres- 
sion devient subitement plus faible. Dès qu'un acci- 
dent de cette nature se manifeste, il faut immédia- 
tement soumettre le malade à une recompression 
rapide, de façon à faire dissoudre les bulles gazeuses, 
puis le ramener lentement à la pression normale en 
ménageant les diminutions de pression. 

18. Rôle physiologique de l'air. — Pour com- 
prendre les modifications que la composition de l'air 



CARACTÈRES GENERAUX DE L AIR. 2l 

peut apporter à la sauté de l'individu, il importe tout 
d'abord d'établir le rôle physiologique de ce gaz 
dans la vie de l'homme. 

Le rôle essentiel de l'air est de servir à la respira- 
tion, c'est-à-dire non pas seulement aux échanges 
gazeux qui se font constamment entre l'atmos- 
phère et les poumons, mais aussi et surtout aux 
phénomènes chimiques qui se passent dans l'inti- 
mité des tissus. 

La première partie de la respiration consiste sim- 
plement en des échanges gazeux qui se font entre 
le sang et l'air par l'intermédiaire des poumons. Par 
l'inspiration, l'homme introduit dans ces derniers 
organes, de l'air normalement composé de 79 volu- 
mes d'azote, de 21 volumes d'oxygène et de traces 
d'acide carbonique (^-„o ); P ar l'expiration, il rejette 
dans l'atmosphère environ la même quantité d'azote, 
mais moins d'oxygène et plus d'acide carbonique. 
Par conséquent, le sang a pris à l'air inspiré une 
partie de son oxygène qu'il a échangé pour de 
l'acide carbonique. 

Que devient l'oxygène retenu par le sang et d'où 
provient l'acide carbonique rejeté dans l'expiration ? 

L'oxygène se combine avec l'hémoglobine des 
globules rouges du sang et forme avec elle le com- 
posé instable appelé oxy-liémoylobinc. Les globules 
rouges, poussés avec le sang dans tous les organes 
du corps de l'homme, apportent l'oxygène aux cellu- 
les vivantes qui constituent les tissus de ces orga- 
nes. Des phénomènes de combustion se produisent 
dans les cellules vivantes grâce à l'oxygène qui leur 







28 



PRINCIPES D HYGIENE. 



est apporté, et le résultat général de ces combus- 
tions est la formation de produits, tels que l'acide 
carbonique, l'urée, que le sang emporte pour s'en 
débarrasser dans les poumons et dans les reins. 

La respiration est donc, en définitive, un ensem- 
ble de combustions dans lesquelles l'oxygène de l'air 
joue un rôle actif. L'on conçoit par suite que la pre- 
mière modification que l'hygiène doit étudier dans 
la composition de l'air est celle qui est relative à la 
variation, des proportions d'oxygène et d'acide car- 
bonique. 

14. Quantité d'air nécessaire à l'homme dans 
un temps donné. — Établissons d'abord la quan- 
tité d'air nécessaire à l'homme dans un temps donné. 

L'homme adulte fait en moyenne quinze mouve- 
ments d'inspiration par minute: à chaque inspira- 
tion, il introduit dans les poumons environ demi- 
litre d'air, ce qui l'ait, en chiffres ronds et par vingt- 
quatre heures, un total de vingt mille inspirations et 
de 10,000 litres d'air nécessaires à la respiration. 
Dans ces 10.000 litres d'air on peut compter 2.000 li- 
tres d'oxygène et 4 litres d'acide carbonique. De ces 
2,000 litres d'oxygène, 040 sont utilisés pour les oxy- 
dations internes et le reste est rendu à l'atmosphère. 
Les 5i0 litres d'oxygène sont remplacés dans l'air 
expiré par 400 litres d'acide carbonique et par envi- 
ron 800 grammes de vapeur d'eau. 

Ces chiffres indiquent nettement que si l'air n'est 
pas renouvelé l'homme aura bientôt épuisé toute la 
provision d'oxygène et qu'il se trouvera placé dans 
une atmosphère d'azote, d'acide carbonique et de 




CARACTÈRES GÉNÉRAUX. DE L AIR. 



29 



vapeur d'eau. Même à l'air libre, il finirait par se 
trouver dans les mêmes conditions si les plantes 
vertes n'avaient le remarquable pouvoir de décom- 
poser l'acide carbonique en ses deux éléments : le 
carbone, qu'elles utilisent pour la constitution de 
leurs tissus, et l'oxygène, qui remplace celui qui a 
été retenu par la respiration de l'homme et des 
animaux. 

Les combustions diverses, comme chacun le sa il. 
prennent aussi à l'air son oxygène, lui rendent de 
l'acide carbonique et contribuent pour une large 
part à la viciation de l'atmosphère, ce qui donne 
encore plus d'importance au rôle des plantes vertes. 
Nous ajouterons que ce rôle est essentiellement 
rempli par les feuilles, grâce à la lumière et à la 
présence, dans les cellules de ces organes, de petits 
grains verts d'une substance protoplasmiquo appe- 
lée chlorophylle. La chlorophylle et la lumière son! 
les deux agents indispensables de la décomposition 
de l'acide carbonique. Cette décomposition ne peut 
être faite pendant la nuit par la chlorophylle seule, ni 
pendant le jour par la lumière seule dans les plantes 
dépourvues de chlorophylle et, dans ces deux cas, 
les plantes vertes fournissent de l'acide carbonique 
pendant la nuit et les plantes non vertes fournissent 
ee même gaz sans cesse, jour et nuit. 

15. Quantité d'air nécessaire dans les habita- 
tions. — Nous venons d'établir que 10.000 litres 
d'air environ passent dans les poumons de l'homme 
adulte en vingt-quatre heures et que, à chaque mou- 
vement respiratoire, l'oxygène est retenu en partie 






;ii 



PRINCIPES D HYGIENE. 



par le saRg, qui donne en retour de l'acide carboni- 
que et de la vapeur d'eau à l'atmosphère, laquelle 
devient de plus en plus irrespirable si elle n'est pas 
renouvelée. 

Il résulte directement de ces notions qu'il faut, 
dans les habitations, assurer à chaque individu un 
espace suffisant pour que la respiration s'effectue, le 
jour et la nuit, dans de bonnes conditions, toutes les 
fois où il n'est permis de compter que sur l'air inté- 
rieur. Pendant le jour, à la vérité, la détermina- 
tion de cet espace est peu importante puisqu'il 
est très facile d'ouvrir les portes et les fenêtres. Il 
n'en est pas de même pendant la nuit : si l'on consi- 
dère que la nuit dure environ huit heures, que, à 
chaque heure, l'homme absorbe 47 litres d'air dont 
il retient de 19 à 25 litres d'oxygène, en même 
temps qu'il exhale de 15 à 20 litres d'acide carboni- 
que, on comprendra combien il est essentiel que 
tout individu, dans une pièce isolée ou dans un 
local collectif (dortoirs, chambrées), occupe un 
espace bien supérieur à l'espace de l'air qui lui est 
nécessaire pour sa respiration normale. On estime 
généralement que cet espace ne peut pas être infé- 
rieur à 30 mètres cubes par individu. Pour les 
malades, il est bon de disposer d'environ 40 mètres 
cubes. 

S 2. — L'air confiné. 

Dangers de l'air confiné, 
lienouvellement de l'air. Ventilation. 

16. Dangers de l'air confiné. — Dans les habi- 






I, AIR CONFINE. 



31 



talions, l'air peut se trouver soumis à un renouvelle- 
ment insuffisant ; il porte alors les noms d'air ra- 
réfié, confiné, et, dans ce cas, il est un danger 
sérieux pour la santé et pour la vie de l'homme. 

Quelques faits vont faire comprendre immédiate- 
ment le danger de l'air confiné. 

Plaçons un animal sous une cloche de verre de 
telle façon que le renouvellement de l'air soit impos- 
sible; tout d'abord la respiration reste normale, 
mais bientôt les mouvements respiratoires devien- 
nent fréquents, puis difficiles, et enfin l'animal tombe 
sur le flanc et meurt. La quantité de l'oxygène a 
diminué progressivement sous la cloche, et on a cal- 
culé que la mort est survenue lorsque la proportion 
de ce gaz n'était plus que de 3 %. Une expérience de 
Claude Bernard a révélé à ce sujet un fait qui mérite 
d'appeler notre attention. Si l'on introduit sous la 
cloche où l'animal respire depuis quelques instants 
un autre animal pris à l'air libre, ce. dernier est im- 
médiatement pris de convulsions et tombe foudroyé, 
tandis que le premier continue à vivre. On en conclut 
justement que l'organisme est susceptible d'une cer- 
taine accoutumance à des conditions défavorables, 
sans doute parce que les fonctions se ralentissent 
peu à peu. 

Une expérience ancienne montre le rôle des plan- 
tes dans la purification de l'air : elle consiste à pla- 
cer sous une même cloche un animal et une plante ; 
ces deux êtres continuent à vivre comme s'ils se 
trouvaient à l'air libre. Mais il faut absolument 
l'intervention de la lumière, car, pendant la nuit où 



32 



PRINCIPES D HYGIENE. 



à l'obscurité, les plantes vertes ne peuvent pas 
décomposer l'acide carbonique; elles contribuent, 
au contraire, — ainsi que les plantes non vertes le 
font jour et nuit, — à vicier l'atmosphère en lui pre- 
nant l'oxygène et en lui rendant de l'acide carbo- 
nique absolument comme les animaux. 

Voici deux exemples célèbres , empruntés à 
M. Proust, sur les dangers de l'air confiné relati- 
vement à l'homme : « Aux Indes, cent quarante-six 
prisonniers anglais, renfermés dans un lieu clos de 
20 pieds carrés, succombèrent pour la plupart après 
avoir présenté une soif vive, de la suffocation, un 
besoin d'air si pressant qu'ils se battirent pour s'ap- 
procher des soupiraux. Au bout de huit jours, vingt- 
trois seulement restaient vivants. Rappelons aussi 
qu'après la bataille d'Austerlitz, trois cents prison- 
niers autrichiens ayant été enfermés dans une cave, 
deux cent soixante succombèrent d'asphyxie en peu 
de temps. Enfin , citons l'exemple fameux des assi- 
ses d'Oxford, où juges, accusés et spectateurs furent 
frappés d'asphyxie mortelle ». 

Ces divers faits sont, à la vérité, un peu excep- 
tionnels , et , dans les conditions ordinaires où 
l'homme est appelé à vivre, les dangers ne sont pas 
aussi imminents. Ils sont pourtant très sérieux, et 
l'on ne saurait trop insister sur les conditions qui 
modifient l'air lorsque plusieurs personnes respi- 
rent le même air d'une atmosphère qui ne se renou- 
velle qu'incomplètement. 

Ces conditions sont les suivantes : 

1° L'oxygène diminue progressivement ; sa pro- 



L AIR CONFINE. 33 

portion normale de 21 % peut tomber à 19, à 18 et 
au-dessous ; 

2° La proportion d'acide carbonique augmente à 
mesure que l'oxygène diminue, car on estime qu'un 
homme adulte exhale par les poumons 20 litres 
d'acide carbonique dans une heure : 

3° La proportion de vapeur d'eau augmente par la 
respiration et par la transpiration, car un nomme 
adulte fournit en moyenne 1,000 grammes de vapeur 
d'eau dans vingt-quatre heures; 

4° Des matières organiques et une substance 
particulière venant des poumons et de la bouche 
s'échappent aussi dans l'atmosphère ambiante; ee 
sont ces matières, surtout les dernières, qui don- 
nent à l'air confiné l'odeur caractéristique appelée 
odeur de renfermé. 

L'air est vicié quand il renferme plus de 0,6 "■• ',„. 
d'acide carbonique. Les personnes qui le respirent 
sont sujettes à des vertiges, à des maux de tête vio- 
lents, à des nausées et parfois à des syncopes; puis 
viennent une soif ardente, des sueurs abondantes. 
des difficultés de la respiration, le délire et la mort 
dans les cas extrêmes. 

Il est d'observation courante que les individus qui 
habitent des locaux étroits où l'air se renouvelle 
mal (petits ateliers, baraquements militaires, etc.)., 
présentent une prédisposition toute particulière au 
développement de maladies graves, telles que la 
phtisie pulmonaire. L'air confiné est nuisible, dans 
ce cas, surtout parce qu'il favorise la concentrai ion 
et la propagation des germes morbides (microbes). 












:*', 



l>ULNi:il'lCS D'HYGIÈNK. 



17. Renouvellement de l'air. Ventilation. — 
L'air de toute pièce habitée doit être incessamment 
renouvelé; tel esl le principe hygiénique qui résulte 
êtes faits que nous venons d'exposer. 

Le renouvellement de l'air se fait toujours en par- 
tie par les joints des portes et des fenêtres; il se 
fait plus sûrement en ouvrant aussi souvent que 
possible les portes et les fenêtres des locaux habi- 
tés, car il s'établit ainsi un large courant d'air entre 
l'extérieur el l'intérieur. Les salles de classe, les 
ehambres à coucher, les dortoirs doivent être main- 
tenus ouverts tant qu'ils ne sont pas habités. Les 
médecins anglais et américains ont même fait adop- 
ter, en Angleterre et en Amérique, l'habitude de 
laisser ouvertes pendant la nuit et par n'importe 
quel temps les fenêtres des chambres à coucher et 
des dortoirs. Quels que soient les résultats obtenus 
par cette habitude, c'est là une exagération des 
principes d'hygiène : pendant les nuits froides, le 
corps est exposé à un refroidissement exagéré, ce 
qui peut amener des troubles dans l'appareil respi- 
ratoire. 

On désigne sous le nom de ventilation naturelle 
\e mode de renouvellement de l'air par les portes et 
les fenêtres. Sous le nom de ventilation artificielle 
on désigne le renouvellement de l'air à l'aide d'un 
certain nombre d'appareils mécaniques exigeant 
une installation plus ou moins coûteuse et dont nous 
n'avons pas à nous occulter ici. Nous signalerons 
seulement l'utilisation récente de vitres perforées, 
qui paraissent appelées à rendre d'importants ser- 



ALTERATIONS DE L'AIR. 



35 



vices ; il en sera question , avec quelques détails, 
à propos de l'aération des maisons et des apparte- 
ments. (Voir Maison salubre.) 



Altérations de l'air. 



Altération de l'air par les poussières. 
Altération de l'air par les gaz. 
Altération de l'air par les germes vivants. 
Voisinage des marais. 



18. Altération de l'air par les poussières. — 

L'atmosphère renferme, ainsi qu'on l'a vu, des 
poussières minérales, des poussières organiques, 
des gaz et des rjcrmes tirants, c'est-à-dire un 
ensemble d'impuretés qui l'altèrenl plus ou moins 
considérablement. 

La présence des poussières est connue de tous, 
car chacun sait qu'elles rendent visibles les rayons 
lumineux, qu'on ne peut voir ni dans un gaz pur. 
ni dans le vide absolu. Les calculs ont donné un 
poids de 6 à 8 milligrammes de poussières par mètre 
cube d'air normal. M. G. Tissandier a trouvé, par 
des procédés ingénieux, que l'atmosphère du Champ- 
de-Mars, sur une surface de 500,000 mètres carrés, 
renferme, dans une épaisseur de 5 mètres, 15 kilo- 
grammes de poussières. 

Les poussières minérales sont formées surtout de 
charbon, de silex, de sels terreux, alcalino-terreux 
et alcalins, des globules de fer météoriques. Ce ([ni 
domine dans les villes et qui est le plus à redouter, 






36 



PRINCIPES D HYGIENE. 



ce sont les poussières de charbon, qui entrent dans 
les poumons avec l'air de la respiration, s'y fixent 
au fur et à mesure, de telle sorte que les poumons 
des personnes âgées présentent des tramées noires 
de charbon. Cet état, qui ne constitue pas un dan- 
ger, ni même un inconvénient sérieux, porte le nom 
caractéristique d'aniltracosis (de anthrax^ charbon). 
Chez les ouvriers qui travaillent dans les mines et 
qui respirent une atmosphère pour ainsi dire satu- 
rée de poussières charbonneuses, les dangers sont 
autrement graves, car les poumons, gorgés de char- 
bon, remplissent bientôt leur fonction d'une façon 
insuffisante , puis se désorganisent ; les ouvriers 
toussent fréquemment, expulsent des crachats noi- 
râtres et, enfin, meurent comme des poitrinaires, 
de la plitisie des mineurs. 

Les poussières organiques sont de nature ani- 
male ou végétale : ce sont des débris de cellules 
épidermiques, de trachées et fragments de vaisseaux 
végétaux, de l'amidon, des grains de pollen, des 
tubes du mycélium des champignons , des poils 
végétaux de tiges et de feuilles, des écailles d'ailes 
de papillons , du duvet , des brins de laine , de 
coton, etc., en un mot tout ce qui dans l'organisme 
animal ou végétal est assez léger pour flotter dans 
l'air. 

Toutes les poussières ont un effet commun, celui 
d'irriter les parties délicates de la peau et de fermer 
les pores; quelques-unes ont des effets particuliers 
qui consistent dans la production de certaines affec- 
tions, comme l'anthracosis des mineurs. La pro- 



ALTÉRATIONS DE L'AIR. 



37 






prêté corporelle est le meilleur préservatif des 
inconvénients généraux des poussières ; l'hygiène 
spéciale indique les mesures préservatrices qu'on 
doit suivre dans les professions à poussières. 

19. Altération de l'air par les gaz. — Les gaz 
«mi peuvent altérer l'atmosphère sont très nom- 
breux ; parmi eux, nous citerons l'acide carbonique, 
l'oxyde de carbone , les carbures d'hydrogène , les 
acides sulfureux, sulfuriques et chlorhydriques , 
l'ammoniaque et le sulfhydrate d'ammoniaque, l'hy- 
drogène phosphore, le sulfure de carbone, l'hydro- 
gène arsénié, etc. 

Nous n'examinerons que ceux qui sont les plus 
communs et dont les dangers ont été le plus souvent 
signalés. 

1° L'oxyde de carbone. — L'oxyde de carbone . 
dont la formule chimique est GO, est un des gaz 
les plus fréquents de l'air qu'on respire; il pro- 
vient de la combustion complète et surtout incom- 
plète du charbon. Il est éminemment dangereux . 
car la présence de quelques millièmes d'oxyde de 
carbone dans l'air de la respiration suffit à déter- 
miner des accidents mortels; c'est lui seul qui pro- 
duit la mort dans le suicide par le charbon, ainsi 
que l'ont démontré les recherches do Claude Ber- 
nard. 

Les appareils de chauffage fournissent d'autant 
plus d'oxyde de carbone que la combustion du bois 
ou du charbon y est plus lente, plus incomplète. Les 
braseros et les poêles roulants sont, à ce point de 
vue, un danger constant dans les maisons; aussi 




■ 



38 



PRINCIPES D HYGIENE. 



sont-ils unanimement condamnés par l'Académie 
de médecine, par le Comité consultatif d'hygiène et 
par tous les hygiénistes. 

La combustion du gaz d'éclairage produit aussi 
de l'oxyde de carbone et il n'est pas rare d'observer 
des symptômes d'empoisonnement chez les per- 
sonnes qui travaillent à la lumière du gaz. 

Le préservatif le plus sur contre l'oxyde de car- 
bone est une bonne ventilation des pièces chauffées 
et éclairées. 

2° Gaz des fosses d'aisances et des égouts. — Les 
vidangeurs et les égoutiers sont souvent frappés 
mortellement et d'une façon subite et sans remède 
lorsqu'ils descendent dans les fosses ou les égouts 
aussitôt après leur ouverture; ils ont donné à ce 
phénomène le nom de plomb. La mort est produite 
par la respiration de gaz toxiques accumulés dans 
les fosses à la suite des putréfactions des matières 
qui y sont renfermées ; parmi ces gaz, on trouve de 
l'hydrogène sulfuré, qui est toxique à très faibles 
doses, de l'ammoniaque et des acides gras volatils. 

Les accidents qui déterminent les gaz des fosses 
d'aisances et des égouts peuvent être évités par 
une bonne ventilation faite avant la descente des 
ouvriers. 

3° Hydrogène arsénié. — L'hydrogène arsénié 
est éminemment toxique ; il a été la cause de nom- 
breux accidents produits par les papiers verts des 
tapisseries. On a démontré, en effet, que l'acide 
arsénieux contenu dans ces couleurs (vert de Scheele 
ou de Schweinfurt) donne de l'hydrogène arsénié 



ALTÉRATIONS DE L"AIR. 39 

lorsqu'il est en contact avec des matières organiques 
humides. 

Certaines étoffes, et particulièrement les fameux 
voiles verts qui ont été à la mode autrefois, étaient 
colorées par le même vert arsenical. 

20. Altération de l'air par les germes vivants. 
— L'air le plus pur renferme toujours des germes 
vivants, car les analyses entreprises par M. MiqueJ 
dans l'atmosphère du parc de Montsouris ont tou- 
jours révélé la présence d'un nombre relativement 
considérable de microbes. Voici les résultats de ces 
analyses pendant les années 1884-85- 

Atttomuc (1884), 2:30 bactéries ou microbes par mètre cube it'air. 
Hiver (1885), 190 — — — 

Printemps (1SS5), 530 — — — 

Été (18S5), 810 — — — 

Dans Taris même, les nombre de bactéries sont 
infiniment plus considérables, ainsi qu'en témoi- 
gnent les chiffres suivants obtenus par le même 
savant dans l'analyse de l'air du IV 1 ' arrondissement 
aux mêmes époques. 

Automne (1884), 2,350 bactéries par mètre cube. 
Hiver (1885), 4,340 — — 

Printemps (1885), 9,850 — — 

Été (1885), 5,560 — — 



Les recherches dont les résultats précèdent se 
rapportent à l'année de l'épidémie cholérique qui 
avait sévi principalement dans les IIP, IV e , Yll°. 
XI", XII e et XIII'- arrondissements. 11 convient 
seulement de retenir de ces données que l'air reu- 






40 



PRINCIPES D HYGIENE. 



ferme toujours des microbes, en nombre plus con- 
sidérable le printemps et l'été, et en nombre moin- 
dre l'automne et l'hiver, et enfin que l'air des quar- 
tiers très habités en contient beaucoup plus que 
, l'air des quartiers peu habités. 

Parmi ces microbes, la plupart sont inoffensifs, 
mais l'on sait aujourd'hui (Voir Maladies conta- 
gieuses) que l'air est un des agents par lesquels cer- 
taines maladies se répandent de proche en proche. 
Préserver l'air de l'altération parles germes vivants, 
c'est tuer, détruire ces germes vivants avant qu'ils 
ne puissent se répandre : ce qui est possible à cet 
égard sera indiqué plus loin. 

Une bonne ventilation peut-elle garantir les per- 
sonnes appelées à donner des soins aux malades 
atteints de maladies contagieuses transmissibles par 
l'air? Les analyses qui ont été faites de l'air réparti 
dans les chambres autour des malades apportent 
une réponse négative, car elles ont montré que les 
germes séjournent au voisinage immédiat du malade 
dans une sorte d'immobilité, d'où il suit que la ven- 
tilation est insuffisante à préserver les personnes 
qui approchent les malades atteints. 

21. Voisinage des marais. — Le voisinage des 
marais a une influence néfaste sur la santé de 
l'homme ; il détermine des fièvres, c"est-à-dire des 
troubles particuliers qui se manifestent par des 
accès régulièrement espacés, tous les deux jours le 
plus souvent, quelquefois tous les jours, d'autres 
fois tous les trois jours, etc. Les accès de fièvre 
sont caractérisés par des frissons violents qui font 



ALTERATIONS DE L AIR. 



il 



grelotter les malades et qui sont suivis d'une période 
de chaleur et de sueur. Les fièvres sont quelquefois 
mortelles et toujours elles laissent une trace pour la 
vie ; elles portent en médecine les noms de lièvres 
intermittentes, d'impaludisme et de malaria (mau- 
vais air) et elles sont combattues surtout par la 
quinine. 

Les causes qui produisent les lièvres sont proba- 
blement nombreuses; quelques savants ont cherché 
un microbe spécial qui les résumerait toutes. Il est 
seulement utile d'indiquer ici les altérations de l'air 
au voisinage des marais. 

Dans l'air, placé au-dessus du sol malarial, on 
trouve de l'acide carbonique (6 à S pour 1,000 volu- 
mes), de l'hydrogène carboné, de l'ammoniaque, de 
l'hydrogène sulfuré, beaucoup de vapeur d'eau, etc., 
c'est-à-dire un ensemble d'éléments propres à le 
vicier. 

Le meilleur moyen d'éviter les fièvres produites 
par le voisinage des marais est d'assainir les marais, 
en les drainant, en les défrichant et en les plantant. 
Cet essai a été fait en divers points du globe et par- 
tout il a été couronné de succès, mais au prix de 
nombreuses vies humaines! 






,Cy : , 






LES ALIMENTS 



§ 1. — Les aliments en général. 

Classification des aliments. 
Aliments complets. 



22. Classification des aliments. — L'organisme 
vivant subit sans cesse des pertes par suite des 
oxydations dont il est le siège, mais il répare ces 
pertes en prenant dans le milieu extérieur diverses 
substances qui sont digérées, absorbées et trans- 
portées par le sang dans toutes les parties du corps: 
ce sont ces substances qui portent le nom général 
^.'aliments. 

Les aliments utilisés par l'homme sont empruntés 
les uns au monde minéral (al. minéraux), les au- 
tres aux mondes végétal et animal (al. organiques). 

Parmi les aliments minéraux indispensables, on 
doit signaler en première ligne l'eau, le chlorure 
de sodium, les carbonates et phosphates de chaux. 

Les aliments organiques se subdivisent immédia- 
tement en aliments ternaires et en aliments qua 
ternaires, dont nous allons signaler les caractères 
principaux. 

Les premiers doivent leur nom au nombre des 
corps simples qui les constituent par leurs diverses 
combinaisons (carbone, hydrogène, oxygène;. Ils 



LES ALIMENTS EN GENfcBAL. 



4P, 



comprennent les aliments féculents, les aliments 
gras et les aliments sucrés. Les aliments féculents 
sont essentiellement formés de fécule ou d'amidon ; 
ils sont fournis par les végétaux (blé, haricot, pois, 
lentille, pomme de terre, etc.); leur propriété carac- 
téristique est de bleuir au contact de l'iode ou sim- 
plement de l'eau iodée ; pendant la digestion, ils sont 
transformés en glucose. Les aliments gras viennent 
des animaux (lard, graisse, beurre) et des végé- 
taux (huiles diverses) ; ils sont formés par le mé- 
lange d'ctltcrs de la glycérine (stéarine, marga- 
rine, oléine, etc.): pendant la digestion, ils sont 
émulsionnés et saponifiés. Les aliments sucrés 
sont presque tous fournis par les végétaux (sucre 
de canne, de betterave, glucose et lévulose des 
fruits, etc.), Tous sont directement assimilés par 
l'organisme, excepté le sucre de canne ou de bette- 
rave qui dans l'intestin est dédoublé en glucose et 
lévulose. 

Les aliments quaternaires sont essentiellement 
formés par les diverses combinaisons de quatre 
corps simples (carbone, hydrogène, oxygène, azote): 
ils renferment, en outre, de petites quantités de 
soufre et de phosphore. On les appelle aussi aliments 
azotés et aliments albuminoïdes . Le règne animal 
fournit à l'homme l'albumine ou blanc d'œuf, la 
mijosine (chair, muscles), la fibrine (sang), la ca- 
séine (lait, fromage), la gélatine et la chondrine 
(os, cartilages). Le règne végétal fournit surtout 
Yaleuronc, qui se trouve sous forme de grains mi- 
croscopiques dans les haricots, lentilles, pois, maïs, 






14 PRINCIPES D HYGIENE. 

blé, etc,; c'est l'aleurone qui forme legluten du pain. 
Pendant la digestion, les aliments quaternaires sont 
transformés en substances solubles et assimilables 
appelées peptoncs. 

23. Aliments complets. — On désigne sous ce 
nom les aliments qui renferment les principes miné- 
raux, ternaires et quaternaires indispensables pour 
réparer les pertes de l'organisme. 

Les principaux aliments complets sont les sui- 
vants : 

l u Le lait. — Le lait renferme de la caséine, subs- 
tance quaternaire, du beurre, substance grasse, du 
sucre de lait, substance sucrée et des principes 
minéraux. C'est le plus complet des aliments. 

2° Les œufs. — Les œufs renferment principale- 
ment de l'albumine et des substances grasses; la 
meilleure preuve qu'ils constituent un aliment com- 
plet est dans ce fait que, comme le lait, ils suffisent 
au développement de petits êtres. 

o" Le pain. — Le pain est aussi un aliment com- 
plet; il renferme du gluten et de l'amidon. Il joue 
dans l'alimentation de l'homme un rôle si important 
que dans tous les pays il signifie l'aliment en gé- 
néral. « Manquer de pain, gagner son pain », sont 
des expressions bien caractéristiques de cette im- 
portance. 

4° La viande. — C'est encore un aliment complet, 
car elle renferme de la myosine et des substances 
grasses. 

On peut en dire autant des haricots, des pois, etc. 
(aleurone et amidon;. 



FALSIFICATIONS PRINCIPALES. 



Y. 



Cependant, les animaux nourris exclusivement 
avec de la viande ou avec des haricots dépérissent 
et meurent inévitablement dans un court espace de 
temps. D'un autre côté, eu examinant l'alimentation 
de l'homme dans les divers pays et dans les divers 
milieux, on remarque qu'elle a toujours pour prin- 
cipe d'être constituée par des mélanges d'aliments. 
C'est que, pour qu'une alimentation soit réellement 
complète, il importe surtout que les éléments des 
divers ordres ternaires, quaternaires) y soient dis- 
tribués dans de justes proportions : aussi l'alimen- 
tation de l'homme est-elle mixte. 



s 2. — Les falsifications principales des aliments 
usuels. 

Le pain. 

Les extraits <le viandes. 

Les œufs. 

Le lait. 

Le beurre. 

Les fromages. 

Les graisses et les huiles. 

Le chocolat. 

Le thé et le café. 

Les pâtisseries et les sucreries. 

L'hygiène de l'alimentation est très complexe : 
mais nous n'avons à en examiner ici que trois 
points spéciaux, savoir : 1° les falsiiications princi- 
pales des aliments usuels ; 2° les dangers de certai- 
nes viandes : 3° les falsiiications et les dangers des 
boissons alcooliques. 

Les principaux aliments usuels sont : le pain, les 









46 



l'UINCIPES D HYGIÈNE. 



extraits de viandes, les œufs, le lait, le beurre, le 
fromage, la graisse, l'huile, le chocolat, le thé, le 
café, les pâtisseries et les sucreries, dont nous 
allons étudier les falsifications les plus communes. 

24. Le pain. — Chacun sait que le pain peut être 
fait avec la farine des diverses céréales ; mais nous 
n'envisageons ici que le pain fait avec la farine du 
blé. Cette farine ne donne pas du pain si elle est 
simplement mêlée avec de l'eau et aussitôt soumise 
à la cuisson dans un four. La fabrication du pain 
comporte diverses opérations, telles que le pétris- 
sage, la fermentation, qui doivent être convenable- 
ment pratiquées si l'on veut obtenir le pain dans de 
bonnes conditions. 

Le pétrissage consiste dans le mélange intime 
de la farine avec de l'eau et du levain, avec addition 
d'une quantité déterminée de sel ordinaire ; il se 
fait à la main ou avec des pétrins mécaniques mus 
quelquefois à la vapeur. 

La fermentation se fait avant la mise de la pâte au 
four; elle est produite par le levain (pâte aigrie et 
levure) et elle consiste essentiellement dans la trans- 
formation de l'amidon de la farine en sucre et du 
sucre ainsi formé en alcool et en acide carbonique. 
Ce gaz soulève la pâte et, retenu par le gluten, forme 
des bulles qui feront les yeux du pain. 

La cuisson se fait dans des fours portés à une 
température d'environ 300° ; la partie superficielle 
de la pâte se trouve soumise à une température éle- 
vée (200°), tandis que dans la partie profonde, la 
température ne dépasse guère 100° ; c'est ce qui pro- 



FÀLSIFICATK >N S PRIXCIP A LES . 



47 



cluit la croûte et la mie. Sous l'effet de la chaleur du 
four, l'acide carbonique se dilate, l'alcool se vapo- 
rise et les yeux de la pâte s'agrandissent. En même 
temps, la fermentation est arrêtée. 

Ces opérations permettent d'entrevoir qu'il n'est 
guère possible de falsifier le pain à partir du mo- 
ment où la farine est soumise au pétrissage et qu'il 
faut remonter à la nature des farines toutes les fois 
qu'on soupçonne des falsifications dans cet aliment. 
Ces falsifications ne sont pas généralement dange- 
reuses et elles font plus de mal à la bourse qu'à 
l'estomac des consommateurs puisqu'elles consis- 
tent surtout dans le mélange à la farine de blé (Vau- 
tres farines dont le prix est beaucoup moins élevé, 
telles que les farines de seigle, d'avoine, de pomme 
de terre et surtout de fèves et de fèverolles dont le 
prix de revient est extrêmement faible. La recherche 
des fraudes de ce genre es! du domaine de la tech- 
nique microscopique; elle s'appuie principalement 
sur ce fait que les grains de fécule ou d'amidon des 
diverses plantes ont des formes nettement distinctes 
et connues. 

25. Extraits de viandes. — On verra plus loin 
les principes hygiéniques relatifs aux viandes: il 
convient toutefois de mettre en garde, ici même, les 
consommateurs qui ont foi aux vertus nutritives des 
extraits de viande Liebiij, sur l'inutilité et sur les 
dangers de cet aliment. 

Les extraits de viande n'ont aucune valeur initia- 
tive, car ils se préparent en faisant dissoudre dans 
l'eau les principes solubles des viandes et en évnpo- 






48 



PRIXniPF.S H HYlilKNE. 



rânt ensuite cette eau jusqu'à la consistance pâteuse. 
Or, les principes- nutritifs des viandes (myosine. 
gélatine, etc.), ne sont nullement solubles dans l'eau 
et ce sont précisément ces principes que les fabri- 
cants d'extraits rcjcllcnl pour les convertir plus 
tard en guano. Les expériences entreprises sur l'ali- 
mentation par les extraits Liebig ont montré que les 
animaux meurent plus vite que par une diète abso- 
lue. 

Les extraits de viande sont dangereux, car ils 
renferment des sels et notamment des sols de pu- 
tasse (chlorure de potassium et autres sels) qui irri- 
tent les voies digestives et- paralysent les mouve- 
ments du cœur : un chien meurt au bout de quelques 
heures si on lui fait avaler 8 à 10 grammes de potas- 
sium. 

26. Les œufs. — Les œufs sont à l'abri de toute 
falsification, mais non des fraudes qui permettent 
aux marchands d'écouler des œufs médiocres sous 
l'étiquette d'œufs frais. Tout œuf altéré se reconnaît 
guarid il est brisé à l'odeur d'hydrogène sulfuré qui 
s'en dégage et qui provient de la putréfaction de 
l'albumine. On distingue, en outre, les œufs frais à 
ce qu'ils paraissent transparents lorsqu'on les place 
entre' l'œil et une bougie allumée dans un lieu obs- 
cur. 

M. Morache conseille de les mettre dans l'eau 
salée à un dixième de sel ; frais, ils plongent dans le 
liquide, tandis que les œufs de huit jours surnagent 
et à plus forte raison les œufs plus âgés et ceux qui 
onj; été déjà couvés. 






FALSIFICATIONS PRINCIPALES. 49 

•27. Le lait. — Les analyses chimiques du lait de 
vache et de brebis, les plus communément employés 
dans l'alimentation, ont donné à L. Hirt les chiffres 
suivants pour cent parties : 



Lait de vache. 

Eau 

Caséine 

Albumine 

Graisse 

Sucre de lait. . 
Sels 



Lait de brebis. 



87,41 

3,01 
0,75 
3,63 
4,82 
0,70 



Eau 

Caséine 

Albumine. . . . 

Graisse 

Sucre de lait. 
Sels 



81.03 
4,09 
1,4-2 
5,83 

4.8(1 
0,73 



La caséine et l'albumine sont des substances albu- 
minoïdes : les principaux sels sont les phosphates et 
les chlorures de potasse, de soude et de chaux. 

Abandonné à l'air dans un vase, le lait se couvre 
peu à peu d'une couche plus ou moins épaisse de 
crème, qui agitée à la main ou avec la baratte donne 
du beurre. 

La crème est formée parla graisse du lait qui, en 
se séparant des autres éléments, monte à la surface, 
à cause de sa moindre densité. 

Après la montée de la crème, le sucre de lait se 
transforme en acide lactique par l'action d'orga- 
nismes microscopiques; l'acide lactique précipite les 
substances albuminoïdes et le lait coagule, tourne 
(coagulation An lait), c'est-à-dire se sépare en deux 
parties, l'une solide (subst. albuminoïdes), l'autre 
liquide, riche en sels et en sucre de lait, mais dé- 
pourvue de principes nutritifs (petit-lait). Ainsi se 
séparent les différents principes qui composent le 
lait. 








I 



50 



PRINCIPES D HYGIENE. 



Los principales falsifications du lait sont l'écre- 
mage et le mouillage, qui en est une conséquence 
inévitable; on a cité des falsifications plus graves 
comme celle de fabriquer du lait avec de l'eau, du 
sucre et de la cervelle... sans une goutte de lait véri- 
table! 

Yj écremage consiste à enlever la crème qui s'est 
formée entre le moment de la traite du lait et le mo- 
ment de sa mise en vente; c'est une fraude grave, 
■car elle prive le consommateur d'une partie des 
principes alimentaires du lait; aussi tombe-t-elle 
sous le coup de l'article 423 du Gode pénal qui 
punit les falsificateurs de l'emprisonnement et de 
l'amende. 

Le lait écrémé est plus lourd que le lait non 
écrémé, mais en y ajoutant une certaine quantité 
d'eau, en le mouillant, suivant l'expression consa- 
crée, on le ramène au voisinage de sa densité nor- 
male. Tout le monde peut, à l'aide des lactodensi- 
mètres ou pèse-lait, constater si le lait a été écrémé 
et mouillé, car il suffit de plonger ces appareils dans 
la marchandise soupçonnée et de lire les indications 
données. Malheureusement les falsificateurs con- 
naissent ces appareils et ils donnent au lait écrémé 
la densité du lait non écrémé en ajoutant de l'eau, 
de la farine, de l'amidon, etc.; et, dans ce cas, le 
seul moyen de contrôle est une analyse chimique 
complète. Comme le lait mouillé tourne très vite, 
surtout quand on le fait cuire, les falsificateurs ajou- 
tent encore du bicarbonate de soude. IL y a donc, à 
partir de l'écremage,un ensemble de sophistications 



FALSIFICATIONS PRINCIPALES. 



51 



qui s'enchaînent inévitablement et qui constituent des 
dangers sérieux, surtout lorsque le lait est destiné 
à l'alimentation des petits enfants. Ces dangers sont 
sérieux, car les laitiers mouillent le lait avec les 
eaux impures qui se trouvent à leur portée, par con- 
séquent avec des eaux qui renferment ou peuvent 
renfermer des germes de maladies graves, les ger- 
mes de la fièvre typhoïde, par exemple. 

Le lait pur peut, au reste, être tout aussi dange- 
reux que le lait écrémé et mouillé, car, s'il provient 
d'animaux atteints de tuberculose, il renferme les 
germes de cette terrible maladie. Aussi faut-il dans 
tous les cas faire bouillir le lait pour être à l'abri 
de ces graves dangers. 

28. Le beurre. — On a vu que le beurre es! 
formé par les matières grasses qui se séparent du 
lait et montent à la surface (crème); c'est un aliment 
agréable et cher; il est l'objet de falsifications assez 
nombreuses mais qui n'offrent pas généralement de 
dangers. 

Les consommateurs estiment beaucoup le beurre 
qui présente une belle coloration jaune clair qui 
provient de l'alimentation des animaux par les her- 
bes vertes; les vendeurs obtiennent cette coloration 
par des sucs de plantes inoffensives, mais aussi par 
le jaune de chrome qui est dérivé des substances 
toxiques. 

La falsification la plus commune est de mélanger 
au beurre des graisses diverses (graisse de porc) et 
de la margarine fabriquée industriellement. Ce 
n'est toutefois pas un danger pour la santé, mais 









02 PRINCIPES D HTGIENK. 

une tromperie sur la qualité et le prix de la mar- 
chandise. 

29. Les fromages. — Pour faire les fromages, on 
coagule le lait avec de la présure ou avec un acide 
minéral (acide chlorhydrique), et on sépare le petit- 
lait par iiltration. 

Le coagulum forme une pâte que l'on pétrit et 
qu'on comprime dans des moules avec des pierres 
de poids suffisant; ex. : fromages de Hollande, 
d'Auvergne, etc. (fromages crus). D'autres froma- 
ges, dits fromages cuits, se préparent en versant le 
lait dans une chaudière placée sur un feu modéré, 
en y ajoutant de la présure pour le faire coaguler. 
en le pétrissant et en le comprimant, comme poul- 
ies fromages crus ; ex. : fromages de Gruyère, de 
Chester, de Parmesan, etc. 

Dans tous les cas, si l'on a d'abord écrémé le lait, 
on obtient des fromages maires; le lait non écrémé 
fournit les fromages demi-gras et, avec addition de 
crème, les fromages gras. 

Les fromages constituent un bon aliment, ainsi 
qu'il résulte du tableau suivant, qui donne la com- 
position des fromages durs fabriqués en Suisse 
(analyses de Schwarzenbach) : 



Gras. 

Eau 37,44 

Graisse 30,64 

Caséum 28,56 

Sels 3,38 

100 



Demi-gras. 


Maigres 


47.C0 


43,67 


11,40 


3,40 


36,34 


49,16 


4,96 


3,77 



100 



100 



FALSIFICATIONS PRINCIPALES. Dp 

Les falsifications consistent dans l'addition à la 
pâte naturelle de fécule, de craie, etc., mais ce sont 
des tromperies grossières et sans danger. On doit 
plutôt se méfier, contrairement à l'avis des gour- 
mets, des fromages vieux, moisis, qui servent 
d'asile à des mites, à des larves de mouche, à des 
moisissures, etc., et qui paraissent développer des 
ptomaïnes, dont les effets seront étudiés plus loin. 
(Voir Empoisonnements par les saucisses.) Ces 
fromages ont procuré parfois des douleurs d'en- 
trailles, des vomissements, des diarrhées, etc. 

30. Graisses et huiles. — Les graisses sont fal- 
sifiées avec des fécules, du kaolin, de la craie, etc., 
ou par l'addition d'eau (jusqu'à 40 % à l'aide d'un 
peu de chaux ou de soude). En faisant bouillir la 
graisse suspecte de mélanges., de fécules, etc., dans 
dix fois son poids d'eau, les impuretés tombent au 
fond et la graisse surnage. 

Les huiles sont l'objet de falsifications sans dan- 
gers pour la santé ; ces falsifications consistent dans 
le mélange aux huiles les plus estimées et les plus 
chères (huiles d'olive) d'huiles de qualité et de prix 
moindres (huile d'œillette, d'arachides, etc.). 

31. Chocolat. — Le chocolat se prépare avec du 
caxao torréfié et du sucre, broyés et mélangés en- 
semble par des procédés mécaniques. 

Le cacao est la graine du Theobroma cacao; c'est 
un aliment riche, auquel il ne manque que du sucre 
pour être complet. Voici, en effet, une analyse 
fournie par Payen : 



pp 






PRINCIPES D HYGIENE. 

Substance grasse 52 

— albuminoïde 20 

Caféine 2 

Amidon 10 

Cellulose 2 

Substances minérales 4 

Eau 10 

100 



Malheureusement, le chocolat fabriqué avec du 
cacao et du sucre reviendrait au moins à 5 francs le 
kilogramme ; aussi le chocolat du commerce peut-il 
ne renfermer que peu ou pas de cacao, et, en revan- 
che, une foule de substances, telles que les farines 
de céréales et de légumineuses, l'amidon, l'huile 
d'olives ou d'amandes, le suif, les poudres miné- 
rales (oxyde rouge de mercure, minium, etc.). 

Les analyses des chocolats sont longues et diffi- 
ciles ; l'emploi du microscope révèle les formes des 
divers granules d'amidon, de fécule, etc., qui don- 
nent, au goût, une saveur pâteuse ; le chocolat fal- 
sifié prend, à la cuisson, un aspect de colle; les 
graisses étrangères ne tardent pas à rancir, ce qui 
permet à l'odorat de reconnaître leur présence. Le 
chocolat falsifié bouilli dans l'eau laisse un précipité 
de poudres minérales, et la graisse surnage en for- 
mant des yeux, etc. Un bon chocolat a la cassure 
brillante, il fond facilement dans la bouche : avec la 
teinture d'iode, il donne une coloration violette 
(amidon du cacao), tandis que la coloration des autres 
amidons est bleue. 

32. Thé, café. — Le thé et le café, pris à petites 



FALSIFICATIONS PRINCIPALES. 



00 



doses, stimulent la circulation du sang et les fonc- 
tions intellectuelles; à doses élevées, ils peuvent 
produire des troubles, tels que des tremblements 
nerveux, des palpitations, etc. 

Le thé provient des feuilles d'un arbrisseau. I e 
T/ica chinensis, cultivé en Chine, à Ceylan, à Java: 
il renferme principalement la théine, substance 
azotée, une huile essentielle aromatique, de la 
gomme, du tannin, des sels, etc. 

Le café est la graine du Caféier {Coffea arabica), 
arbrisseau de 7 à 8 mètres de hauteur, toujours 
vert, originaire de l'Abyssinie ; il renferme princi- 
palement la caféine., substance azotée comparable à 
la théine, une huile essentielle, une essence aroma- 
tique, du tannin, des matières grasses, des sels. etc. 

Ces deux denrées sont l'objet de falsifications 
innombrables. 

Le thé est déjà falsifié par les Chinois, qui y mê- 
lent des feuilles étrangères: en Russie et en Angle- 
terre, il reçoit des feuilles de rosier, d'érable, de 
frêne, etc., et il est teint avec le bleu de Prusse, le 
bois de campêche, etc. Quand l'arôme est altéré, on y 
ajoute des sels de cuivre, du chromate de plomb, etc. 
« Le D r Saunders, officier médical de Londres, ayant 
appris que les greniers de la Douane contenaient de 
grandes quantités de thé malsain, alla y prendre 
cinq échantillons, représentant mille sept cents 
caisses de thé. et les soumit à un examen appro- 
fondi. Il y trouva : 1° du thé dont les feuilles avaient 
déjà servi et avaient été soumises à une nouvelle 
dessiccation ; 2° une poussière de thé, mêlée de sable 






56 



PRINCIPES D HYGIEXE. 



et de matières colorantes; un échantillon putréfié, 
corrigé par du quartz, des feuilles étrangères et des 
particules métalliques; 4° une substance d'aspect 
repoussant, qui renfermait des pierres de la gros- 
seur d'un pois ; 5° du thé retiré de la mer à la suite 
d'un naufrage dix-huit mois auparavant, puis des- 
séché à nouveau ». (D'après Arnould.) 

Le café n'est pas, plus que le thé, à l'abri des 
falsifications. On a fabriqué des grains de café avec 
de l'argile mise dans des moules, puis colorée avec 
le caramel. Les grains de café avariés sont colorés 
avec le sulfate de cuivre, le chromate de plomb, etc. 
L'analyse des grains suspects est rapidement faite, 
car il suffit d'essayer les réactions caractéristiques 
des minéraux dont la présence est soupçonnée. 

Les falsifications sont surtout habituelles pour 
les cafés torréfiés et réduits en poudre ; le micros- 
cope a permis d'y déceler des farines de céréales et 
de légumineuses , de la fécule, de la poudre de 
glands, de chicorée, etc. Les farines et les fécules 
se reconnaissent à la teinte bleue donnée par l'eau 
iodée à une infusion dans l'eau distillée préalable- 
ment décolorée par le noir animal et filtrée : pour 
reconnaître la chicorée, il suffit de déposer un peu 
du café suspect à la surface d'un verre d'eau ; la 
chicorée se précipite au fond du verre et colore le 
liquide en jaune. 

33. Pâtisseries, sucreries. — Les pâtisseries 
sont couramment falsifiées par la vaseline, qui a 
l'apparence d'un corps gras, mais qui a le double 
inconvénient d'être très indigeste et de ne point 



DANGERS DE CERTAINES VIANDES. 01 

constituer un aliment. En revanche, la vaseline a 
de grands avantages pour les pâtissiers, car elle ne 
rancit pas et, par conséquent, remplace le beurre 
qui rancit très vite. C'est une pratique condam- 
nable. 

Les sucreries colorées peuvent être dangereuses, 
car les colorations les plus faciles sont obtenues par 
de véritables poisons. Les règlements interdisent, 
pour cet objet, les colorants suivants : 

1» Colorants minéraux : sels de cuivre, de plomb, 
de baryte, d'arsenic, de mercure : 

2° Colorants organiques : gomme-gutte, aconit 
ïiapel, couleurs dérivées de la bouille. 



I 



5 3. — Dangers de certaines viandes. 

Maladies d'origine alimentaire : les Tœnias. les Trichines; mala- 
dies microbiennes. 
Empoisonnements d'origine alimentaire : le botulisme. 

Certains aliments, et les viandes en particulier, 
peuvent devenir dangereux, soit qu'ils renferment 
des parasites qui en se développant dans le corps 
de l'homme sont la cause de diverses maladies, soit 
qu'ils présentent des altérations susceptibles de pro- 
voquer de véritables empoisonnements. Nous exa- 
minerons, principalement à ce double point de vue, 
les conditions qui rendent les viandes dangereuses. 

1° Maladies d'origine alimentaire. 
Les parasites que les viandes peuvent renfermer 












58 



PRINCIPES D HYGIENE. 



appartiennent, les uns au règne animal, les autres: 
au règne végétal. Parmi les parasites animaux, nous- 
citerons : les Taenias et la Trichine., et parmi les 
parasites végétaux, les microbes du charbon et de 
la tuberculose. 

34. Les Tcenias. — Les Tœnias ou Vers soli- 
taires qui se développent le plus communément 
dans le corps de l'homme sont au nombre de deux : 

1° le Tœnia solium; 
2° le Tœnia incrme. 
Étudions d'abord le 
premier (T. solium). 
Le Tœnia solium 
est un ver parasite 
qui, à l'état adulte, 
vit dans l'intestin de 
l'homme, et, à l'état 
embryonnaire, dans 
les tissus musculai- 
res du porc. 

A l'état adulte , il 
se présente sous la 
forme d'un ruban aplati, d'une longueur de 7 à 8 mè- 
tres ; ce ruban est constitué par un nombre considé- 
rable d'anneaux placés à la suite les uns des autres- 
chaque anneau représente, pour ainsi dire, un ani- 
mal complet. Les anneaux constituant le Tœnia ont 
des formes assez distinctes d'une extrémité du ver 
à l'extrémité opposée; à l'une des extrémités, on 
observe un petit organe ovalaire appelé la tète, 
tandis que l'autre extrémité présente des anneaux 




Fie. -I. — Portion de Tœnia solium montrant 
la tète, le cou et quelques cncurbitains. 



DANGERS DE CERTAINES VIANDES. 



59 



assez grands, plus longs que larges, appelés pro- 
glottis ou encore cucurMtains (parce qu'ils ont 
l'apparence de graines de courge). En observant 
les anneaux à partir de cette extrémité et en allant 
vers la tête, on les voit diminuer de grandeur, 
devenir d'abord aussi longs que larges, puis plus 
larges que longs, et enfin extrêmement petits au 
voisinage de la tête (portion appelée cou). Étudions 
spécialement la tête et les cucurbitains. 
La tète est petite, de m 6 à 1 millimètre dans sa 





Fin. 5.— Tête île Tœnia 
soliumavec les ventouses 
et les crochets. 



Têle et cou du Tœnia solium (cro 
cheis séparés a droite). 



plus grande largeur; elle présente dans sa partie la 
plus large, quatre ventouses hémisphériques et. en 
avant d'elles, une double couronne de petits cro- 
chets. On n'y observe ni bouche, ni tube diges- 
tif, etc., et on doit considérer la tète comme un 
simple organe destiné, par ses crochets et ses ven- 
touses, à être solidement lixé aux parois de l'intes- 
tin de l'homme. 









60 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



Les derniers proglottis de la chaîne atteignent 
5 à 6 millimètres de largeur et jusqu'à 2 centimètres 
de longueur; ils se détachent les uns après les au- 
tres, et, au moment où ils tombent dans la cavité 
intestinale, ils sont absolument remplis d'œufs des- 
tinés à la reproduction des tœnias. Mais le ruban 
conserve toujours à peu près les mêmes dimen- 
sions , car la région voisine de la tête a la propriété 
de fournir sans cesse de nouveaux anneaux, ce qui 
revient à dire que les proglottis qui tombent sont 
les plus anciennement formés dans cette longue 
chaîne. 

L'homme atteint du Ver solitaire expulse au 
dehors, avec ses matières fécales, les cucurbitains 
détachés, dont les tissus propres pourrissent rapi- 
dement. Les œufs qu'ils mettent ainsi en liberté, 
protégés qu'ils sont par une coque épaisse et résis- 
tante, se conservent intacts dans les fumiers et dans 
le sol aussi bien que dans l'eau courante et dans les 
flaques d'eau. Ils ne peuvent se développer qu'à la 
condition d'être avalés par les porcs : on sait que 
ces animaux mangent gloutonnement et indistincte- 
ment tout ce qu'ils rencontrent, et il est facile de 
comprendre comment dans les campagnes ils sont 
fatalement condamnés à avaler les œufs expulsés 
par les personnes atteintes du ver solitaire. 

Ces œufs, dont le diamètre ne dépasse pas 35 mil- 
lièmes de millimètres, renferment dans leur inté- 
rieur un petit embryon, qualifié à'hexacanthe, parce 
qu'il présente six crochets à l'une de ses extrémi- 
tés {fig. 8). Leur coque est dissoute sous l'influence 



DANGERS DE CERTAINES VIANDES. 



61 



des sucs intestinaux, ce qui a pour résultat de met- 
tre en liberté les embryons hexacanthes; ceux-ci 
perforent, à l'aide de leurs crochets, les parois de 
l'estomac ou de l'intestin, et ils se rendent dans 
diverses régions musculaires, soit par l'intermé- 
diaire des canaux sanguins, soit en se frayant un 
chemin à travers les tissus. Ils se fixent alors défini- 
tivement, grossissent très vite et prennent la forme 




kod 






Fie. 7. — La double couronne descro- 
chets du Tœnia soliuuj , vue par le 

liau! 




Fig. x. — Œuf '1'' 
Tcema sulium ren- 
fermant un em- 
bryon llrsai'iinlllr. 



de petits haricots. A cet étal, ils portent h 1 nom de 
cysticerques (Cysticercus eellulosse), qui leur avait 
été donné à l'époque où l'un ne soupçonnait pas leur 
parenté avec les vers solitaires Iflg. 9). Les cysti- 
cerques sont formés d'un sac blanchâtre rempli de 
liquide: leurs dimensions sont en général celles de 
petits pois; chacun renferme une tête et un cou de 
tœnia invaginés à la façon d'un doigt de gant qu'on 
retourne. 

Les porcs infestés de cysticerques sont des porcs 
ladres. Pour reconnaître la ladrerie chez ces ani- 









62 principes d'hygiène. 

maux vivants, il suffit d'introduire les doigts à la 
base de la langue, à droite et à gauche du frein de 
cet organe; on trouve à la pression les grains durs 
formés par les cysticerques. Ajoutons que c'est là 
une pratique commune sur les marchés et qui est 
connue sous le nom de langueyage. 

Si l'homme mange de la viande de porcs atteints 








FlG. 9. — Les cysticerques du T. solium dans les muscles du porc 
(au milieu) et isolés (à droite et à gauche). 



de ladrerie sans avoir pris les précautions indiquées 
plus bas, le sac des cysticerques est dissocié par les 
liquides de l'estomac, les cysticerques se dévagi- 
nent et aussitôt se fixent à la paroi de l'intestin à 
l'aide des crochets et des ventouses. Les cysticer- 
ques se développent en tœnias par la production 
d'anneaux qui s'ajoutent les uns à la suite des 
autres. 



DANGERS DK CERTAINES VIANDES. 



63 



'En résumé, le Tœnia soliuni vit dans l'intestin 
«lie l'hoinnie à l'état adulte et dans les muscles du 
pore à l'état embryonnaire; ces deux hôtes sont- 
nécessaires pour le développement complet de cet 
<jtre,<et il suffit d'atteindre les œufs ou les cysticer- 
ques pour empêcher sa propagation de l'homme au 
porc ou du porc à l'homme. 

Le Tœnia est absolument parasite ; entièrement 
dépourvu à tout âge de toute trace de tube digestif, 
il se nourrit, par imbibition, des sucs destinés aux 
tissus de ses hôtes. 11 ne constitue pas un danger 
sérieux pour l'homme, malgré quelques croyances 
populaires, mais il est gênant et incommode. De 
plus, on s'en débarrasse difficilement parce qu'il se 
reforme tant qu'il a conservé sa tête ; et cet organe, 
grâce à sa petitesse, peut échapper longtemps à l'ac- 
tion des médicaments. 

En revanche, il est très facile de se garantir con- 
tre ce parasite. Les grains de cysticerques sont visi- 
bles à l'œil nu et ils ne peuvent échapper à une 
inspection même sommaire. Il est pourtant un 
moyen encore plus sur, c'est de ne consommer que 
des viandes parfaitement cuites: la cuisson, en 
effet, tue tous les cysticerques: on admet même 
qu'ils sont aussi tués par une forte salaison. En 
France, on ne mange guère la viande de porc 
saignante; aussi le Tœnia solium devient-il assez 
rare. 

On ne peut pas en dire autant du Tœnia inerme. 

Ce ver porte aussi les noms de Tœnia saginata et 
«le Tœnia mcdiocanellata (flg. 10). Ses dimensions 






84 



PRINCIPES D HYGIENE. 



et sa forme sont à peu près les mêmes, à l'état adulte, 
que celles du Tœnia solium : on le distingue prin- 
cipalement de ce dernier par l'absence complète 
de crochets e'n avant des quatre ventouses (flg. 11), 




Fig. 10. — Le Tœnia inerme. 



caractère qui lui a valu la dénomination de Tœnia 
inerme. Gomme le précédent, il se présente succes- 
sivement sous les formes d'œufs, de cysticerques 
(Cysticercus bovis) et de ruban aplati. Il demande 
aussi, pour son développement complet, deux hôtes, 







DANGERS DE CERTAINES VIANDES. 



65 



le bœuf, la vache ou le veau et l'homme; il passe de 
l'homme au bœuf par les excréments qui dissémi- 
nent les œufs dans les eaux et les herbages, et du 
bœuf à l'homme par les viandes crues ou saignantes. 
Le Tœnia inerme est beaucoup plus fréquent en 
Angleterre que le Tœnia solium; il tend à devenir 
aussi plus commun en France. Cela tient d'un côté 
à ce que l'inspection des viandes des Bovidés est 




Fii.. il. — Tête de Tœnia inercne montrant !<-•;. ventouses (sans crochets). 



plus difficile que l'inspection des viandes de porcs, 
à cause de la petitesse du Cysticercus boris, et, 
d'un autre côté, à l'habitude très généralement ré- 
pandue que l'on a de manger le bœuf saignant. Il 
faut réagir contre cette habitude et donner aux 
viandes des bovidés (bœuf, vache, veau, génisse) 
une cuisson telle que les parties centrales soient 
gris-rosées et non rouges; cette cuisson est, en effet, 
suffisante pour tuer tous les cysticerques. 
35. La Trichine. — La Trichine (TricMna spi- 



ma 



66 



. PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



I 



ralis) est un ver rond, piriforme, non. 
annelé, ayant à l'état adulte de 1 millimè- 
tre à 1 millimètre et demi de longueur; son 
organisation est plus complexe que celle 
des Tœnias, car ce petit être possède un 
tube digestif composé d'une bouche, d'un 
œsophage, d'un rendement stomacal et 
d'un intestin (ftg. 12). 

La Trichine doit être considérée sous 
deux états : 

1° A l'état de larve, c'est-à-dire à l'état 
non sexué; 

2« A l'état adulte , c'est-à-dire à l'état 
sexué, caractérisé surtout par la forma- 
tion des œufs. 

A l'état adulte, la Trichine vit dans 
l'intestin de l'homme où les femelles pon- 
dent un nombre considérable d'embryons 
ou de larves d'une grande petitesse ; on a 
compté jusqu'à quinze cents larves pro- 
venant d'une seule ponte. Les larves, aus- 
sitôt après leur naissance , traversent les 
parois de l'intestin et se rendent dans les 
tissus musculaires aux dépens desquels 
elles se nourrissent pour passer ensuite à 
l'état de vie latente en s'entourant d'une 
membrane protectrice : c'est cet état qui 
porte le nom d'enhystement; chaque larve 
a formé un kyste dans lequel elle s'est 
chincaduue. enroulée en spirale (ftg. 13). 
Les kystes de Trichine se trouvent dans les mus- 



•* 



Fie. 12.— Tri- 



DANGERS DE CERTAINES VIANDES. 



67 



clés qui, ainsi qu'on le sait, constituent la majeure 
partie de la chair des animaux ; ils sont extrêmement 
petits, invisibles à l'œil nu, et, pour déceler leur 
présence, il faut dissocier les muscles et en exami- 
ner une petite portion à l'aide du microscope. 

La condition essentielle du développement ulté- 
rieur des larves des kystes en Trichines adultes est 
un changement d'hôte : si, par 
exemple, l'homme avale de la 
viande de porc renfermant des 
kystes intacts, la membrane pro- 
tectrice des larves est dissoute 
par les sucs intestinaux ; les 
larves, mises ainsi en liberté, f 
grandissent et passent à l'état 
de Trichines adultes: celles-ci 
pondent de nombreuses larves 
qui se rendent dans les muscles, 
et ainsi de suite. 

Les kystes de Trichines peu- 
vent se trouver dans la chair du f> 
porc, du rat et dans les mus- 
cles de l'homme. L'homme contracte la Trichine &û 
mangeant de la viande peu cuite de porc trichine; 
les porcs la contractent eu mangeant les rats morts 
jetés sur les fumiers, et les rats peuvent devenir 
trichines en mangeant des restes de viande de porc. 

On désigne sous le nom de trichinose la maladie 
causée par la présence de trichines. Cette maladie 
est d'autant plus grave que le nombre de parasites 
est plus grand ; elle est quelquefois mortelle et tou- 




Larve de Trichins 
ans 1rs muscles. 






PM 






(>8 



PRINCIPES DHYfllÈNE. 



jours dangereuse. La trichine a surtout frappé 
l'Allemagne. En France, une petite épidémie de tri- 
chinose (1879) atteignit seize personnes à Crépy-en- 
Yalois (Seine-et-Oise) qui avaient mangé la viande 
d'un même porc; une jeune fille seule mourut. Les 
viandes américaines sont souvent trichinées : le dé- 
cret du 18 février 1881 interdit sur tout le territoire 
de la République française l'importation des viandes 
salées provenant des États-Unis d'Amérique. 

Le moyen le plus simple d'éviter la trichine et la 
trichinose est de bien faire cuire la viande de porc; 
la cuisson parfaite garantit aussi , comme nous 
l'avons dit, des Tœnias. 

36. Maladies microbiennes : charbon et tuber- 
culose. — Le charbon et la tuberculose seront 
étudiés plus loin (voir Maladies contagieuses). Le 
charbon frappe spécialement le mouton, les bovidés 
et le cheval. Les viandes des animaux charbon- 
neux sont remplies des microbes qui déterminent 
cette terrible maladie , toujours mortelle pour 
l'homme ; d'un autre côté, il est certain que l'ali- 
mentation par ces viandes donne le charbon. Heu- 
reusement, les viandes charbonneuses sont facile- 
ment reconnaissables et, en outre, les lois interdisent 
absolument leur vente et l'empêchent en prescrivant 
l'abatage et l'enfouissement des animaux atteints du 
charbon. 

La tuberculose est commune à l'homme et aux 
animaux. Les animaux les plus communément 
atteints sont les bovidés et les volailles. Les lois- 
interdisent la vente des viandes des bovidés tuber- 



DANGERS DE CERTAINES VIANDES. 



69 



culeiix lorsque la maladie a atteint un degré avancé, 
et il faut absolument s'abstenir de l'usage du lait cru 
dos vaches tuberculeuses. Lorsque la tuberculose 
est peu marquée, la viande n'est pas altérée, mais 
les viscères et le foie en particulier sont atteints, et 
ils paraissent sains alors qu'ils sont remplis de mi- 
crobes ; or, on a la déplorable habitude de manger 
les foies de volailles à peine cuits : c'est courir les 
plus grands risques, car on avale ainsi en grande 
quantité les germes vivants de la tuberculose. 

2° Empoisonnements d'origine alimentaire. 



Les viandes provenant d'animaux absolument 
sains peuvent devenir extrêmement dangereuses 
lorsqu'elles sont altérées ou, en d'autres termes, 
lorsqu'elles présentent un commencement de putré- 
faction. On a reconnu, en effet, que toutes les fois 
que les matières organiques pourrissent elles déve- 
loppent dans leur intérieur des poisons désignés 
sous le nom général de ptomaïnes. Ces poisons 
sont d'une violence extrême ; on peut les comparer 
aux alcaloïdes qui se forment chez quelques végé- 
taux vivants (strychnine, atropine, curare, qui- 1 
nine, etc.), et qui sont aussi des poisons violents. 

Les ptomaïnes ont été découvertes et étudiées par 
MM. Selmi et Gautier ; elles ont aussi fait l'objet 
des recherches de MM. Brouardel, (i. Pouchet, etc. 
Elles se développent de préférence dans les viandes 
ramenées au contact de l'air, comme '.es saucissons 
entamés depuis quelque temps ou les conserves de 


















70 



PRINCIPES D HYGIÈNE. 



viandes laissées ouvertes quelques jours ; elles se 
développent presque toujours dans les saucisses et 
les boudins préparés avec des viandes qui n'ont pu 
être vendues; elles se développent aussi dans toutes 
les viandes altérées par le temps (mouton, bœuf, 
veau, gibier, volailles, poissons), dans les vieux 
fromages, etc., en un mot partout où une substance 
quaternaire commence à pourrir. 

Gomme les alcaloïdes végétaux plus haut signalés, 
les ptomaïnes déterminent de graves désordres dans 
l'organisme : coliques violentes, diarrhée, vomisse- 
ments prolongés , syncopes , etc. ; elles peuvent 
même amener la mort. 

Assez rares en France, les empoisonnements de 
cet ordre ont été observés par centaines en Alle- 
magne et particulièrement dans le Wurtemberg, 
où ils sont dus surtout, à la consommation des 
saucisses, que les Allemands mangent crues et 
non fumées après les avoir laissées vieillir pour 
y trouver un goût spécial ; ils sont dus aussi à la 
consommation des boudins, peu cuits et formés de 
graisse, de lait, de mie de pain, de sang de bœuf 
en décomposition depuis cinq ou six jours, toutes 
conditions favorables à une putréfaction rapide. A 
ces empoisonnements par les boudins et par les sau- 
cisses on donne le nom général de botulisme. 

S'abstenir de toute préparation de charcuterie qui 
n'est pas rigoureusement fraîche, la soumettre dans 
tous les cas à une cuisson prolongée, se délier de 
tout aliment àltêvë, tels sont les préceptes qui per- 
mettent d'éviter les empoisonnements signalés. 



LES BOISSONS ALCOOLIQUE 



§ 4. — Les Boissons alcooliques. 



lîôle physiologique do l'alcool. 

Le vin : composition et rôle; mouillage et vinage; coloration 
artificielle; plâtrage; sucrage; salicylage; vins artificiels. 

La bière : préparation et composition ; falsification. 
Le cidre : préparation, composition; falsification. 



37. Rôle physiologique de l'alcool. — Les 

boissons les plus utilisées dans nos pays sont le 
vin, la bière, le cidre, les eaux-de-vie et les diverses 
liqueurs; elles ont un caractère commun, celui de 
renier mer de Yalcool, et toutes méritent, par consé- 
quent, la dénomination de boissons alcooliques. 
Aussi, et avant même d'envisager les caractères de 
ces boissons, convient-il tout d'abord d'examiner 
l'action exercée sur l'organisme par l'alcool vérita- 
ble, celui qui est obtenu par la distillation des vins. 

On considère généralement l'alcool comme 
n'ayant par lui-même aucune valeur nutritive. Des 
peuples entiers, les Mahométans, par exemple, s'en 
passent ou à peu près ; beaucoup d'individus, sans 
compter les entants et les femmes, se privent abso - 
lunient de boissons alcooliques, et la santé des uns 
et des autres n'en est nullement compromise; il en 
est de même de tous les animaux, qui ont une répu- 
gnance invincible pour l'alcool et pour les buissons 
qui ont l'alcool pour base. 

D'un autre côté, tous les peuples l'ont usage, 
depuis la plus haute antiquité, de boissons alcoo- 












72 principes d'hygiène. 

liques diverses, car le vin et la bière sont cités 
par les auteurs de tous les temps. L'expérience 
pratiquée sur la plus vaste échelle possible — chez 
tous les peuples et à partir des époques les plus 
reculées — ne montre nullement que l'usage de 
l'alcool à doses modérées ait une influence marquée 
sur la santé et la vie des individus. 

L'alcool n'étant pas un aliment, quel rôle remplit- 
il dans l'organisme ? 

On croit à tort qu'il peut combattre à la fois le 
froid et la chaleur. Précisément son emploi est 
abandonné par les personnes qui ont à lutter contre 
les froids excessifs et contre les fortes chaleurs. Les 
baigneurs de Dieppe, qui passent des heures entiè- 
res dans l'eau, les guides des Alpes pendant l'hiver, 
les voyageurs des régions polaires s'abstiennent de 
l'usage de l'alcool après avoir constaté qu'il leur 
était beaucoup plus nuisible qu'utile; l'armée russe, 
en marche pendant les temps froids, n'use pas de 
boissons alcooliques ; d'un autre côté, les médecins 
militaires anglais ont remarqué, dans l'Inde et en 
Egypte, que, pendant les grandes chaleurs, les sol- 
dats qui ne boivent que du thé ont plus d'entrain et 
de force que ceux qui font usage d'eau-de-vie ou de 
rhum. 

On croit aussi que l'usage de l'alcool est utile aux 
personnes qui se livrent à des travaux physiques de 
quelque durée ; c'est encore une erreur , car les 
ouvriers qui ont à fournir une grande force muscu- 
laire s'abstiennent de boissons alcooliques. 11 est 
cependant certain qu'une petite dose d'alcool ajoutée 



LES BOISSONS ALCOOLIQUES. 73 

à un peu de nourriture solide relève les forces des 
personnes fatiguées par un travail physique. 

De tout ce qui a été avancé sur le rôle physiolo- 
gique de l'alcool, il ne reste qu'un fait positif : 
« L'alcool surexcite , exaspère même le système 
nerveux et fait trouver à l'homme, dans ses der- 
nières ressources, la matière d'un suprême effort : 
c'est le coup d'éperon qui peut faire hondir encore 
une fois le cheval épuisé, mais qui ne lui tient pas 
lieu de nourriture; appel imprudent, d'ailleurs, aux 
réserves de l'économie et qui finit par ne plus être 
entendu ». (D r Arnould.) Encore faut-il remarquer 
que l'usage de l'alcool, ace point de vue, ne peut 
nullement être généralisé, car il est nuisible aux 
tempéraments délicats et nerveux, et aux personnes 
qui fournissent un travail intellectuel excessif. 

Étant donnés les faits qui précèdent et les dan- 
gers qui résultent de l'usage abusif des liqueurs 
alcooliques (voir plus loin), les hygiénistes se sont 
justement préoccupés d'indiquer les doses d'alcool 
qu'il ne faut pas dépasser et de rechercher les con- 
ditions qui rendent les boissons alcooliques inoffen- 
sives ou dangereuses. Nous allons passer en revue, 
à ce dernier point de vue. les principales boissons 
alcooliques. Pour ce qui concerne la dose d'alcool 
maximum, il es[ difficile d'indiquer une formule 
générale, car la dose qui convient à un tempéra- 
ment peut ne convenir nullement à un autre tempé- 
rament ; cependant, on estime généralement que la 
dose maximum d'alcool pur ou en boisson ne devrait 
jamais dépasser 30 ou 40 centimètres cubes par jour. 






l'i 



PRINCIPES D HYGIENE. 



LE VIN. 

38. Composition et rôle du vin. — Le vin natu- 
rel provient de la fermentation spontanée du raisin 
ou moût. Le moût est un liquide riche en sucres, en 
dextrine, en acides et sels organiques et minéraux. 
La fermentation du moût transforme les sucres en 
acide carbonique qui se dégage dans l'air et en 
alcool qui reste dissous dans le vin ; ce phénomène 
est dû à la présence dans le moût de germes compa- 
rables à des microbes (levure) , qui vivent et se 
multiplient rapidement en empruntant de l'oxygène 
aux sucres et en les transformant, par suite, en 
alcool et acide carbonique. 

Les vins blancs proviennent des raisins blancs ; 
les raisins noirs donnent les vins rouges. La colora- 
tion de leurs grains est due à une substance ren- 
fermée dans leur enveloppe et qui se dissout dans 
l'alcool du vin ; ils donnent des vins à peine colorés 
si on soutire immédiatement le jus après la pression 
des raisins, la substance colorante n'étant pas solu- 
ble dans l'eau du moût. 

La composition des vins est assez complexe, ainsi 
qu'on peut s'en convaincre par le tableau suivant 
emprunté à M. Armand Gautier. 

Composition moyenne du vin rouge pour 1000 ; 



Eau 

Alcool (en volume). 



869 
100 



LES BOISSONS ALCOOLIQUES. 



75 



Alcools divers, éthers et parfums T 

Glycérine 

Acide succinique 

Matières albuminoïdcs , grasses , su- 
crées, gommeuses et colorantes 

Tartrate de potasse 

Acides acétique, propionique, citrique, 
malique, carbonique 

Chlorures, bromures, iodures, lluo- 
rures , phosphates de potasse , de 
soude, de chaux, de magnésie, oxyde 
de fer, albumine, ammoniaque 



races. 

(j .">(> 
1 50 

16 

h 

1 50 



1 50 






La quantité d'eau dans les vins naturels ordi- 
naires varie entre 80 et 92 parties % : la quantité 
d'alcool varie entre 7 et l(i et elle est en moyenne 
de 9 % dans les vins français, ce qui s'exprime 

[ couramment en disant que le degré alcoolique 
moyen est 9. 

On désigne sous le nom ftextra.it sec le résidu 
solide qui reste par l'évaporation du vin : il ren- 
ferme la glycérine, l'acide succinique, le tannin, 
quelques matières minérales, le chlorure de potas- 
sium, les matières colorantes et l'albumine. Le 
poids d'extrait sec varie entre 15 et 50 grammes 

■ pour 1000, c'est-à-dire par litre. 

« Le vin n'est pas plus nécessaire que l'alcool, 
mais c'est la plus louable des boissons alcooli- 
ques. La stimulation qu'il produit est meilleure, 
moins inoii'ensive que celle de l'alcool seul, fùt-il 
dilué au même point que l'alcool du vin l'est natu- 
rellement. Leaucoup de vins parfaitement stimu- 
lants sont moins riches en alcool que d'autres qui 









76 



PRINCIPES D HYGIENE. 



stimulent peu. Il y a dans le vin naturel une com- 
plexité merveilleuse de substances utiles, bien 
équilibrées, que rien ne remplace. Les petits vins 
des vignobles sans renom, que les travailleurs du 
pays consomment à l'ordinaire, leur rendent plus 
de services que ne le feraient des vins alcooliques... 
Comment se ferait-il, si le vin n'était que de l'alcool 
étendu, que les peuples anciens, dont les guerriers 
de Virgile et d'Homère nous reproduisent les 
mœurs , aient fait appel au vin dans toutes les 
réjouissances publiques et dans les occasions où il 
était urgent de relever le courage des soldats? Et 
pourquoi la gaieté française et le rire gaulois sont- 
ils précisément le privilège de cette terre où la vigne 
mûrit ses produits les plus parfaits, non les plus 
alcooliques? Je n'ai jamais compris les esprits cha- ' 
grins et de peu de portée qui se sont réjouis de 
l'invasion du phylloxéra; les vrais philanthropes, 
comme Pasteur, Bergeron, Lunier ont, au contraire, 
entrevu très justement que l'abondance du vin 
loyal et de bonne qualité est le réel préservatif des 
désastres de l'alcoolisme ». (D 1 ' Arnould.) 

On verra plus loin que les statistiques de ces 
vingt dernières années marquent précisément un 
accroissement effrayant de l'alcoolisme en France ; 
on sait d'autre part qu'avant l'invasion du phyl- 
loxéra l'usage du vin conduisait très rarement à 
l'alcoolisme, sauf dans les cas d'abus constant. 

Les désastres éprouvés par la viticulture française 
ayant considérablement diminué les productions du 
vin (83,836 millions d'hectolitres en 1875, ^8,336 



LES BOISSONS ALCOOLIQUES. 



millions d'hectolitres en 1886), les commerçants se 
sont appliqués à fournir aux besoins de la consom- 
mation, soU en fabriquant des vins sans raisin, soit 
en falsifiant les vins naturels. 

Etudions d'abord les principales falsifications des 
vins naturels. 

89. Le mouillage et le vinage. — Le mouillage 
et le vinage sont deux falsifications courantes, inti- 
mement liées l'une à l'autre et suivies presque iné- 
vitablement d'autres falsifications destinées à les 
dissimuler (coloration artificielle, plâtrage, etc.). 

Le mouillage consiste dans l'addition au vin 
d'une certaine quantité d'eau. Cette opération a 
pour effets principaux de rendre plus faible le degré 
alcoolique du vin mouillé, de diminuer le poids d'ex- 
trait sec puisqu'il y a augmentation de volume et de 
rendre les vins peu colorés. 

Le degré alcoolique du vin mouillé est augmenté 
par l'addition d'alcool, ce qui constitue le vinage, 
lequel est opéré aussi à la cuve après la pression 
des raisins qu'on sait devoir donner des vins peu 
alcoolisés. Le vinage, et par suite le mouillage, 
seraient plutôt des fraudes que des falsifications 
dangereuses pour la santé si les commerçants em- 
ployaient uniquement l'alcool de bonne qualité, l'al- 
cool de vin par exemple. Il n'en est rien malheureu- 
sement, car la rareté du vin et la cherté des alcools 
bien rectifiés font utiliser surtout les mauvais 
alcools de grains, de betteraves, etc.. toxiques et 
éminemment propres à développer l'alcoolisme. 

iO. La coloration artificielle. — La coloration 












78 



PRINCIPES D HYGIENE. 



artificielle a pour but de masquer le mouillage et le 
vinage en donnant aux vins falsifiés des couleurs 
agréables à l'œil et rappelant celles des vins natu- 
rels. C'est une pratique pour ainsi dire courante, et 
M. A. Gautier estime qu'une seule ville, comme 
Béziers ou Narbonne, demande des milliers de kilo- 
grammes de substances colorantes pour la colora- 
tion des vins du commerce. ' 

Parmi les substances employées à cet usage il en 
est d'inoffensives, mais il en est aussi qui sont par- 
ticulièrement toxiques. Les baies de sureau, de 
troène, les baies de Phytolacca (raisin d'Amérique 
du commerce) sont à peu près inoffensives ; il n'en 
est pas de même de la fuchsine et des autres couleurs 
dérivées de la bouille, qui sont toutes des poisons 
dangereux et qui doivent être absolument proscrites. 
L'analyse chimique permet de reconnaître assez 
rapidement la coloration artificielle des vins, et il est 
urgent d'y recourir pour tous les vins de commerce 
qui, agités dans la bouteille, donnent une mousse • 
colorée ; la mousse des vins naturels est incolore, 
excepté pour les vins du Roussillon. 

14. Le plâtrage. — Le plâtrage, très en honneur 
dans les départements viticoles du Midi, consiste à 
ajouter de 2 à 8 kilogrammes de plâtre (sulfate de 
chaux) à 100 kilogrammes de raisins: on le dispose 
dans la cuve en couches qui alternent avec les cou- 
ches de vendange. L'addition du plâtre a certains 
avantages commerciaux très appréciés : la fermenta- 
tion est plus rapide et plus complète : l'acidité du vin 
est augmentée, ce qui se traduit à l'œil par une colo- 




LES BOISSONS ALCOOLIQUES. 79 

ration vive et vermeille; le vin se conserve mieux 
■et supporte les chaleurs, les transports, etc. 

Mais cette opération a aussi des dangers (acci- 
dents gastriques et intestinaux), qui résultent de 
l'action du sulfate de chaux sur le bitartrate de 
potasse du jus de raisin. En effet, le sulfate de 
chaux décompose le bitartrate de potasse en sulfate 
neutre de potasse, corps purgatif et irritant, et en 
sulfate acide de potasse, corps caustique et nocif. Le 
vin naturel contient cependant du sulfate de chaux, 
mais en très petite quantité (6 centigrammes par 
litre): les vins plâtrés en renferment 8 grammes et 
plus par litre. 

L'Académie de médecine, consultée en 1888 sur 
les avantages commerciaux et sur les inconvénients 
hygiéniques du plâtrage, a émis l'avis que le plâ- 
trage ne devait être toléré qu'à la dose maximum de 
2 grammes par litre. 

i2. Le sucrage. — Le sucrage consiste à ajouter 
du sucre aux vins médiocres afin d'augmenter leur 
richesse en alcool ; le sucre ajouté fermente, en effet, 
comme le sucre du raisin et se transforme en alcool 
et en acide carbonique. 

Le sucrage se pratique suivant le procédé de Gall 
ou suivant la méthode de Petiot. D'après le procédé 
•de Gall on ajoute au moût 20 à 24 "/,, de sucre: le 
procédé de Petiot consiste à arroser d'eau sucrée 
le marc au moment où il sort du pressoir, à laisser 
fermenter quelque temps, à soutirer le liquide 
obtenu après la fermentation et, enfin, à l'ajouter au 
vin précédemment obtenu. 



■■ 









80 



PRINCIPES D'HYGIENE. 



Le sucrage, s'il est fait avec du sucre de canne, ne 
présente aucun danger pour la santé; mais il est 
pratiqué le plus souvent avec le sucre qui provient 
de la fécule de pommes de terre. La fermentation de 
ce sucre produit une certaine proportion d'alcool 
amylique dont la nocuité est grande ; aussi l'usage 
des vins sucrés produit-il des troubles graves tels 
que l'irritation gastrique, l'ébranlement nerveux, 
l'ivresse rapide, etc. 

4:i. Le salicylage. — Le salicylage consiste dans 
l'addition au vin d'acide salicylique qui a l'avantage 
commercial de conserver les vins et d'en masquer 
les altérations. Mais l'acide salicylique, à doses très 
faibles (quelques centigrammes) et répétées, est 
condamné par les hygiénistes et son emploi est 
défendu par les lois. 

44. Vins artificiels. — Avec de l'eau, de l'alcool. 
du sucre, des colorants et de l'arôme, on fabrique 
des vins sans raisin qui sont livrés au commerce 
sous la dénomination de vins de crus ; on a soin d'y 
ajouter quelques-unes des substances de l'extrait sec 
afin de dissimuler autant que possible cette fraude 
grossière. Les dangers de ces vins sont très graves 
et l'on ne saurait avoir la moindre indulgence poul- 
ies fabricants qui empoisonnent de parti pris les 
consommateurs; les dénoncer aux justes sévérités 
de la loi, c'est rendre un grand service à la société. 



LES BOISSONS ALCOOLIQUES. 



81 



LA BIERE. 



45. Préparation et composition de la bière. — 

La bière se prépare avec de l'orge et du houblon ; sa 
fabrication comporte les opérations suivantes : 

1° Le maltage. — L'orge humectée d'eau et gon- 
flée est placée dans un germoir en couches de 40 à 
50 centimètres d'épaisseur; elle commence à ger- 
mer, ce qui détermine l'accroissement de la gem- 
mule et la formation de petites racines. Quand la 
germination est arrivée au point voulu (la gemmule 
a environ deux tiers de la longueur de la graine), 
on dessèche les grains, on les débarrasse de leurs 
racines et on les concasse entre des meules; à cet 
état ils forment le malt. La germination a eu pour 
résultat essentiel la formation de la diastase, subs- 
tance azotée comparable à la diastase de la salive. 

2° Le brassage. — Le malt est placé dans une cuve 
à double fond et de l'eau chauffée (75°) est introduite 
par l'intervalle qui sépare les deux fonds ; le malt est 
brassé en même temps; puis on ferme la cuve pen- 
dant environ trois heures. La diastase transforme 
l'amidon de l'orge en glucose qui se dissout dans 
l'eau. L'eau est soutirée, ce liquide sucré est le 
moût. 

3° Le houblonnage. — Le moût est mis à bouillir 
dans des chaudières avec des cônes de houblon. Le 
houblon communique au moût un principe amer, 
agréable au goût. 

G 






m 



82 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



4» La fermentation. — Le moût houblonné et 
rapidement refroidi est alors versé dans de grandes 
euves où il fermente, grâce à l'addition de levure 
de bière dans les proportions de 2 kilogrammes 
pour mille litres. La levure de bière est un orga- 
nisme vivant qui vit, se développe et se multiplie 
dans le moût en décomposant le sucre en alcool et 
acide carbonique. 

En résumé, l'amidon de l'orge est transformé en 
sucre parla diastase développée pendant la germina- 
tion des graines., le sucre est transformé en alcool et 
acide carbonique par la levure de bière : la bière est 
une boisson alcoolique aromatisée par le houblon. 

Toute substance féculente peut servir à la forma- 
tion de la bière : à Louvain, on emploie l'avoine ; le 
maïs aux Etats-Unis. Le seigle, le blé, la pomme de 
terre, etc. pourraient aussi bien être employés s'il 
ne s'agissait que d'obtenir une boisson alcoolique. 

Dans la composition de la bière, on trouve, en 
plus de l'eau : 

1° De l'alcool (de 1 à 8 %, en moyenne 3 ou 4°); 

2° Des substances albuminoïdes (5.926 par litre 
d'après Payen); 

3" Des phosphates (jusqu'à 0- r 80 d'acide phospho- 
rique); 

4° Du sucre, de la dextrine qui persistent après la 
fermentation ; 

5° Des sels terreux (extrait solide : 50 grammes 
par litre). 

La bière est la meilleure boisson alcoolique après 
le vin; elle est plus nourrissante que le vin, et l'c 



on 



LES BOISSONS ALCOOLIQUES. 



8S 



sait bien que les grands buveurs de bière prennent 
de l'embonpoint. En raison de la petite quantité 
d'alcool qu'elle renferme en général, la bière ne con- 
duit guère à l'alcoolisme, à moins qu'elle ne soit 
falsifiée avec des alcools de mauvaise qualité ou 
avec des substances dangereuses employées pour 
remplacer le boublon. 

46. Falsifications. — Remplacer l'orge par le 
maïs, le riz, le blé, la fécule de pommes de terre ou 
par des mélasses et des sucres, introduire de mau- 
vais alcools dans la fabrication, obtenir le goût et la 
conservation des bières avec des substances amères 
autres que le boublon, telles sont les principales 
falsifications et fraudes constatées pour la bière. 

L'emploi du glucose provenant de la fécule des 
pommes de terre est très dangereux parce que l'al- 
cool résultant de la fermentation de ce glucose est 
toujours associé d'alcool arïlylique qui donne des 
vertiges, des maux de tête, des troubles céré- 
braux, etc. 

Le boublon peut être remplacé par la strychnine, 
Iabrucine,la coque du Levant, l'aloès, la jusquiame, 
la belladone, etc.. etc. ce qui peut amener des trou- 
bles considérables dans l'organisme, plusieurs de 
ces substances étant les poisons les plus énergiques 
que l'on connaisse. Dietchz indique un procédé ra- 
pide qui permet de reconnaître si l'amertume de la 
bière est produite par une substance autre que le 
houblon : il consiste à traiter la boisson soupçonnée 
par une solution d'acétate de plomb jusqu'à 'ce qu'il 
ne se produise plus de précipité ; l'acétate de plomb 






m 



m 



84 



PRINCIPES D HYGIÈNE. 



précipite seulement le principe amer du houblon et 
non les autres. Si, après le repos de la bière ainsi 
traitée la limpidité revient, on peut être assuré que 
le houblon seul avait été employé. 



LE CIDRE. 



47. Préparation, composition, falsification. — 

Le cidre se prépare avec les pommes (cidre pro- . 
prement dit) et avec les poires (poiré). Les pommes 
ou les poires, après avoir été grossièrement broyées. 
cuvent au contact de l'air environ pendant vingt à 
vingt-quatre heures. Portées au pressoir, elles don- 
nent un premier moût (gros cidre), puis, après mé- 
lange d'une quantité variable d'eau, un deuxième 
moût (petit cidre). La fermentation est faite dans 
des tonneaux dont la bonde reste ouverte. Le mé- 
lange du gros et du petit cidre donne le cidre de 
ménage. 

Le cidre contient de 5 à 8 °/ d'alcool ; c'est une 
boisson inférieure, d'une digestion difficile et qui se 
conserve mal. Il est l'objet de falsifications qui le 
rendent encore moins recommandable, le vinage et 
mouillage, par exemple. En outre, l'amertume est 
combattue par l'addition de sels de plomb et l'aci- 
dité par l'addition de craie et de cendres. 



ALCOOLS ET LIQUEURS. 



85 



§ 5. — Alcools et liqueurs. 

Caractères généraux et origines des alcools. 

Quantités d'alcool produites. 

L'alcoolisme. 

Comment devient-on alcoolique? 



48. Caractères généraux et origine des alcools. 

— Les diverses eaux-de-vie utilisées dans l'alimen- 
tation proviennent d'alcools naturels qui possèdent 
un bouquet spécial, ou d'alcools artificiels auxquels 
on ajoute un bouquet artificiel. Toutes les liqueurs 
sont formées d'alcool, d'eau et de sucre, aromati- 
sées avec des substances diverses; aussi importe-t-il 
avant tout de déterminer les caractères des alcools 
qui peuvent être employés dans l'alimentation. 

Sous le nom d'alcools naturels on désigne les 
•alcools qui proviennent de la distillation des sucs 
végétaux soumis à la fermentation ; leur fabrication 
comprend : 1° la formation du moût, ou liquide 
sucré obtenu par pression de fruits ; 2° la fermenta- 
tion du moût ou production de vinasses ( vin. cidre, 
poiré, etc.) marquant de 4 à 12° d'alcool; 8° la dis- 
tillation des vinasses, qui a pour but de séparer 
l'alcool du liquide auquel il se trouve mélangé. Cet 
alcool est dit de consommation: il marque en 
moyenne 50°. Les principaux alcools sont : 

h' eau-de-vie de vin (cognac, armagnac, etc.) pro- 
venant de la distillation du vin ; 

Le marc, provenant de la distillation des marcs 
de raisins; 






mm 



86 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



Ueau-de-vie de cidre {Calvados), provenant de la 
distillation du cidre et du poiré; 

Le hirsch, provenant de la distillation de certaines 
cerises ; 

Le couetsch ou quetsch, provenant de la distilla- 
tion de certaines prunes ; 

Le rhum, provenant de la distillation du jus de 
. canne fermenté; 

Le tafia, provenant de la distillation de mélasses 
de canne fermentées ; 

Le îcishey, le gin, provenant de la distillation de 
l'orge fermenté. 

Les alcools artificiels ou ^industrie se préparent 
au moyen de substances farineuses ou sucrées; leur 
fabrication, plus compliquée que celle des alcools 
naturels , comprend les opérations suivantes : 1° la 
préparation des moûts sucrés, par décoction poul- 
ies betteraves et par saccharification pour les subs- 
tances farineuses; 2° la fermentation de ces moûts 
ou la production de vinasses ,; 3° la distillation des 
vinasses, c'est-à-dire la séparation de l'alcool qu'elles 
contiennent. On obtient ainsi ce que, dans l'indus- 
trie, on appelle des flegmes , qui marquent de 40 à 
70°; par conséquent, les flegmes correspondent aux 
alcools naturels, et jusqu'ici les opérations sont 
comparables. Mais, en général, les flegmes ont un 
bouquet absolument désagréable et elles doivent être 
rectifiées pour servir à la fabrication des boissons > 
alcooliques. La rectification des flegmes est faite 
dans des appareils ingénieux, mais fort coûteux; 
elle consiste simplement dans une série de distilla- 



ALCOOLS ET LIQUEURS 87 

tions qui séparent d'abord des produits infects 
(aldéhydes, essences légères., éthers), puis des al- 
cools dits de bon goût ou neutres, puis enfin des 
alcools supérieurs (alcool arnylique, etc.) dits de 
mauvais goût. On obtient en outre, avant et après 
la séparation des alcools de bon goût, des alcools de 
goût moyen destinés à l'industrie et malheureuse- 
ment utilisés souvent dans l'alimentation. La recti- 
fication se continue ensuite sur les alcools de moyen 
et de bon goût, et, quand elle est faite sur ces der- 
niers, elle donne des alcools île cœur qui sont pres- 
que chimiquement purs. Enfin, on ajoute aux 
alcools d'industrie des bouquets artificiels ( de 
cognac, de rhum, de kirsch, etc.). 

Les principaux alcools artificiels sont : 

Les alcools de betteraves, de mélasses; 

Les alcools de grains (maïs, riz, blé. etc.); 

Les alcools de pomme de terre. 

11 résulte de ces laits et des analyses entreprises 
à ce sujet que les alcools artificiels bon goût sont 
plus purs que les alcools naturels; ces derniers 
contiennent 3,89 millièmes d'impuretés (alcool bu- 
tylique, alcool arnylique) et les premiers ] /'j à 1 mil- 
lième seulement. Les uns et les autres sont à base 
d'alcool éthylique C 2 H 6 0; ils renferment, en outre, 
d'autres alcools, notamment l'alcool hutylique 
C'H 1 "!) et l'alcool arnylique G 5 H 12 0. Tous ces alcools 
sont toxiques, mais à des degrés divers. Si l'on re- 
présente la toxicité de l'alcool éthylique par 1, elle 
est de 4 pour l'alcool butylique et de 15 pour l'alcool 
myJ/que. Les quantités de ces alcools purs néces- 









88 principes d'hygiène. 

saires pour amener la mort au bout de vingt-quatre 
à trente-six heures sont, d'après MM. Dujardin- 
Beaumetz et Audigé (par kilogramme de poids du 
corps) : 

Alcool éthylique .... 8gf 

— proph ylique (< ;SH«0) 3^0 

— butylique 2n r 

— amyliquo lK r 



De telle sorte qu'on peut poser en principe : 1° que 
l'alcool pur (éthylique) est un poison et que les 
impuretés qui raccompagnent sont plus toxiques 
que lui ; 2° que les alcools naturels sont moins toxi- 
ques que les flegmes d'industrie : 3° que les alcools 
artificiels, préparés au moyen de bouquets inoffen- 
sifs, sont moins toxiques que les alcools naturels. 
(X. Rocques.) 

49. Quantités d'alcools produites depuis 1840. 
— En 1840, les vignobles étaient en pleine prospé- 
rité ; les alcools naturels (de vin presque unique- 
ment) fournissaient par année à la consommation 
800,000 hectolitres ; les alcools artificiels fabriqués à 
cette époque formaient un total de 87,000 hectolitres, 
savoir : 40,000 hectolitres d'alcool de mélasses, 
27,000 hectolitres d'alcool de grains, 20,000 hectoli- 
tres d'alcool de betterave. 

A la suite des désastres qui atteignirent les vigno- 
bles par l'invasion de l'oïdium, la production des 
alcools naturels s'abaissa à 155,000 hectolitres en 
1853, alors que la fabrication produisait environ 
505,000 hectolitres d'alcools artificiels, savoir : 



ALCOOLS ET LIQUEURS. 



89 



300,000 hectolitres de betterave, 130,000 de mélas- 
ses, 75,000 de grains. 

L'oïdium fut combattu, et jusqu'en 1865, les 
alcools naturels reprirent leur place en tête de la 
production. De 1865 à 1870, les alcools de mélasses 
prirent la première place. 

En 1877, la vigne est frappée par le phylloxéra; 
la production des alcools naturels baisse tout d'un 
coup et atteint, en 1880, le chiffre de 21,000 hectoli- 
tres! En même temps, la fabrication de l'alcool de 
grains et de betteraves se développe d'une façon 
extraordinaire : 

Voici enfin le tableau de la production alcoolique 
en 1885 (X. Roques; : 



Alcools \ Alcools lle Tin 33,181 hect.j 

naturels ) "" dc marcs et de 86,055 heet. 

fruits. 52,874 — ) 

i Alcools de mélasses. . . 770,503 

— betteraves.... 484,900 — 

- de grains. .... 529,840 - ) 1,807,666 - 

— de substances 
diverses 16,327 — 



50. L'alcoolisme. —Le tableau ci-dessus montre 
nettement combien il reste peu de chances de sécu- 
rité dans la consommation des boissons alcooliques. 
Si, d'un autre côté, on considère combien ces bois- 
sons, même loyalement fabriquées, sont dangereu- 
ses par les alcools et par les impuretés qui les 
accompagnent, une seule conclusion s'impose, à 
• .savoir qu'il faut leur laisser la place la plus effacée 
dans l'alimentation. L'usage et l'abus des boissons 



90 



PRINCIPES D HYGIENE. 



alcooliques constituent un des périls les plus graves? 
pour la société. Ce péril a été l'objet de nombreuses 
études ; il est combattu par les lois; des sociétés de 
tempérance se sont formées dans le seul but d'en 
prévenir et d'en arrêter les funestes résultats. Mais 
la lutte contre l'alcool est difficile, en raison môme 
des immenses intérêts qu'il met en jeu : les distilla- 
teurs, les grands négociants de spiritueux, les mar- 
chands de vin, les débitants, en un mot tous ceux 
qui vivent de l'alcool forment une grande puissance 
dans la société actuelle, et il faut compter essen- 
tiellement sur le bon sens de chacun — éclairé par 
la connaissance des dangers des boissons alcooli- 
liques — pour la réalisation de cette parole célèbre : 
« L'avenir appartient aux plus sobres ». 

Quels sont ces dangers? 

L'usage immodéré des boissons alcooliques amène 
l'ivresse; les ivresses successives conduisent rapi- 
dement à l'alcoolisme chronique; cette même affec- 
tion est déterminée aussi fatalement, mais plus 
lentement, par l'usage modère et répété des bois- 
sons alcooliques. 

L'ivresse, si elle n'est qu'exceptionnelle, ne laisse 
pas de trace dans l'organisme, mais elle n'en consti- 
tue pas moins un triste état : « La raison oubliée au 
fond du verre », l'homme devient une brute et 
s'abandonne trop souvent à ses mauvais instincts. 
Combien d'actes coupables et de malheurs sont dus 
chaque jour à l'ivresse I L'histoire en a compté un 
grand nombre et la chronique quotidienne est large- 
ment entretenue par les méfaits dus à l'ivresse. 



*. fjr j*» 



ALCOOLS ET LIQUEURS. 



91 



L'alcoolisme chronique ou simplement l'alcoo- 
lisme est un mal infiniment plus grand, car non 
seulement il dégrade l'individu qui en est atteint, 
mais encore il trappe ses descendants de la façon la 
plus terrible. Le ministre des affaires étrangères 
des États-Unis prononçait ces paroles, qui peuvent 
s'appliquer à tous les pays : « Depuis dix ans, 
l'alcool a coûté à l'Amérique une dépense totale de 
8 milliards. Il a détruit 300.000 individus: il a 
envoyé 100,000 enfants dans les établissements 
de charité, 150,000 condamnés dans les prisons, 
10,000 aliénés dans les asiles; il a causé 1,500 
assassinats, 2.000 suicides, fait 200,000 veuves et 
1,000,000 d'orphelins » ! (Conférence de M. J. Ri- 
chard.) 

Le portrait de l'alcoolique a été tracé maintes fois, 
et nous en indiquerons seulement les lignes essen- 
tielles : Sa figure exprime la paresse et l'hébétude; 
ses mains tremblent, il s'en sert avec peine et laisse 
tomber les objets qu'il touche; sa démarche est in- 
certaine, le pas traînant; ses forces musculaires 
diminuent à vue d'oeil, en même temps que la 
mémoire et l'intelligence deviennent confuses. La 
bouche est toujours sèche; la déglutition devient 
difficile pour tous les aliments solides, l'appétit dis- 
paraît peu à peu, le foie devient malade... La para- 
lysie gagne d'abord la main, puis l'avant-bras, le 
bras, les membres inférieurs, les muscles du dos, 
la langue, la vessie, etc. Ces désordres profonds, 
cette déchéance progressive de l'être conduisent à 
l'aliénation mentale, au suicide, au delirium tre- 






m 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



mens 1 , qui sont les lins ordinaires des alcooliques. 

Il est malheureusement trop certain que les en- 
fants d'alcooliques naissent ou chétifs ou imbéciles : 
que, s'ils vivent, ils ont un penchant maladif à 
l'ivrognerie et qu'ils sont fréquemment atteints de 
maladies nerveuses, telle que l'épilepsie, de telle 
sorte que l'alcool amène non seulement la déchéance 
organique de l'individu, mais encore la déchéance 
de la race. 

Tous ces faits sont prouvés par de nombreuses 
statistiques dont voici, sous tonne de résumé, les 
données générales : 

1° La criminalité est plus forte dans les régions 
adonnées à l'alcoolisme ; 

2° Les cas de folie augmentent à mesure que la 
consommation de l'alcool progressé; ainsi, tandis 
qu'en 1861 on comptait 8 à 9 cas de folie due à l'al- 
coolisme (pour 10() cas), on en comptait 16 % 
en 1885. 

3° Il en est de même des cas de suicides dus à 
l'alcoolisme : 868 suicides de ce genre ont été cons- 
tatés en 1885 (11 % des suicides). 

4° La proportion des morts accidentelles suit la 
même progression : 18!) cas dus à l'alcoolisme 
en 1876 ; 588 cas en 1885. 

Augmentation des crimes, des suicides et des 
morts accidentelles, sans compter les malheurs qui 



1. Délire intense, quelquefois délire de fureur: tout le 
corps est agité, tremble. L'accès du delirium tremens 
se termine par la mort, soit normalement, soit acciden- 
tellement, l'individu se jetant par une fenêtre, etc.. 



ALCOOLS ET LIQUEURS. 



93 



frappent les descendants des alcooliques, tel est le 
triste bilan de l'accroissement de l'alcoolisme. 

Cet accroissement de l'alcoolisme est corrélatif de 
la diminution dans la production du vin naturel : 
mais il est juste de dire que déjà, en 1845, il était 
frappant, car la consommation d'alcool par habitant 
atteignait le chiffre de 2f il 85 à cette date, alors qu'en 
1830 il ne dépassait pas l lil 12. 

La consommation du vin était, en 1885. de 76 litres 
par habitants et, en 1873, de 119 litres. 

En revanche , l'augmentation du nombre des 
débits de boissons croit sans cesse. En 1885 (sans 
parler de Paris), on comptait un débit pour 54 habi- 
tants en moyenne, et, en 1875. un débit pour 109 
habitants. 

51. Comment devient-on alcoolique? — L'al- 
coolisme est dû à deux causes, savoir : 1" la 
nature des boissons alcooliques; 2° l'usage fré- 
quent, journalier, de quantités variables de ces 
mêmes boissons. 

La nature des boissons alcooliques comprend elle- 
même : 1° la nature de l'alcool employé pour leur 
fabrication ; 2° la quantité de l'alcool employé pour 
un volume donné de boisson. Nous ne reviendrons 
pas sur le premier point qui a été étudié plus haut 
et qui nous a amenés à cette conclusion que, sur 
100 litres d'alcools employés , on ne doit guère 
compter que 1 litre d'alcool véritable, et que les 
99 litres restants sont des alcools artificiels plus ou 
moins bien rectifiés. 

Pour ce qui concerne la quantité de l'alcool 



94 PHINC.Il'HS d'hYUIÉXK. 

employé par litre, par exemple, il est évident qu'il 
faut mettre tout d'abord à part le vin, la bière, le 
cidre, qui ont des degrés alcooliques peu élevés et 
dont la consommation n'amène à l'alcoolisme qu'à 
fortes doses répétées. Les eaux-de-vie, les rhums, 
les liqueurs sont autrement dangereuses, car pour 
ne citer que les liqueurs les plus habituellement 
consommées, on trouve les degrés alcooliques sui- 
vants : 

Absinthe suisse 7()o 

Chartreuse jaune 430 

Bi t ter frança Ls 12" 

Bénédictine 34.0 

Trappistine 340 

Curaçao 32o 

Pour ce qui est de l'usage fait de ces liqueurs et 
des diverses eaux-de-vie, il semble que l'habitude 
de les prendre en petites quantités, en petits verres* 
soit un préservatif de l'alcoolisme puisque ces peti- 
tes quantités ne donnent pas d'ivresse, 

Il n'en est rien, et G3 sont précisément ces peti- 
tes quantités d'eaux-de-vie et de liqueurs prises 
régulièrement, à jeun surtout, pour ouvrir l'ap- 
pétit ou pour tuer le ver., qui conduisent lente- 
ment, mais sûrement, à l'alcoolisme chronique. Les 
habitudes actuelles dans tous les rangs de la société 
contribuent malbeureusement à entretenir et à 
développer l'usage régulier et constant des boissons 
alcooliques. Les ouvriers, avant de commencer leur 
travail ou après les labeurs de la journée, se réunis- 
sent dans les débits de vins et de liqueurs ; l'heure 



ALCOOLS ET LIQUEURS. 



95 



âc Tapéritif rassemble dans les cafés les personnes 
qui ont intérêt à se rencontrer, et l'empoisonnement 
alcoolique fait son œuvre traîtreusement, car les 
fabricants de spiritueux rivalisent de zèle pour 
donner aux liqueurs le goût qui flatte le mieux le 
palais des consommateurs. 

Bientôt les apéritifs succèdent aux apéritifs, les 
petits verres aux petits verres : l'alcoolisme tient 
désormais l'individu , il ne le quittera plus. 
Que faire en présence de ces graves dangers? 
Les philanthropes et les hygiénistes conseillent un 
ensemble de mesures ainsi résumées par M. .1. lïo- 
chard : 

1° Répandre l'instruction dans les masses pour en 

élever le niveau moral et y faire entrer le bien-être ; 

2 n Encourager les sociétés de tempérance , les 

conférences et les publications qui peuvent éclairer 

l'opinion ; 

3° Elever les droits sur l'alcool et dégrever les 
boissons fermentées; 

4° Appliquer rigoureusement les lois sur l'ivresse ; 
prononcer la fermeture définitive dos cabarets, 
débits et comptoirs dans les conditions prévues par 
la loi de 1873 et rétablir l'autorisation préalable, 
avec les garanties sérieuses de moralité imposées 
par le décret du 29 décembre 1850, que la loi du 
17 juillet a si fâcheusement abrogées. 

11 ne faut jamais désespérer de l'avenir, ajoute le 
savant hygiéniste: on se fatiguera à la longue des 
méfaits des alcooliques, et on ne saurait être surpris 
de voir dans quelques années l'opinion publique 






m 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



triompher de la tyrannie que nous imposent aujour- 
d'hui les gens qui fabriquent l'alcool, ceux qui le 
vendent et en vivent, ceux qui le consomment et 
en meurent. 






LES MALADIES CONTAGIEUSES 



§ 1. — Étude d'une maladie contagieuse type. 



! 



Caractères généraux des maladies contagieuses. 

La fermentation alcoolique. 

Origine des microbes. 

Le charbon : caractères généraux ; le charbon est causé par nn 
microbe: formation des spores de ce microbe: mode de 
transmission du charbon; vaccination du charbon. 






52. Caractères généraux des maladies conta- 
gieuses. — Les maladies contagieuses ont de tout 
temps frappé l'imagination de l'homme, autant par 
la rapidité de leur apparition et le mystère de leur 
développement que par le grand nombre des victi- 
mes qu'elles atteignaient. Tout ce qu'on a su d'elles 
jusque vers la seconde moitié de ce siècle, c'esl 
qu'elles pouvaient passer de l'individu malade à 
l'individu sain par le contact direct de l'un et l'au- 
tre {contagion directe), ou Lien sans relations 
immédiates entre le premier et le second [contagion 
indirecte); dans l'un et l'autre cas, le mécanisme <]>■ 
la contagion était absolument ignoré, d'où l'impuis- 
sance des moyens préventifs et curatifx insnirés 
uniquement par l'empirisme. 






98 



PRINCIPES P. HYGIÈNE. 



Il n'en est plus de même aujourd'hui , car les 
importantes découvertes faites dans le domaine 
biologique pendant la seconde moitié de ce siècle 
ont démontre, avec la plus complète évidence, que 
la plupart des maladies contagieuses sont dues au 
développement d'organismes parasitaires, les uns 
infiniment petits (microbes), les autres plus grands 
et d'une organisation plus complexe {gale, teigne). 
Ces organismes ont été étudiés au point de vue de 
leur forme, de leur structure, de leur mode de vie, 
de leurs migrations de l'individu atteint à l'individu 
sain et des moyens propres à les combattre. L'hy- 
giène connaît actuellement des méthodes sûres qui 
préservent de la contagion ; nous n'en indiquerons 
pour le moment d'autre exemple que celui fourni 
récemment par l'épidémie cholérique qui a sévi en 
Espagne, et dont la France et les pays d'Europe ont 
été complètement indemnes par le seul fait des 
mesures hygiéniques conseillées par les hygiénistes 
et rigoureusement appliquées par les Pouvoirs 
publics. 

Les découvertes qui ont amené ces consolants 
résultats sont dues à M. Pasteur et à l'impulsion 
que ses recherches ont donnée aux études micro- 
biologiques. Nous en examinerons les points essen- 
tiels en prenant notre point de départ dans le phé- 
nomène bien connu de la fermentation alcoolique. 

53. La fermentation alcoolique. — On a vu que 
le moût du raisin abandonné à lui-même est le siège 
d'un phénomène particulier, la fermentation, qui 
transforme le sucre en alcool et en acide carbonique. 



ETUDE DU CHARBON. 



99 



Ce phénomène, constaté de tout temps, fit l'objet des 
recherches de LaVoisier qui. ayant fait fermenter 
une quantité donnée de sucre dans un poids déter- 
miné d'eau avec l'addition d'un peu de levure, 
trouva, par des analyses et des pesées successives, 
que le poids total d'acide carbonique et d'alcool 
reproduit presque entièrement le poids du sucre 
employé. Le côté chimique de la fermentation fut 
ainsi éclairé, mais restait à trouver la nature de la 
levure, qui se présente, dans les boissons fermen- 
tées, sous forme d'écume superficielle ou de dépôt 
de fond, et sans laquelle la fermentation ne peut se 
produire. 

Cette levure avait été étudiée au microscope en 
1680 par Leuwenhoeck, qui y reconnut un amas de 
petits globules sphériques ou ovoïdes; cette décou- 
verte resta ignorée et stérile. Cagniard-Latour, en 
1836, ensemença des globules de levure dans du 
moût de bière et constata que chaque globule bour- 
geonne, de façon à en former deux autres qui à leur 
tour bourgeonnent aussi et ainsi de suite; il put 
affirmer que la levure est quelque chose de vivant. 
qui agit probablement sur le sucre « par quelque 
effet de sa végétation et de sa vie ». 

Cette observation fut vivement combattue et elle 
resta inféconde jusqu'au moment des premières 
recherches de M. Pasteur. Ce savant reproduisit à 
peu près l'expérience de Lavoisier et remarqua que, 
à la fin de la fermentation, le poids de levure est 
supérieur à celui de la levure ensemencée, d'où la 
conclusion naturelle que la levure est un organisme 



100 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



qui vit et qui se multiplie dans les liquides sucrés. 
Cette observation fut généralisée par M. Pasteur, 
qui montra qu'il y a toujours une levure, un fer- 
ment dans les fermentations, de quelque nature 
qu'elles soient, et que partout les levures ou fer- 
ments agissent par un effet de leur vie et de leur 
nutrition (fermentation du pain, coagulation du lait. 
putréfaction, etc.). 

M. Pasteur démontra en outre, en 1865, que des 
êtres analogues aux ferments sont la seule cause 
des maladies des vers à soir, comme, en 1851, 
MM. Payer et Davaine avaient affirmé que la mala- 
die du charbon était due à la vie et à la multiplica- 
tion, dans le sang des animaux atteints, de petits 
êtres vivants, immobiles, ayant la forme de bâton- 
nets cylindriques. 

Depuis lors, les découvertes de ce genre se sont 
multipliées. On a reconnu qu'un certain nombre de 
maladies contagieuses sont dues à la présence et au 
développement dans l'organisme de microbes de 
formes différentes, qui ont été isolés et étudiés; par 
analogie, on a pu affirmer qu'il en est de même des 
autres maladies contagieuses pour lesquelles les 
microbes spéciaux n'ont pas encore été découverts. 

D'où viennent ces microbes? Naissent-ils sponta- 
nément aux dépens de nos tissus, par une évolution 
spéciale de nos cellules ou de leur substance, ou bien 
sont-ils apportés de l'extérieur par l'air que nous 
respirons, par l'eau de boisson ou par les aliments 
qui concourent à notre nutrition? Cette question 
mérite d'être étudiée tout d'abord, car on conçoit 



ÉTXDK DU CHARBON. 



101 



que l'hygiène et la médecine seront basées sur des 
principes différents dans le premier ou dans le 
second cas. 

54. Origine des microbes. — Si on abandonne 
quelque temps à l'air une infusion d'herbes ou plus 
simplement un bouillon de viande filtré et limpide, 
le liquide ne tarde pas à se troubler et à se recouvrir 
d'une mince pellicule d'apparence glaireuse. En exa- 
minant au microscope, avec des grossissements suf- 
fisants, une goutte du liquide troublé, on y observe 
une infinité d'êtres vivants, de formes diverses. 
savoir (fig. 14) : 

1° Les Monades. — Les Monades sont de petits 
êtres ovalaires, munis d'un ou de plusieurs cils 
vibratiles, à l'aide desquels ils se meuvent dans le 
liquide. Lorsqu'ils ont atteint, à la suite de la nutri- 
tion, une taille déterminée, ils se coupent chacun 
en deux moitiés, en deux êtres nouveaux désormais 
indépendants et qui se comportent 
comme le précédent. Un seul de ces <^œw 



?<%><£ 



êtres peut donner de cette façon |*^T i i ^^j 
mille rejetons dans une heure, plus g, * <a\ QC? 
d'un .million en deux heures, etc. ^ *W^ y 



2° Les MicrOCOqUeS. — Ce Sont Fie.— Formes de divers 
, . organismes microbiens: 

des êtres de même forme à peu près <• monade. 

.6 microcoques. 

que les précédents , mais absolu- c bactérie. 

, d levure de bière. 

ment dépourvus de cils vibratiles 
et par conséquent immobiles. Leur mode'de repro- 
duction est analogue à celui des Monades et tout 
aussi rapide, mais généralement les individus nou- 
veaux se groupent en longs chapelets. 



102 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



3° Les Bactéridies, les Bactéries, les Bacilles. — 
Ces êtres ont la forme de petits cylindres, immo- 
biles (Bactéridies) ou mobiles sans cils vibratiles 
(Bactéries et Bacilles i. Les Bactéries sont des bâton- 
nets minces et courts, les Bacilles des cylindres plus 
longs et plus larges. Leur reproduction est analogue 
à celle des précédents et, comme les Monades, ils 
peuvent se grouper bout à bout de façon à consti- 
tuer de longs filaments. On verra plus loin un autre 
mode de reproduction par la formation, dans certai- 
nes conditions, de germes ou spores (voir Charbon). 
4° Les Levures. — Les Levures sont arrondies 
ou ovoïdes; elles se reproduisent par des bourgeons 
qui se forment en un point quelconque de la péri- 
phérie et qui, ensuite, se séparent pour former 
aidant de nouvelles levures. (Je mode de multipli- 
cation est moins rapide que celui des Monades, mais 
tel qu'un seul individu peut en produire seize mil- 
lions dans vingt-quatre heures. 

Dans la couche glaireuse on trouve, en outre, des 
êtres bien plus gros et plus développés que les pré- 
cédents, tels que les Kolpodes, qui sont, non des 
Microbes, mais des Infusoires, et dont nous n'avons 
pas à tenir compte. 

Que conclure de cet examen? Est-ce là un fait de 
génération spontanée^ c'est-à-dire de transforma- 
tion et d'organisation de la substance organique 
contenue dans le liquide ayant servi à l'expérience? 
On l'a cru, et la doctrine de la génération spontanée 
a eu et conserve encore de nombreux défenseurs. 
Mais les expériences précises de M. Pasteur, en 



ETUDE DU CHAKBCN. 



103 



France, et de Tyndàll, en Angleterre, démontrent 
que tous ces êtres proviennent d'êtres semblables à 
eux, répandus dans le milieu extérieur et qui se sont 
développés dans le liquide nutritif. Cette démons- 
tration s'appuie sur le fait qu'on peut tuer tous les 
germes tombés dans ce liquide et empêcher les êtres 
extérieurs d'arriver à son contact. 

Prenons, par exemple, un tube Pasteur portant. 
une tubulure effilée et ferméparun tampon de coton 
permettant à l'air d'entrer mais arrêtant 
les germes à leur passage (fig. 15); portons- 
le dans une étuve, à une température de 200 
ou :1M degrés, suffisante pour tuer tous 
les organismes qui pourraient s'être lixés 
à ses parois intérieures: brisons la pointe. 
que nous introduisons dans le liquide nu- 
tritif bouillant, aspirons par l'ouverture 
fermée par le tampon de coton, afin de 
faire pénétrer dans l'intérieur un peu de Fio. 15. 

ce liquide et fermons la tubulure à la Tube i>;ist«ir 
, . , . avec tampon 

lampe: le liquide restera indéfiniment de coton et 
,. ,. . pointe effilée, 

limpide, aucun être vivant n y apparaît; 

les germes tués ou absents, la vie reste absente. 

Les partisans de la génération spontanée pensent 

que l'ébullition du liquide nutritif peut avoir eu 

pour effet d'atteindre sa puissance fécondante; mais 

l'expérience a été faite aussi avec des liquides non 

bouillis, le sang, le lait, etc., puisés, directement 

dans l'organisme : aucun être ne se forme non plus 

dans ces conditions et la génération spontanée doit 

être considérée jusqu'à nouvelle preuve comme une 






104 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

simple hypothèse démentie par les faits les plus 
précis. 

Étude spéciale d'une maladie contagieuse. 
Le Charbon. 

Les maladies contagieuses ou transmissibles peu- 
vent être divisées en deux groupes : 1° les maladies 
transmissibles à microbes ou maladies microbien- 
nes; 2° les maladies transmissibles sans microbe ou 
maladies non microbiennes. 

Nous étudierons d'abord le premier groupe, et, 
afin de bien fixer les détails que comporte cette 
étude, nous prendrons comme exemple une maladie, 
microbienne connue et dont la transmission est 
expérimentalement facile : le charbon. 

55. Caractères généraux du charbon. — « Le 
charbon est une des maladies du bétail les plus 
meurtrières. C'est par millions qu'il faut compter 
les pertes qu'elle cause tous les ans à l'agriculture 
française, et il y a des pays, tels que la Russie, la 
Sibérie, où elle est encore plus désastreuse. Elle 
attaque les porcs, les chevaux, mais de préférence 
les bœufs et surtout les moutons; elle hante parti- 
culièrement certaines régions, et, dans ces régions, 
certains foyers autours desquels elle n'irradie 
guère et qui. à raison de ce fait, sont reconnus 
dangereux. Dans le département d'Eure-et-Loir, où 
le charbon entre comme prévision dans le prix des 
fermages et dans tous les comptes agricoles, et où 
on ne lui donne aucune attention lorsqu'il n'amène 
pas plus de 2 à 3 °/ de pertes, il y a des champs 



LE CHARBON. 



10; 



maudits où ou n'envoie jamais ni pâturer, ni par- 
quer des moutons. La Haute-Auvergne a de même 
ses montagnes dangereuses. 

,< Ce qui contribue à donner au charbon ce carac- 
tère et à appeler sur lui l'attention, c'est la soudai- 
neté apparente dans l'apparition et la marche de la 
maladie. Souvent quelques heures à peine séparent, 
pour les moutons et aussi pour les vaches, le mo- 
ment de la mort de celui où l'animal a paru malade. 

« A l'autopsie, la maladie se caractérise par un 
certain nombre de traits essentiels. Le sang est 
noir et épais, et coule comme une gelée fluide ; on 
l'a comparé à de la poix fondue. Il donne aux tissus 
des nuances assombries. La rate surtout est deve- 
nue très foncée; elle est, en outre, gonflée, ra- 
mollie, irrégulièrement bosselée à la surface, et la 
fréquence de cette congestion est telle que la mala- 
die porte d'ordinaire, chez les moutons, le nom de 
sang de rate. Celui de charbon est mieux en rap- 
port avec, l'état général du sang et des organes ». 
(M. Duclaux, Ferments et maladies.) 

50. Le Charbon est causé par un microbe. — 
Les particularités exposées dans les lignes précé- 
dentes avaient conduit plusieurs savants à exami- 
ner au microscope le sang des animaux atteints du 
charbon, et, en 1851, Rayer et Davaine avaient 
trouvé dans ce sang un nombre incalculable de bar- 
teridies {fig. 16). M. Davaine réussit même à donner 
le charbon à des animaux sains en leur inoculant 
une goutte de sang prise sur un animal char- 
bonneux. 







106 rniNTjPES d'hygiène. 

Les recherches de M. Pasteur ont permis de pra- 
tiquer les inoculations avec toute la précision pos- 
sible, c est-à-dire en introduisant les bactéridies 
seules dans l'organisme de l'animal sain, et non 
comme l'avait fait M. Davaine, une goutte de sang 
charbonneux. Pour isoler les bactéridies, on pré r 
pare un liquide de culture (bouillon 
de poule ou de veau) sur lequel on 
sème une goutte de sang prise sur un 
animal atteint du charbon; les bacté- 
ridies se développent et se multiplient 
rapidement dans ce liquide. On les 
m ' du' c r ? rton értdie isolG absolument des éléments du 
g s'iuiXidu saii g . san S qui les accompagnent en semant 
successivement une goutte du premier 
liquide sur un deuxième liquide de culture, une 
goutte du deuxième sur un troisième et ainsi de 
suite. 

Si on inocule une goutte du dernier liquide à un 
animal sain, l'animal meurt rapidement avec tous 
les signes du charbon, et l'on trouve son sang abso- 
lument rempli de bactéridies; si, au contraire, on 
inocule un goutte de ce même liquide — après 
l'avoir filtrée sur du plâtre qui retient toutes les bac- 
téridies — l'animal n'éprouve aucun changement 
dans son état. 

La cause du charbon est donc uniquement due à 
la vie et à la multiplication de cet infiniment petit, 
de ce microbe, la bactéridie charbonneuse. 

57. Formation de spores par la bactéridie du. 
charbon. — Dans les liquides de culture, qui sont 






LE CHARBON". 



107 



très nutritifs, la bactêridie charbonneuse se pré- 
sente, non en petits bâtons séparés comme dans le 
sang des animaux, mais sous forme de filaments 
allongés enchevêtrés les uns dans les autres et ré- 
sultant de l'union bout à bout d'un certain nombre 
de bactéridies (fig, 11 ). 

Au bout de quelque temps et sous certaines con- 
ditions, on voit apparaître dans l'intérieur des fila- 
ments de petits corps ronds et trans- 
parents : ce sont les spores des bacté- 
ridies, c'est-à-dire des semences qui 
germent à la façon des graines et re- 
produisent autant de nouvelles bacté- 
ridies. Dès que les spores sont consti- 
tuées, les filaments qui les ont formées 
se désagrègent et disparaissent. 

Les spores ont sur les bactéridies 
des avantages considérables au point 
de vue de la conservation de l'espèce. 
On a observé, en effet, que, tandis que 
les bactéridies sont tuées par le froid, 
par l'eau bouillante, par la privation 
d'un milieu nutritif, etc., les spores résistent éner- 
giquement, peuvent échapper à l'action des agents 
destructeurs pendant des années et attendre ainsi les 
conditions favorables pour leur germination. 

58. Mode de transmission du charbon. — Si 
l'on l'ait manger à des moutons sains de l'herbe ou 
du fourrage arrosés avec le liquide de culture qui 
ne contient plus que des spores de la bactêridie 
charbonneuse, ces moutons sont frappés en grand 




charbon (dans un 
liquide de culture); 
quelques filaments 
renferment îles spo- 
res. 



108 PRINCIPES D'HYGIKXE. 

nombre et meurent après avoir présenté tous les 
symptômes du charbon ; leur sang est rempli de 
bactéridies. 

Les spores ont trouvé dans le sang un milieu favo- 
rable à leur germination; les bactéridies qu'elles 
ont formées se sont nourries aux dépens des élé- 
ments du sang de l'animal et elles se sont multi- 
pliées en si grand nombre que ce liquide a pu être 
comparé « à de la poix fondue ». 

Après la mort de l'animal, elles sont aussi vouées 
à une mort certaine; mais elles forment rapidement 
des spores qui assurent la vie à de nouvelles géné- 
rations. Ces spores vont se comporter absolument 
comme celles formées dans le liquide de culture et 
que nous avons supposées semées sur le fourrage et 
les herbes; elles vont, par suite, transmettre la 
maladie aux animaux sains. 

En effet, les animaux charbonneux perdent, à 
leurs derniers moments, du sang en abondance pâl- 
ies naseaux et par les urines; après la mort, le corps 
se ballonne et le sang est poussé au dehors par les 
ouvertures naturelles. Si les animaux sains vien- 
nent à lécher les cadavres ou les endroits souillés, 
ils avalent les spores rejetées avec le sang; ils sont, 
à leur tour, frappés de la même maladie, et l'on con- 
çoit bien, par suite, qu'il suffit qu'un animal soit 
atteint pour que ce mal terrible s'étende à un trou- 
peau et de proche en proche à des troupeaux voisins 
ou plus ou moins éloignés. 

Ce n'est pas tout : le charbon peut à nouveau 
frapper soudainement les moutons et les bœufs 



LE CHARBON". 



109 



longtemps après une épidémie et alors que tout dan- 
ger paraissait conjuré, les cadavres des animaux 
ayant été enfouis dans le sol. M. Pasteur a démontré 
que les spores restent vivantes, à l'état latent, dans 
les profondeurs de la terre; elles sont avalées par 
les vers de terre principalement et ramenées à la 
surface avec les petits tortillons que ces animaux 
déposent dans les champs après les pluies et elles 
sont encore vivantes. Elles sont répandues sur les 
plantes et sur les herbes, qui, broutées par des ani- 
maux sains, leur communiquent les germes du 
charbon tout comme le fourrage récemment souillé. 
Les « champs maudits » ne sont pas autre chose 
que des endroits où avaient été enterrés des ani- 
maux morts du charbon à une époque plus ou moins 
lointaine. ((3, 7. 8, 1:2 ans!) 

Ou le voit, cette maladie contagieuse, autrefois si 
complètement entourée de mystères, est maintenant 
connue jusqu'en ses moindres détails : « Sa conta- 
gion immédiate ou lointaine, ses sommeils appa- 
rents et ses réveils soudains, sa tendance à se con- 
tiner dans les lieux d'origine ». sont expliqués par 
les mémorables recherches de M. Pasteur. Sa pro- 
pagation par les spores indique toute une série de 
mesures à prendre pour préserver sûrement les 
troupeaux: nous les indiquerons plus loin. (Voir 
Police sanitaire.) 

59. Vaccination du charbon. — L'œuvre de 
M. Pasteur ne s'est pas bornée à l'étude complète 
de la bactéridie charbonneuse, car elle a aussi abouti 
à la découverte d'un vaccin spécial qui préserve 






110 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



à jamais les animaux de cette terrible maladie. 
Le regretté Toussaint, professeur à l'École vété- 
rinaire de Toulouse, avait le premier trouvé un 
liquide qui communiquait aux animaux un charbon 
léger et protecteur. Mais sa méthode n'était pas 
sûre, et ce n'est qu'à la suite des recherches de 
M. Pasteur sur l'atténuation des bactéridies que la 
vaccination du charbon a atteint la précision de la 
vaccination de la variole. 

Voici , en quelques mots le principe de ces recher- 
ches : 

Si on cultive les bactéridies charbonneuses dans 
du bouillon de poule, à une température constante 
de 42-43°, les filaments seuls se dévelop- 
pent, puis les bactéridies ineurent sans 
avoir formé des spores au bout de un à 
deux mois. Inoculées la veille de leur mort, 
par exemple, à des animaux sains, ces 
fffm bactéridies n'exercent aucune action sur 
Fie. 18. l'organisme; mais prises un peu plus tôt 
"17 elIes tuent les jeunes souris et les cobayes 
t^tem- d'un jour par suite du charbon; prises 
encore plus tôt elles tuent les cobayes 
adultes et respectent encore les moutons et les 
bœufs. En résumé, la force des bactéridies — leur 
virulence suivant le terme consacré — diminue 
progressivement jusqu'à leur mort, et l'on peut 
obtenir des cultures ayant des virulences détermi- 
nées. 

Supposons maintenant qu'on vaccine un mouton 
d'abord avec des bactéridies très atténuées, puis 



MALADIES MICROBIENNES. 



111 



avec des bactéridies plus virulentes, on pourra, à un 
moment donné, inoculer les bactéridies de la plus 
grande virulence sans atteindre l'animal, qui, dès 
lors, se trouve protégé contre la contagion. 

Dans une expérience célèbre faite à Pouilly-le- 
Fort, près de Melun, M. Pasteur prit cinquante 
moutons, vingt-cinq vaccinés suivant sa méthode et 
vingt-cinq non vaccinés. Les mêmes bactéridies 
d'une très grande force furent inoculées aux uns et 
aux autres : les vingt-cinq non vaccinés moururent 
tous du charbon au bout de quarante-huit heures, 
tandis que les vingt-cinq vaccinés restèrent en par- 
faite santé. Le résultat avait été prédit à l'avance 
par M. Pasteur dans un programme d'expériences 
« dont la hardiesse de prophétie n'a d'égale que la 
précision avec laquelle il s'est réalisé ». 

Actuellement, la vaccination du charbon est pra- 
tiquée par tous les grands éleveurs avec un succès 
qui ne se dément pas. 

S 2. — Les principales maladies microbiennes 
transmissibles (non éruptives). 

Caractères généraux; transmission; prophylaxie. 

Le choléra asiatique; caractères généraux; transmission \ 

prophylaxie. 
La fièvre typhoïde; caractères généraux; transmission; 

prophylaxie. 

La tuberculose ; caractères généraux; transmission; pro- 
phylaxie. 



59. Caractères généraux, transmission. — Les 

maladies transmissibles dites microbiennes présen- 



» 
■Hum 






112 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



tent un ensemble de caractères généraux qui les 
rapprochent du charbon, car elles semblent se déve- 
opper spontanément et elles sont éminemment con- 
tagieuses; en outre, on a découvert que quelques- 
unes d'entre elles sont ducs à la présence et au 
développement dans l'organisme d'êtres microscopi- 
ques du groupe des microbes, dont 1 ; mode de vie 
^comparable à celui de la bactéridie charbon 
neuse. Pour es maladies on peut affirmer nettement 
que la contagion est due au passage du microbe qui 
les de ennuie ou de ses germes de l'individu malade 
M individu sain. Chacune d'elles est occasionnée, 
111,11 P^ un ensemble d'être microbiens, mais par 
" ; > microbe spécial ayant des caractères particuliers 
déforme et de structure, et reconnaissant par 
1 examen microscopique. 

Quant aux autres, quoi qu'on n'ait pas pn encore 
distinguer le microbe qui, par analogie avec les pré- 
cédents, parait en être la cause, il est permis de les 
ranger aussi dans la même catégorie des maladies 
microbiennes, et il est probable que les recherchée 
poursuivies en ce moment dans toutes les parties 
du monde auront pour résultat prochain la décou- 
verte de leur microbe spécial. 

Ce qu'il importe surtout de savoir au point de vue 
de l'hygiène, ce sont les modes de transmission de 
ces diverses maladies. Par ces mots, il faut entendre 
seulement les voies suivies par les microbes pour 
arriver de l'individu malade à l'individu sain. Les 
désignations de contagion directe et indirecte n'ont 
pas une grande valeur à cet égard, puisque ces deux 









MALADIES MICROBIENNES. ]1:; 

modes se ramènent en définitive à un même fait, 
l'arrivée et le développement ultérieur du microbe 
sur l'individu en bonne santé. L'étude du charbon 
nous a appris que le microbe qui en est l'agent 
arrive dans les voies digestives des animaux qui 
broutent l'herbe et les fourrages souillés par les 
spores ou qui lèchent les animaux atteints. Nous 
dirons, en conséquence, que la contagion du char- 
bon se fait par l'intermédiaire du tube digestif. 

Pour inoculer le charbon à un mouton, il faut 
absolument rompre en un point quelconque la sur- 
face cutanée, et l'on comprend que si cette surface 
cutanée ou les surfaces muqueuses internes présen- 
tent quelque solution de continuité accidentelle, les 
germes du charbon, portés en ce point par une 
cause quelconque, trouvent une voie naturelle pour 
se mêler au sang de l'animal: c'est encore là un 
mode de contagion, accidentel si l'on veut, mais 
cependant observé fréquemment. 

.Si les microbes agents de maladies transmissibles 
ou leurs germes se trouvent dans l'atmosphère, il 
est clair qu'ils entreront dans les voies respiratoires 
avec l'air de la respiration et qu'ils pourront ainsi 
arriver dans un milieu favorable à leur développe- 
ment; c'est un troisième mode de contagion. 

En résumé, on peut donc dire que les microbes ou 
les germes de microbes s'introduisent dans le corps 
de l'homme ou des animaux : 

1° Par les voies, digestives (aliments, eau de 
boisson) ; 
2° Parles voies respiratoires; 

.s 



114 



PRINCIPES D HYGIENE. 



3° Par une solution de continuité de la surface 
externe ou interne du corps. 

60. Prophylaxie. — Supposons maintenant que 
l'agent des maladies microbiennes soit bien déter- 
miné et que l'on connaisse pour chacune d'elles le 
mode de transmission d'individu à individu . que 
restera-t-il à faire pour en être préservé et pour en 
préserver les autres? Détruire les microbes partout 
où il est possible de les atteindre avec les moyens 
divers que la science a fait connaître: s'ils ne sont 
pas connus, procéder par analogie et appliquer les 
principes conseillés par les hygiénistes. Cette partie 
de l'hygiène porte le nom de prophylaxie des ma- 
ladies contagieuses; les résultats qu'elle a donnés 
sont si heureux que ce n'est point un rêve d'affir- 
mer que ces maladies peuvent être évitées et, par 
conséquent, supprimées. 

La prophylaxie des maladies contagieuses com- 
porte un ensemble de mesures, les unes générales, 
comme la désinfection , les autres particulières , 
comme la vaccination contre la variole et la rage. 
Nous indiquerons ces dernières à propos des mala- 
dies contre lesquelles elles luttent; les premières 
feront l'objet d'un chapitre spécial. 

En définitive, on voit qu'il faut étudier principa- 
lement les maladies contagieuses (microbiennes ou 
non microbiennes) au double point de vue de leurs 
modes de transmission et des précautions à prendre 
pour les prévenir et les éviter. 



LE CHOLÉR'A. 



113 



LE CHOLÉRA, 



61. Caractères généraux. — Le choléra asiati- 
que n'est pas une maladie de nos pays: il est origi- 
naire de l'Orient, où il existe à l'état permanent 
dans certaines régions, notamment dans l'Inde, 
l'Indo-Chine, sur les bords du Gange, etc.. où il est 
entretenu par les conditions hygiéniques les plus 
détestables: plaines basses et humides, terrains 
incultes, climat chaud, habitants pauvres, malpro- 
pres et ignorants, etc. 

Il ne sévit en Europe que par épidémies isolées, 
passagères, mais il est justement redouté pour le 
grand nombre de victimes humaines qu'il frappe 
chaque fois (cent mille morts en 1832, cent qua- 
rante-trois mille en 1854 pour la France seulement). 
L'étude de l'évolution du choléra dans les grandes 
épidémies européennes a toujours permis d'en faire 
remonter la cause première jusqu'en Orient; les 
bateaux qui embarquent des passagers malades 
dans les ports infectés sont actuellement les véhi- 
cules les plus redoutables de cette affection '. 

Le choléra est éminemment contagieux. Les 
recherches du D r Koch ont montré qu'il est du uni- 
quement à la présence dans l'organisme d'un mi- 






1. On a constaté tout récemment que l'épidémie cholé- 
rique qui a sévi en Espagne en 1890 a été aussi 



"Orient. 



importée 



110 



PRINCIPES D HYGIÈNE. 



orobe, le bactile-virgule, ainsi appelé à cause do sa 
forme courbe, crochue. Ce bacille vit et se multiplie 
dans ['intestin des malades et non dans les autres 
parties du corps; la maladie qu'il détermine se 
manifeste principalement par des diarrhées et des 
vomissements, c'est-à-dire par l'expulsion au dehors 
des matières contenues dans les voies digestives. 

On ne connaît pas encore actuellement de remè- 
des sûrs contre le choléra; mais les caractères que 
nous venons d'exposer sur le mode de vie du 
bacille qui le détermine el sur le mode d'importation 
de cette maladie suffisent pour l'indication des 
mesures prophylactiques à employer pour préser- 
ver les individus et les peuples de la Contagion du 

choléra. 
Quelques-unes de ces mesures appartiennent aux 

Pouvoirs publics: elles consistent dans la visite 
sanitaire et dans une quarantaine, de durée varia- 
ble suivant les cas. de tous les bâtiments suspects 
ou venant des ports suspects. Rigoureusement 
appliquées, ces mesures préserveraient les pays 
d'Europe de toute épidémie cholérique; mais on 
ne peut compter sur elles d'une façon absolue, ainsi 
que le témoignent des épidémies récentes (France, 
1884; Espagne, 1890). 

Les autres mesures prophylactiques sont pour 
ainsi dire personnelles et elles nous intéressent 
tout spécialement à ce point de vue ; elles sont ins- 
pirées par le mode de vie et de transmission du 
bacille-virgule , et chacun peut les appliquer pen- 
dant les épidémies cholériques. 



LE CHOLERA. 



117 



62. Mode de transmission du choléra. — Insis- 
tons tout d'abord sur le mode de transmission de ce 
microbe. 

Les malades atteints du choléra rejettent des 
quantités considérables de bacilles avec leurs ma- 
tières diarrhéiques; ces matières sont jetées sans 
précautions dans les fosses d'aisance et les linges 
qu'elles ont salis sont lavés dans les cours d'eau 
voisins. 

Les linges souillés sont touchés généralement 
sans aucune précaution par les personnes appelées 
auprès des malades et par les blanchisseuses qui 
doivent les laver. Les microbes qu'ils renferment 
peuvent alors être facilement portés à la bouche, 
par exemple avec les aliments, si on n'a eu la pru- 
dence de laver avec soin les doigts qui en sont 
chargés; de la bouche, ils se rendent dans l'intes- 
tin. — leur lieu d'élection, — où ils vivent et se 
multiplient rapidement, occasionnant ainsi de nou- 
veaux cas de choléra. On a observé que pendant 
les épidémies cholériques les blanchisseuses sont 
plus atteintes que les autres personnes; cette obser- 
vation n'a rien qui puisse surprendre. 

Les matières diarrhéiques sont jetées , le plus 
souvent sans aucune précaution, soit dans un 
cours d'eau, soit dans des fosses d'aisances mal 
construites, soit enfin dans les fumiers avoisinant 
les puits qui fournissent l'eau de boisson. On voit. 
en conséquence, que les eaux de l'alimentation 
courent les risques les plus sérieux de contamina- 
tion pendant toute la durée des épidémies choléri- 



■■ 



118 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

ques. Le séjour dans l'eau du bacille-virgule ne lui 
est guère préjudiciable, puisqu'il n'est tué qu'au 
bout de trente jours environ; aussi peut-on dire 
que l'eau de boisson est le véhicule le plus général 
du microbe du choléra. 

Plusieurs faits précis confirment cette assertion; 
nous en citerons tout d'abord deux rapportés par 
des médecins anglais. Le premier est le cas d'une 
vieille dame qui, ayant fui son quartier en proie au 
choléra, fut frappée dans son nouveau quartier, 
complètement indemne : elle s,, faisait apporter 
l'eau de boisson de son ancien domicile. L'autre 
relate l'arrivée de deux personnes atteintes du cho- 
léra dans une localité jusqu'alors préservée : onze 
personnes furent frappées en quinze jours parmi 
leurs parents et leurs serviteurs, et l'on constata que 
l'eau de boisson de cette maison provenait d'un puits 
qui recevait les infiltrations du cabinet d'aisances. 
Voici, en outre, deux observai ions relatives à l'épi- 
démie cholérique de 1884, empruntées à M. P. Gal- 
lois (Conférence faite à l'Union des Femmes de 
France) : 

« Le choléra éclate à Gènes en 1884, avec une 
certaine violence; en quelques jours, 270 personnes 
meurent du fléau. Le syndic de la ville remarque 
que parmi elles 256 habitent dans la partie de la 
ville alimentée par un aqueduc qui part du village 
d ' Busalla, où un cas de choléra s'était déclaré peu 
de temps auparavant ; on supprime l'arrivée de l'eau 
par cet aqueduc et le choléra est supprimé du même 
coup. 



' 



LE CHOLERA. 



119 



A l'automne de 1884, le choléra atteignit le nord 
de la France, mais l'hiver arrêta ses ravages saut' 
eu seul point, le village de Guilvinec, qui, sur une 
population de quinze cents habitants, fournissait 
soixante-treize victimes (une sur vingt environ). 
M. Charrin fut envoyé sur ce point par le Comité 
d'hygiène; il remarqua que ce village est bâti sur 
du sable de dune et que le roc est à l^oO du ni- 
veau du sol. Dans le lavoir, on avait lavé du linge 
de cholériques : l'eau du lavoir s'était infiltrée 
à travers le sable et avait infecté tous les puits. 
M. Charrin fait bouclier les puits et l'épidémie 
s'arrête. Quinze jours ne s'étaient pas écoulés de- 
puis son départ pour Taris que le choléra reparaît à 
Guilvinec; il retourne aussitôt dans cette localité et 
constate qu'on avait déblayé un des puits. 11 le fait 
combler de nouveau, et cette fois l'épidémie est défi- 
nitivement supprimée ». 

Les eaux de boisson sont partout dangereuses 
pendant les épidémies cholériques: mais c'est sur- 
tout dans les villages qu'il faut prendre les plus 
grandes précautions;! leur égard. Dans les villages, 
en effet, les matières excrémentielles sont jetées 
n'importe où et, de préférence, au voisinage des 
habitations et par conséquent des puits fournissant 
l'eau de l'alimentation. Ces matières sont délayées 
par les pluies qui entraînent les microbes à travers 
les couches du sol au milieu desquelles les puits 
sont creusés — on a vu dans quelles conditions dé- 
plorables. Qu'un seul cas de choléra survienne, les 
pcisunies de la maison sont inévitablement frap- 



■ 



120 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



peés, non seulement par l'eau du puits, mais encore 
par l'absence de toute précaution dans leurs rapports 
avec le malade. Les personnes des maisons voisines 
seront frappées en même temps, car les puits ne 
sont pas nombreux et souvent il n'y en a qu'un seul 
par village ; puis le mal s'étendra de proche en pro- 
che faisant un nombre de plus en plus grand de vic- 
times, jusqu'à ce qu'enfin il s'éteigne de lui-même. 
63. Prophylaxie. - Les mesures prophylacti- 
ques qu'on doit prendre en temps d'épidémie cholé- 
rique se déduisent tout naturellement de ces faits. 
La désinfection s'impose non seulement pour tous 
les linges que le malade a touchés, mais encore pour 
toute la chambre qu'il a occupée ; elle s'impose 
aussi pour ses matières diarrhéiques et pour les 
mains et les habits des personnes appelées auprès 
de lu.. Nous indiquerons plus loin les méthodes et 
les agents conseillés pour une désinfection com- 
plète. Mais la désinfection peut ne pas suffire à pré- 
server de la contagion, et puisque celle-ci se fait 
surtout par l'eau de boisson, il faut absolument 
s'astreindre à ne faire usage que d'eau bouillie au 
rûoins pendant toute la durée de l'épidémie cholé- 
rique. 

Le choléra a jusqu'ici vivement frappé l'ima- 
gination. L'époque n'est pas lointaine où il sera 
supprimé de la liste des maladies de nos pays si 
les Pouvoirs publics d'un côté, et les individus 
de l'autre appliquent avec toute leur rigueur les 
mesures conseillées par les hygiénistes. Il faut 
espérer aussi que l'assainissement des pays d'Orient 




m sjii '. 



LA FIÈVRE TYPHOÏDE. 



121 



et les lumières que la science répandra parmi leurs 
habitants auront pour effet prochain de restreindre 
de plus en plus les foyers où le choléra est perma- 
nent, et enfin de supprimer entièrement ce terrible 
iléau. 

LA FIÈVRE TYPHOÏDE. 

6i. Caractères généraux. — La lièvre typhoïde 
est la pins fréquente des fièvres de nos pays, où 
elle existe à l'état permanent et où elle fait un nom- 
bre considérable de victimes ; elle frappe surtout 
les agglomérations insalubres et mal assainies et, 
parmi elles, elle s'attaque de préférence aux indi- 
vidus surmenés et affaiblis par des travaux exces- 
sifs. Ainsi qu'on l'a dit souvent, c'est par excellence 
la maladie de la malpropreté et de l'encombrement. 

Elle parait uniquement due au développement, 
dans l'intestin des malades, d'un microbe spécial 
qui porte le nom de bacille d'Ebertli. Ce microbe 
est contenu dans les matières fécales des individus 
atteints, et c'est par l'intermédiaire de ces matières 
que la transmission se fait de ces derniers aux indi- 
vidus sains. 

(35. Mode de transmission. — Gomme pour le 
choléra, les linges souillés et non désinfectés peu- 
vent communiquer la maladie aux personnes qui 
doivent les laver et à celles qui soignent les malades 
et qui n'ont pas la précaution de laver et de désin- 
fecter leurs mains avant de toucher aux aliments. 

Le mode de transmission le plus général de la 






1 ' 2 '-' PRINCIPES d'hygiène. 

fièvre typhoïde est Veau potable, car on estime que 
sur cent ras quatre-vingt dix sont dus à l'eau de 
boisson contaminée parle microbe d'Éberth Cette 
Contamination se produit absolument comme dans 
j! Ch ° lera : 1« Hnges sont lavés dans les cours 
d eau, les matières fécales sont jetées dansdes fosses 
d aisances mal construites ou même au voisinage 
immédiat des puits. 

Los premières observations relatives à la trans- 
nnssion de la lièvre typhoïde par les eaux de bois- 
soii sont dues à un médecin anglais, leD'Budd- 
"lies ont été confirmées en France principalement 
parles recherches de MM. Brouardel, Chantemesse 
Wida et ïhoinot. Nous allons indiquer .à ce sujet 
es faits les plus précis, dans le seul bul de détruire 
les doutes que quelques personnes conservent sur 

y """ , transmission du microbe de la lièvre 

typhoïde. , 

« U y a vingl ans. Chaumont était alimenté d'eau 
par le réservoir de la Tannerie situé au bas de la 
ville; la lièvre typhoïde y régnait en permanence. 
M. Michel fait supprimer le réservoir, la lièvre 
typhoïde cesse. En 1881, on rouvre le réservoir de 
la tannerie: quinze jours après la lièvre typhoïde 
reparait. 

« A Auxerre. en 187!), la lièvre typhoïde se mani- 
feste avec violence. M. Dionis des Carrières remar- 
que que les seules personnes atteintes sont celles 
qui reçoivent leur eau de la source du Vallan Or 
dans une maison située au-dessus de cette source 
était venue mourir une personne qui avait pris la 







LA FIEVRE TYPHOÏDE. 



123 



fièvre typhoïde à Paris. Pour vérifier si de cette 
maison les infiltrations pouvaient aller jusqu'à la 
source du Vallan, M. Dionis verse de la fuchsine 
dans la cour de la maison et, vingt minutes après, 
la source contenait la matière colorante ». (P. Gal- 
lois, i 

L'épidémie de lièvre typhoïde survenue en 1886 à 
Pierrefonds est aussi instructive que les laits précé- 
dents, grâce à l'enquête faite par M. Brouardel et 
complétée par les recherches microscopiques de 
MM. Ghantemesse et Widal : 

« Pierrefonds est bâti dans une vallée et recuit 
son eau d'une source qui coule au pied d'une colline 
sur laquelle est construit le château. Une rue de la 
ville, la rue du Bourg, et plus particulièrement trois 
maisons contiguës, avaient été visitées cinq luis de- 
puis quinze ans par la lièvre typhoïde. Ce sont ces 
maisons qui, en 1887, ont payé un si lar^o tribut à 
la fièvre typhoïde : une famille parisienne perdit 
trois jeunes tilles et une bonne, et vingt personnes 
sur vingt-quatre furent atteintes. 

« Pour se rendre compte de ces épidémies à répé- 
tition, il sUfùt d'examiner les conditions géologiques 
du sol de Pierrefonds. L'eau venant de la colline 
traverse une couche de sable, coule à travers les 
interstices du sol et arrive au-dessous des maisons 
de la rue 'du Bourg, où les habitants la puisent. Or. 
dans son trajet, celte eau se trouve en contact avec 
des fosses d'aisances qui, comme presque partout. 
ne sont nullement étanches et laissent filtrer des ma- 
tières organiques. Pour augmenter encore le danger, 



1>2i principes d'hygiène. 

les habitants de Pierrefonds envoient, au moment 
des pluies, l'eau des toits dans les fosses : les matiè- 
res organiques sont alors diluées et entraînées dans 
la nappe d'eau qui sert à l'alimentation de la rue du 
Bourg ». 

L'examen microscopique de cette eau permit à 
MM. Chantemesse et Widal d'y reconnaître la pré- 
sence du microbe d'Lberth, d'où la conclusion na- 
turelle que les microbes de la lièvre typhoïde anté- 
rieurement jetés dans les fosses d'aisances avec les 
matières fécales des malades avaient passé dans 
leau de boisson, déjà souillée «le matières organi- 
ques, par l'intermédiaire des couches sableuses du 
sol de Pierrefonds. 

Le D' Thoinot a eu l'occasion d'étudier et de re- 
chercher les causes d'une épidémie de fièvre typhoïde 
qui se déclara au lycée de Quimper pendant les mois 
cle lévrier et de mars 1888. 

Les internes seuls avaient été frappés, et parmi 
eux vingt-neuf élèves, quelques maîtres-répétiteurs, 
^e fila de 1 économe, le fils de la concierge et un do- 
mestique en un mot les individus qui faisaient 
usage de 1 eau du lycée et non de l'eau de la ville 

Or, l'eau du lycée de Quimper est fournie par un 
puits situé à quelques mètres du conduit qui reçoit 
1 eau du trop plein d'un groupe de fosses d'aisances 
et ce conduit n'était pas suffisamment étanche pour 
empêcher les infiltrations. 

Comme, d'un autre côté, les externes et les habi- 
tants de la ville furent épargnés, il ne fallait évidem- 
ment incriminer que l'eau du lycée. C'est ce que fit 



LA FIÈVRE TYPHOÏDE. 



125 



le D r Thoinot, avec d'autant plus de raison qu'une 
personne qui s'approvisionnait d'eau au robinet de 
la loge du concierge fut aussi atteinte de fièvre ty- 
phoïde. 

Une circulaire ministérielle récente — dans le but 
de prévenir des accidents de ce genre — a enjoint 
aux proviseurs et aux principaux des lycées et des 
collèges de soumettre les eaux de leurs établisse- 
ments à des analyses complètes. 

66. Prophylaxie. — lui résumé, la fièvre typhoïde 
est une maladie contagieuse qui frappe de préfé- 
rence les personnes affaiblies et qui est entretenue 
par les impuretés du sol et de l'air. Elle est due à 
un microbe qui vit dans l'intestin et est rejeté au 
dehors par les matières fécales. Le véhicule le plus 
général de ce microbe est l'eau de boisson. Sa pro- 
phylaxie comporte un ensemble <lr mesures com- 
parables à celles qui ont été indiquées à propos du 
choléra et dont voici les points principaux : 

1" Désinfection des garde-robes des malades, des 
linges et des vêtements mouillés, lavage des mains 
des gardes- malades avec des solutions désinfec- 
tantes: 

2° Faire uniquement usage d'eau bouillie en 
temps d'épidémie et, en tout temps, filtrer ou faire 
bouillir toutes les eaux qui ne sont pas de source. 

En outre, des mesures générales doivent être pri- 
ses pendant l'épidémie et même avant l'épidémie, >d 
quelques indices permettent de la prévoir. Parmi 
ces mesures on doit signaler tout particulièrement : 

La propreté des habitations et du sol, l'enlève- 












126' 



principes d'hygiène. 



ment reguher des immondices et leur désinfec- 
tion; la propreté des cabinets d'aisances privés et 
publics et leur désinfection régulière; le We des 
égouts; la surveillance des chantiers, des ateliers et 
des diverses locaux qui réunissent un plus ou moins 
grand nombre d'individus; enfin, et par-dessus 
tout., la pureté de l'eau potable. 



LA TUBERCULOSE. 

67. Caractères généraux. - La tuberculose est 
une des maladies les plus répandues et les plus 
meurtrières ; elle frappe l'homme dans tous les pays 
e dans tous les milieux et elle s'attaque aussi à la 
plupart des espèces animales, les bovidés, les vo- 
lailles etc. En outre, elle est à la fois contagieuse et 
héréditaire : par la contagion, elle se propage d'indi- 
vidu a individu ou bien des animaux à l'homme par 
les viandes de boucherie, le lait; par l'hérédité, elle 
se perpétue de génération en génération. Les sta- 
tiques faites dans le but d'établir les ravages de 
la tuberculose dans l'espèce humaine ont montré 
<uil faut bien lui attribuer environ le cinquième 
du nombre total des décès dans les grandes villes 
Ces tristes constatations ont depuis longtemps 
excite les recherches des médecins et des savants 
sur cette terrible affection, qui est actuellement con- 
nue jusqu'en ses moindres détails. Nous ne retien- 
drons de ces recherches que les faits qui se rappor- 
tent à la cause de la maladie, à ses modes de conta- 



LA. TUBERCULOSE. 



127 



gion et aux mesures prophylactiques propres à 
l'arrêter. 

La tuberculose est, due à un microbe spécial 
découvert par le D r Koch. Ce microbe vit et se déve- 
loppe surtout dans l'appareil respiratoire, dans les 
poumons, d'où la désignation de poitrinaires em- 
ployée pour les personnes atteintes de cette mala- 
die. La présence du microbe de la tuberculose dans 
les poumons ou dans les autres tissus du corps de 
l'homme détermine la formation de petits corps gri- 
sâtres, arrondis, de volume variable, appelés tuber- 
cules. Les tubercules sont d'abord durs, mais ils se 
ramollissent peu à peu et ils sont ensuite rejetés au 
dehors avec les crachats; à la place qu'ils occupaient 
se trouvent des vides, des excavations ulcéreuses 
ou, suivant l'expression consacrée, des cavernes, 
qui, en grandissant, compriment et détruisent les 
tissus voisins. 

Ces désordres intérieurs, qui sont le résultat de la 
vie des microbes, se manifestent par des désordres 
généraux qui ne peuvent, laisser de doute à personne 
sur le développement de la tuberculose. Les indivi- 
dus atteints se reconnaissent, pendant la première 
période du mal, à une petite toux plus ou moins 
fréquente, à la pilleur du visage, à l'amaigrissement 
rapide, à la perte de l'appétit: pendant la nuit, ils 
ont des sueurs dont ils ne peuvent s'expliquer la 
cause; ils éprouvent aussi quelques douleurs dans 
le dos et sur les côtés. A une période plus avancée, 
la toux devient plus fréquente et plus fatigante poul- 
ie malade; les crachats qui jusque-là étaient blancs 






128 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

deviennent verdâtres, teintés de jaune; les sueurs 
les oppressions et les douleurs augmentent ainsi que 
1 amaigrissement; la poitrine semble se rétrécir les 
clavicules sont déprimées. Le dépérissement de l'in- ' 
divnlu est tel que la tuberculose porte le nom scie». 
tafiquedejWfcfe pulmonaire, du mot grec phtisô, je 
dépéris. La mort est le terme ginéral de cette mala- 
die; elle survient avec plus ou moins de rapidité. 

68. Mode de contagion. - Le mode de contagion 
est tout aussi connu que la cause du mal. Le microbe 
est rejeté avec les crachats du malade à terre, sur les 
linges., sur les draps des malades, etc.; ces crachats 
se dessèchent bientôt et la poussière qu'ils forment 
remplit l'air et disperse autour du malade les quan- 
tités innombrables de microbes qu'elle renferme 
^et air contaminé sert nécessairement à la respira- 
tion des personnes qui vivent dans la môme atmos- 
phère et surtout de celles qui sont appelées par 
devoir auprès des tuberculeux. Les microbes de la 
tuberculose pénètrent ainsi dans les poumons des 
individus sains, qui sont exposés à la même maladie 
et qui ne l'évitent pas s'ils présentent déjà quelque 
prédisposition à son développement. 

Le danger est donc considérable pour les person- 
nes qui vivent dans l'intimité des poitrinaires. Il est 
considérable aussi pour les personnes éloignées 
habituellement d'eux, car les tuberculeux peuvent, 
jusqu'à leurs derniers moments, aller et venir, va- 
quer à leurs affaires, se rendre au théâtre, dans les 
reunions... et par conséquent semer dans tous les 
endroits où ils passent les microbes qu'ils rejettent 



LA TUBERCULOSE. 



129 



avec leurs crachats. Si la contagion ne dépendait 
pas de certaines circonstances personnelles mal con- 
nues mais suffisantes pour empêcher le développe- 
ment de l'agent de la tuberculose, un petit groupe de 
poitrinaires pourrait communiquer le mal à toute 
une grande ville et un seul individu atteint suffirait 
pour infecter tout un quartier, tout un village. 

69. Prophylaxie. — Mais de ce que le danger 
peut être rendu illusoire par ces conditions ou pré- 
dispositions particulières., il ne faut pas conclure 
de l'inutilité des mesures prophylactiques propres à 
supprimer la contagion, car on a vu que la morta- 
lité parla tuberculose atteint un chiffre très élevé. 
ce qui démontre mieux que tous les raisonnements 
que la contagion fait son œuvre. Ces mesures sont, 
comme pour toutes les maladies contagieuses, ou 
individuelles, ou générales; les unes et les autres 
sont d'une application courante. 

Les mesures individuelles sent la conséquence de 
ce fait que les microbes de la tuberculose résident 
dans les crachats des malades. Il faut imposer aux 
poitrinaires de cracher dans un linge ou dans un 
crachoir qui seront désinfectés aussitôt, suit à l'aide 
des désinfectants recommandés, soit en plongeant 
ces objets longuement dans l'eau bouillante. "Si les 
crachats s'égarent sur le parquet ou sur les meubles, 
il faut également les désinfecter avant qu'ils ne com- 
mencent à se dessécher. 

Les mesures générales qui ont été recommandéi s 
dans un C ingrès récent sont principalement la sur- 
vell ance des vacheries et des viandes de boucherie 





130 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



par les pouvoirs autorisés. Nous avons indiqué 
dans une autre partie de cet ouvrage, Fébullition du 

Ja.it et la cuisson parfaite des aliments comme dos 
préservatifs certains de la tuberculose, de telle sorte 
que les.conseils hygiéniques complètent admirable- 
ment les mesures générales. 

Les mesures prophylactiques, si elles étaient 
rigoureusement appliquées, auraient pour résultat 
certain, ici comme dans tous les autres cas de mala- 
dies transmissions, la diminution progressive et la 
suppression totale de la tuberculose. Mais on n'y 
peut compter absolument à cause de l'inertie des 
particuliers et des Pouvoirs publics. Pour cette rai- 
son, et aussi au point de vue du grand nombre d'in- 
dividus qui sont atteints actuellement de cette 
maladie et qui sont destinés à en mourir, la nouvelle 
récente delà découverte, parle D' Koch. d'un remède 
contre la tuberculose, a-t-elle été accueillie dans 
tous les pays avec la plus légitime satisfaction. La 
valeur scientifique du I> Koch et les importantes 
découvertes qu'il avait déjà faites dans le domaine 
microbiologique permettaient d'espérer que les ino- 
culations de la lymphe préparée par ses soins et em- 
ployée d'après ses conseils auraient les heureux 
résultats obtenus par M. Pasteur dans la vaccination 
du charbon des animaux, de la rage, etc. Les expé- 
riences tentées à Berlin même, ainsi que dans la 
plupart des grandes villes du monde entier, par les 
médecins les plus autorisés, n'ont pas eu jusqu'ici 
es effets qu'on en attendait, car les inoculations de 
la lymphe du D>' Koch semblent n'avoir d'autre 



LA DIPHTÉRIE. 



131 



résultat que d'accélérer la mort des individus at- 
teints de tuberculose avancée et elles permettent 
seulement d'espérer un arrêt dans la marche de 
cette maladie pour certains cas encore peu détermi- 
nés. Les expériences se poursuivent cependant 
dans des voies diverses. Quel que soit leur sort, il 
ne faut négliger aucune des précautions prophylac- 
tiques indiquées plus haut, car il vaudra toujours 
mieux prévenir le mal que le combattre. 



LA DIPHTÉRIE. 

70. Caractères généraux. — La diphtérie est 
plus particulièrement une maladie des enfants, 
qu'elle frappe surtout entre six et dix ans: mais elle 
n'épargne pas non plus les personnes adultes. C'est 
une maladie terrible, car non seulement elle est 
généralement mortelle, mais en outre elle peut 
occasionner la mort en très peu de temps, de douze 
heures à quelques jours. Elle entre aussi, pour une 
part notable, dans la mortalité générale; en 1877 
seulement, on compta à Paris neuf cent trente-qua- 
tre cas de diphtérie dont six cent quatre-vingt- 
seize morts. 

Elle se manifeste sous deux formes principales : 
l'angine couenneuse et le croup, et c'est sous cette 
dernière forme qu'elle est surtout comme et redoutée 
chez les enfants. Elle peut aussi être ou bénigne ou 
grave, et, comme pour certaines autres maladies 









132 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



contagieuses, les cas bénins peuvent transmettre 
des cas graves. 

Le croup est précédé de quelques jours de malaise 
caractérisés par une voix enrouée, faible, éteinte, , 
par de la fièvre et surtout de l'angine ; puis survien- 
nent des quintes courtes, la voix sifflante: pendant 
les inspirations, on perçoit un frémissement compa- 
rable au passage de l'air dans un tube étroit 

La diphtérie est due à un microbe spécial, qui 
vit et se développe dans les voies respiratoires • 
dans le larynx pour le croup et dans la gorge pour 
1 angine couenneuse. Le résultat de la présence et 
de la multiplication du microbe de la diphtérie esl 
la formation dans le larynx ou dans la gor-e de 
fausses membranes blanchâtres qui en rétrécissenl 
'le plus en plus le passage destiné à l'air de la respi- 
ration; la mort survient par asphyxie, les fausses 
membranes finissant par obstruer complètement les 
voies respiratoires. 

On ne connaît qu'un remède efficace contre cette 
maladie : l'opération de la trachéotomie, qui consiste 
a ouvrir la trachée-artère. 

7J. Contagion et prophylaxie. - La diphté- 
rie est contagieuse et habituellement elle apparaît 
par épidémies. Le mode de contagion n'est pas 
connu, mais on peut admettre, avec quoique raison 
que le microbe qui en est la cause passe dans l'air 
pendant les quintes de toux et de là dans les voies 
respiratoires des personnes qui approchent les diph- 
tériques. Quel que soit le mode de transmission. la 
diphtérie est éminemment contagieuse : lr corps 



LA DIPHTÉRIE. 



133 



médical lui paye un large tribut, et. lorsqu'elle entre 
dans une famille, il est rare qu'elle n'atteigne pas 
successivement tous les enfants et même les grandes 
personnes. La contagion est pourtant restreinte, car 
dans une même maison elle peut ne s'exercer que 
sur les personnes d'un appartement et ne pas s'éten- 
dre à celles des autres appartements; de môme on a 
constaté que la population de certaines fermes a 
été anéantie au voisinage d'habitations épargnées. 

En revanche, le microbe de la diphtérie paraît des 
plus résistants; lixé aux diverses parties du local 
habité par un malade, il peut rester à l'état de vie 
latente et attendre pendant des années un milieu 
favorable à son développement. Les écoles licenciées 
après un ou plusieurs cas de diphtérie et rouvertes 
après un certain temps ont vu de nouveau éclater 
■cette maladie. 

La prophylaxie de la diphtérie doit être en rap- 
port avec ces divers faits. Dans les cas graves, 
comme dans les cas bénins, il faut procéder à une 
désinfection complète de toutes les parties du local 
habité parles diphtériques: les linges, les meubles, 
mais encore les murs et le parquet doivent être 
entièrement désinfectés. 



l:,'i 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



§ 3. — Les fièvres éruptives. 

La rougeole : caractères généraux ; transmission ; pro- 
phylaxie. 

La scarlatine : caractères généraux ; transmission ; pro- 
phylaxie. 

La variole : caractères et contagion; variulisation ; vac- 
cination; revaccination; bienfaits de la vaccination» 
procédés de vaccination. 

On désigne sous le nom de fièvres éruptives des 

maladies d'origine probablement microbienne et 
éminemment contagieuses, mais à microbe inconnu 
jusqu'ici, qui se manifestent par des éruptions 
diverses de la surface de la peau et des muqueuses. 
Les principales lièvres éruptives sont la rougeole, 
la scarlatine et la variole, que nous allons étudier 
successivement. 

LA ROUGEOLE. 



72. Caractères généraux. — La rougeole est 
essentiellement une maladie d'enfance et elle n'at- 
teint généralement qu'une seule fois le même indi- 
vidu; sa gravité dépend surtout de la résistance que 
l'organisme peut lui opposer, car elle fait des lava- 
ges terribles parmi les enfants pauvres et débiles 
ainsi que sur ceux qui sont affaiblis par quelque 
autre affection. 

On distingue deux périodes dans la marche de la 
rougeole. 



LA ROUGEOLE. 



135 



Pendant la première période, qui dure de quatre à 
cinq. jours, l'enfant atteint a une toux sèche, sonore, 
à quintes peu prolongées; ses yeux pleurent et il 
éternue fréquemment; il a en outre de la lièvre, 
mais sans éruption. 

Pendant la seconde période, on voit apparaître sur 
les diverses parties de son corps (visage, poitrine, 
dos, etc.), de petites taches rouges, d'abord distinc- 
tes les unes des autres, puis continentes : ce sont 
les boutons de la rougeole, qui disparaissent peu à 
peu au bout de quelques jours. 

73. Contagion et prophylaxie. — On ne con- 
naît pas le microbe qui détermine cette affection, ni 
par conséquent le mode de transmission d'individu 
à individu. Cependant, la rougeole est éminemment 
contagieuse, ainsi que cela résulte d'un grand nom- 
bre d'observations précises. Mais la contagion ne 
parait pas s'étendre au loin, d'après diverses obser- 
vations très précises. 

A quels moments les rougeoleux sont-ils conta- 
gieux ? On pourrait penser que les dangers ne com- 
mencent qu'avec l'apparition des boutons; mais il 
n'en est rien, car. pondant la première période de 
la maladie, les larmes de l'enfant «es crachats, ses 
mucosités nasales peuvent être des agents de conta- 
gion, sans doute parce que le microbe de la rou- 
geole y est contenu. C'est même à cette période que 
les enfants sèment la maladie, car ils ne sont pas 
assez souffrants pour garder le lit et ils se trouvent 
en contact avec leurs camarades, à l'école principa- 
lement. 



ma 









136 



PRINCIPES ]> HYOU'.Ni: 



Les personnes qui soignent les rougeoleux . si 
«■lies ne sont préservées par une atteinte antérieure, 
prennent la maladie directement pour ainsi dire eu 
touchant les malades ou les linges, les draps, les 
effets, etc., souillés par les produits de la chute des 
boutons de la rougeole; il en est de même de celles 
<|ui visitent les malades, car elles portent le germe 
avec elles, soit sur leurs mains, soit sur leurs 
habits. 

La meilleure mesure prophylactique de la rou- 
geole est la désinfection de tout ce qui est suscep- 
tible de renfermer ou de porter les germes de la 

maladie. Cette mesure s'impose pour les écoles, les 
lycées, où il sut'Iit parfois d'un seul cas pour déter- 
miner une grave épidémie. Elle est moins nécessaire 
individuellement, car il est dit'licile d'échapper à 
toute atteinte, et le meilleur préservatif de la rou- 
geole réside dans une première atteinte qui, pres- 
que toujours, assure l'immunité. 



LA SCARLATINE. 



7'i. Caractères généraux. — La scarlatine est, 

comme la rougeole, une maladie des enfants, mais 
elle n'épargne pas non plus les adultes. Toutefois; 
tandis que presque tous les humains payent leur 
tribut à la rougeole, la plupart échappent à la scar- 
latine, fort heureusement, car elle est très grave. 
Cette maladie sévit cruellement à Londres; elle a 
une part très importante dans la mortalité générale 



LA SCARLATINE. 137 

de cette ville, où elle varie de deux mille à six mille 
cas, tandis qu'à Paris, année moyenne, elle n'occa- 
sionne qu'une centaine de morts (Proust). 

La scarlatine porte aussi les noms de fièvre rouge 
et de fièvre pourprée. Les malades qui en sont 
atteints présentent sur la peau de petites taches rou- 
ges, non saillantes, qui se réunissent en s'élargis- 
sant; quand l'éruption est complète, la peau tout 
entière a une coloration uniforme d'un rouge écar- 
laie. A cette éruption succède la desquamation , 
c'est-à-dire la chute de l'épidémie de la peau, qui 
tombe sous forme de petites plaques ou même de 
grands lambeaux (mains, pieds). 

L'évolution de la scarlatine est rapide; la conva- 
lescence est longue, dangereuse, et la mort survient 
parfois alors que tout semblait donner une sécurité 
parfaite : c'est une affection perfide dans laquelle 
les périls sont de tous les instants. 

75. Contagion et prophylaxie. — La scarlatine 
est probablement due à un microbe spécial qui n'a 
pas encore été découvert. Elle est très contagieuse, 
mais on ne connaît pas non plus le mode par lequel 
elle se transmet d'individu à individu. 11 est proba- 
ble que les microbes sont contenus dans ces lam- 
beaux d'épidémie qui tombent pendant la période 
de desquamation : ils gagnent ensuite les objets qui 
se trouvent dans les chambres des malades (linges, 
vêtements, etc.), et ils résistent longtemps, car des 
appartements, des lits évacués depuis trois mois ont 
déterminé des infections nouvelles. Lespersonnes qui 
approchent des malades, celles qui les visitent sont 



■ 



■ 






138 



PRINCIPES D'HYG]ÈXE. 



aussi des agents de transmission pour elles-mêmes 
d'abord, puis pour les individus sains avec lesquels 
elles pourront se trouver en contact plus ou moins 
éloigné. 

La prophylaxie de la scarlatine doit avoir princi- 
palement pour objet d'écarter des jeunes enfants les 
causes et les dangers de la contagion ; cette maladie 
n'atteignant que rarement les personnes adultes, 
l'âge est un préservatif contre elles. L'isolement des 
malades, le licenciement des écoles, l'emploi des 
agents désinfectants, telles sont les principales 
mesures qu'il est sage et prudent de prendre dès 
qu'un cas de scarlatine se déclare. 



LA VARIOLE. 



VACGIXAÏIOX, KEVACCIXATIOX. 



76. Caractères, contagion et gravité de la 
variole. — La variole ou petite vérole est une fiè- 
vre éruptive caractérisée par l'apparition de petites 
taches rouges au menton, puis au reste du visage et 
quelquefois à d'autres parties du corps, à la suite de 
quelques jours d'incubation pendant lesquels les 
malades ressentent de la fièvre, un violent mal de 
reins et de tête et ont des vomissements. Les taches 
grandissent, deviennent saillantes à la surface de la 
peau. Ce sont les boutons de la variole qui, par leur- 
nombre et leur dimension, donnent bientôt à la face 
un aspect repoussant. Ils sont remplis vers le début 



LA VARIOLE. 



139 



d'un liquide qui, en devenant consistant et se dessé- 
chant ensuite, forme une croûte jaunâtre qui tombe 
et laisse, à la place des boutons, des taches d'un 
rouge vineux, elles-mêmes remplacées à la guérison 
par ces cicatrices indélébiles qui permettent de 
reconnaître immédiatement les individus qui ont 
été atteints de la variole et qu'on dit « grêlés ». 

Une première atteinte de ce mal n'assure pas tou- 
jours l'impunité , mais les atteintes consécutives 
sont de plus en plus légères. 

Tout laisse croire que la variole est due à un 
organisme microscopique qui n'a cependant pu 
être reconnu jusqu'ici. C'est une maladie conta- 
gieuse et très grave, car elle se termine souvent par 
la mort et, dans les cas de guérison, elle déligure 
pour toujours les individus qui ont été frappés. 

Le mécanisme de la contagion est bien connu : 
les personnes qui approchent des varioleux peuvent 
gagner la maladie, non seulement pendant l'érup- 
tion, mais encore pendant la convalescence et alors 
que les malades ne portent que quelques croûtes ; il 
en est de même des personnes qui touchent les lin- 
ges, les vêtements, etc., en un mot tout ce qui dans 
le voisinage des malades a pu recevoir le germe de 
la variole. Ce sont là des faits de contagion directe. 
puisqu'il y a contact direct entre les germes et les 
personnes saines. Celles-ci peuvent, en outre, trans- 
porter ces germes à distance et être préservées, tout 
en communiquant indirectement la maladie autour 
d'elles, en la disséminant et en créant ainsi de nou- 
veaux foyers épidémiques. 



140 



PRINCIPES D'HtfGIfcSE. 



II est utile de savoir aussi que les germes de la 
variole sont très tenaces; fixés aux vêtements, aux 
murs, aux meubles, etc., ils peuvent attendre long- 
temps le retour des conditions favorables à leur 
développement et. par conséquent, déterminer de 
nouvelles épidémies. La meilleure preuve de ce fait 
est la constatation de la persistance de cette mala- 
die, alors que les mesures prophylactiques décou- 
vertes devraient avoir eu pour résultat de la sup- 
primer totalement. 

Quant à la gravité de la variole, on peut dire 
qu'elle est connue de tous; cependant, quelques 
chiffres et quelques faits nous paraissent néces- 
saires pour les faire ressortir nettement. La Conda- 
mine affirmait que cette maladie a coûté 760,000 
morts en France dans un espace de trente années 
(de 1726 à 1756); Paris seul fournissait, en 1720, 
20,000 décès par la variole. Il en était de même dans 
les pays étrangers : 144,194 décès en Suède, de 
1749 à 1765; 113,851 à Londres en soixante-sept 
années, etc. (P. Gallois.) 

La terreur que cette maladie inspirait était 
grande et malheureusement trop bien justifiée par 
les désastres qu'elle causait. « En Sibérie, dès 
qu'un cas de variole se déclarait, on enfermait le 
malade dans sa maison avec des aliments et tout le 
monde s'enfuyait. En Abyssinie, on allait plus loin; 
non seulement on ne laissait pas d'aliments au 
malade enfermé dans sa maison, mais on y met- 
tait le feu et l'on brûlait tout, maison, malade et 
maladie ». (P. Gallois.) On trouverait dans l'his- 






LA VARIOLE. 



141 



toire locale de la France des faits tout aussi caracté- 
ristiques de l'immense frayeur qui saisissait à. 
l'apparition des épidémies de cette nature. 

Les mesures prophylactiques en face des épidé- 
mies de variole sont les mêmes que pour les autres 
lièvres éruptives ; aucune d'elles ne vaut la préser- 
vation certaine que donne la vaccination . ainsi 
qu'on le constatera plus loin par l'examen des chif- 
fres de la mortalité actuelle par variole. 

77. Variolisation , vaccination. — La vaccina- 
tion., qui est la seule mesure employée actuellement 
comme préservatif de la variole, n'a guère été prati- 
quée qu'à partir de l'année 1796. Jusqu'à celte date, 
il était d'usage, en Chine, dans l'Inde, à Constanti- 
nople, au Caucase d'inoculer aux individus sains le 
pus des boutons de varioleux légèrement atteints; à 
la suite de cette inoculation, les individus inoculés 
étaient frappés d'une variole souvent légère, mais 
préservés dans la suite contre les cas plus graves. 
La forme de variole légère portait le nom de varia- 
lo'ide et l'inoculation le nom de variolisation. 

La variolisation avait des avantages incontesta- 
bles sur l'absence de toute mesure prophylactique, 
car si la variole tuait trente individus sur cent 
atteints, la varioloïde n'en tuait que deux pour 
cent. Cette pratique avait été l'objet de diverses ten- 
tatives en Europe; mais il fallut pour la généraliser 
l'exemple de lad y Montagne, qui l'apporta de Cons- 
tantinople en Angleterre en 1721. 

La variolisation avait des inconvénients sérieux : 
elle pouvait déterminer des cas graves et môme 




142 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



mortels chez les individus variolisés, et ceux-ci 
créaient autour d'eux des foyers d'épidémie; il est 
possible qu'elle soit responsable en partie des rava- 
ges de la variole au siècle dernier. 

La découverte de la vaccination est due à un mé- 
decin anglais, Jenner, qui était précisément chargé 
des variolisations dans son comté d'origine, le 
Glowcester-Shire. Avant lui, on avait remarqué que 
les vachers étaient réfractaires à la variole lorsque, 
accidentellement, ils s'étaient inoculé le pus des 
éruptions (cow-poj-) qui naissent sur les mamelles 
des vaches, car un cultivateur du même comté avait 
vacciné sa femme et ses deux fdles... « au risque 
d'être lapidé par ses voisins qui l'accusaient de vou- 
loir transformer les siens en bœufs et en vaches ». 
Jenner, malgré le péril qu'il pouvait courir, n'hésita 
pas à tenter les vaccinations, et pour la première 
luis. le l'i mai 1796, il prit du vaccin sur la main 
d'une jeune vachère et l'inocula au bras d'un enfant 
de huit ans. L'enfant eut une éruption de boutons 
aux points inoculés. Jenner pratiqua ensuite sur lui 
deux variolisations, avec le contenu de boutons de 
variole, et les deux variolisations échouèrent com- 
plètement : reniant était préservé. Jenner montra, 
'■il outre, que les boutons des individus vaccinés 
donnent un vaccin qui peut servir à de nouvelles 
vaccinations. 11 ne publia sa découverte que deux 
ans après, en 1798. L'enthousiasme qui suivit cette 
publication lui lit accorder parle Parlement anglais 
une récompense nationale de 2,000 livres sterling 
(un demi-million). 






LA VARIOLE. 



143 



Le duc de La Rochefoucault-Liancourt introduisit 
la vaccine en France à la suite de ces mémorables 
découvertes ; les autres pays apprirent aussi rapide- 
ment à connaître les recherches de Jeûner et à 
appliquer largement sa méthode : le résultat fut une 
diminution immédiate et considérable de la variole 
et de la mortalité due à cette maladie. 

L'enthousiasme fut grand au début, mais il fut 
suivi de diverses phases de réaction dues à l'appari- 
tion de nouvelles épidémies et à la mort de person- 
nes ayant été vaccinées. Actuellement, l'univers 
entier bénéficie des bienfaits de la vaccination et la 
variole tend de plus en plus à passer dans la caté- 
gorie des maladies définitivement supprimées. 

78. Revaccination. — Les mécomptes qui ont été 
attribués à la vaccination sont dus à cette croyance, 
malheureusement trop répandue, qu'une seule ino- 
culation assure pmir toujours l'immunité contre, 
la variole. C'est une erreur qu'il importe au plus 
haut point de détruire. Une vaccination ne préserve 
l'individu que pendant un temps limité, variant de 
sept à dix ans, et à partir duquel la préservation est 
illusoire. Au delà de ce temps, il est nécessaire de 
recourir à de nouvelles vaccinations, — à la revac- 
cination, — pour assurer l'organisme contre les 
atteintes de la variole ; aussi peut-on dire que si des 
personnes sont frappées par la variole alors qu'elles 
avaient été vaccinées, c'est que le vaccin avait fini à 
ce moment son œuvre de préservation. Les chiffres 
que nous donnons plus loin le démontrent avec la 
plus grande netteté. 



144 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



Actuellement, on conseille une première vaccina- 
tion dans les premiers mois de la naissance, une 
première revaccination vers l'âge de dix ou onze 
ans ; une deuxième est imposée à l'arrivée au régi- 
ment de tous les conscrits; une troisième et même 
une quatrième revaccination sont nécessaires vers 
l'âge de trente et quarante ans ; enfin, la revaccina- 
tion doit être générale en temps d'épidémie de 
.variole. 

79. Bienfaits de la vaccination. —On a vu quel 
nombre immense de victimes la variole occasionnait 
au siècle dernier, avant la découverte de la vacci- 
nation; il reste à préciser, à l'aide de quelques 
chiffres, l'importance desbienfaits de cette pratique : 
nous comparerons principalement ce qui se passe 
en Allemagne et en France. 

En Prusse, la vaccination est obligatoire dans 
l'armée depuis 1834; tout individu appelé sous les 
armes est vacciné ou revacciné. Voici les résultats 
de cette obligation : 



De 183.1 à lsl."i, on acompte en moyenne SOmorts par an dansTarmcc 
r>cl8J5àl852, i, s » „ 

De ks.vj à )«<;:!. » „ 1 B „ 

Del8G3à.l870, » „ » à :ï » » 



Pendant la guerre de 1870-71. 1,200,000 soldats 
allemands pénètrent en France où sévissait une 
épouvantable épidémie de variole ; ces soldats étaient 
vaccinés ou revaccinés : l'armée allemande perdit 
en tout :514 hommes, alors que l'armée française 
fournissait 23,469 'victimes à l'épidémie. 






LA VARIOLE. 



145 



Dans la population civile allemande, la vaccina- 
lion était jusqu'en 1875 laissée au gré de chacun, 
comme elle est encore libre en France; mais une 
loi promulguée en 1874 impose, à partir de 1875, 
l'obligation de la vaccination de tous les entants 
dans l'année de leur naissance et la revaccination à 
partir de l'âge de douze ans. Or, tandis que dans 
Berlin on comptait, sur 100.000 habitants., 160 qui 
étaient atteints par la variole, on n'en comptait 
presque plus à partir de l'application de la loi d'obli- 
gation, savoir : 

En 1880, 0,81 par 100,000 habitants; 
En 1881, 'i.Vi 
En 1882, 0,43 
En 1883, 0,33 

Passons en France maintenant et examinons 
d'abord la population militaire. On a vu que cette 
population fournissait 23,469 victimes à l'épidémie 
de 1870-71. La vaccination est obligatoire dans l'ar- 
mée, et elle est pratiquée avec le plus grand soin 
depuis 1875 : en voici les résultats : 

En 18X0, 73 décès par variole dans toute l'armée française ; 

En 1881, 41 

En ISS?. 42 — 

Kn ISS:;, lô 

Kn 1884, 15 

En ISS.",, c, _ 

En 1886, 16 — — 

En 1SX7, 18 

La population civile est à peu près libre, en 
France, au sujet de la vaccination : cependant, on 

10 



146 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



exige des certificats de vaccination pour l'entrée des 
enfants à l'école et pour les adultes dans certaines 
administrations ; en outre, on facilite autant que 
possible la vaccination et la revaccination par la 
création d'instituts vaccinaux (Lyon, Bordeaux, 
Montpellier, Saint-Etienne, etc.). 

Paris seul a fourni à la variole, par 100,000 habi- 
tants : 

En 1880, 108,91 victimes; 

En 1881, 49,48 — 

En 1882, 29,65 — 

En 1883, 30,04 — (environ 66 fois plus qu'à Berlin). 



En 1886, le nombre total des décès a été de 216 
sur une population de plus de deux millions d'habi- 
tants. 

Dans les villes où la vaccination est facilitée par 
les instituts vaccinaux, on a vu aussi diminuer la 
mortalité par variole dans des proportions considé- 
rables. A Lyon, avant la création de l'Institut vac- 
cinal, 158 personnes mouraient par variole dans une 
année: on a compté 9 décès seulement en 1887. A 
Bordeaux, 180 personnes mouraient par au avant 
la création de l'Institut vaccinal; il en est mort 48 
en 1887. . 

Les chiffres récemment communiqués à l'Acadé- 
mie de médecine par M. Brouardel indiquent que la 
variole cause annuellement la mort de 12,000 per- 
sonnes en France et de 110 seulement en Alle- 
magne. 

En résumé, partout où la vaccination et la revac- 



LA VARIOLE. 



14' 



cination sont obligatoires ou facilitées., la variole 
perd peu à peu de son empire. Elle devient si rare 
en yiemagne que les médecins allemands peuvent 
dire sans trop de forfanterie qu'Us ne peuvent plus 
voir un cas de variole chez eux. et que, pour l'étu- 
dier, ils sont obligés de venir à Taris. Elle est encore 
beaucoup trop fréquente eu France, où elle diminue 
cependant avec rapidité; il appartient à chacun de 
la supprimer totalement 1 . 

81). Procédés de vaccination. — La vaccination 
se fait suivant deux procédés, savoir : 1" la vaccina- 
tion jennérienne ou de bras à bras ; 2° la vaccina- 
tion animale 

1" Vaccination jennérienne. — La vaccination 
jennérienne consiste à prendre le vaccin dans les 
boutons d'un enfant vacciné et en pleine éruption 
et de l'inoculer sur d'autres enfants ou sur des 
adultes. Ce vaccin peut être recueilli aussi et con- 
servé dans de petits tubes fermés à leurs deux ex- 
trémités. On a accusé ce mode de vaccination d'avoir 
transmis des maladies contagieuses aux vaccinés; 
on a fait remarquer aussi qu'il ne peut pas, dans 
tous les cas et principalement aux temps d'épidé- 
mie, suffire à la vaccination d'un grand nombre 
d'individus: aussi est-il remplacé souvent parle 






1 Dans ses délibérations récentes, l'Académie de médecine a 
adopté le principe suivant posé par M. Brouardel : « La revacci- 
nation est obligatoire pour tous les jeunes gens appelés a former 
des agglomérations (étudiants, militaires, etc.) ». On va même jus- 
qu'à demander que la revacciuation soit rendue obligatoire par 
une loi pour tous les citoyens français. 



148 principes d'hygiène. 

procédé suivant auquel il est impossible d'adresser 
les mêmes reproches 1 . 

~ )0 Vaccination animale. — La vaccination ani- 
male consiste à prendre le vaccin directement chez 
les vaches atteintes naturellement de cow-pox et à 
l'inoculer artificiellement sur la peau préalablement 
rasée de jeunes génisses. En tous les points ino- 
culés apparaissent au bout de linéiques jours des 
boutons qui renferment un vaccin analogue à celui 
du cow-pox et qu'on peut transmettre à d'autres 
génisses, indéfiniment. L'inoculation du liquide de 
«•es boutons sur les bras des personnes constitue la 
vaccination animale. Les instituts vaccinaux, dont 
la création a été faite dans certaines grandes villes, 
ont précisément pour objet d'entretenir une série in- 
définie de veaux ou de génisses inoculés, de façon à 
permettre la vaccination d'un grand nombre d'indi- 
vidus et de répondre immédiatement aux besoins 
d'une localité ou d'une région dans le cas d'épidémie 
• le variole. 



i '>■ — Les maladies transmissibles non 
microbiennes. 

La gale : caractères généraux; contagion. 
Les teignes : caractères généraux ; teigne faveuse. teigne 
tonsurante, pelade. 

Les principales maladies contagieuses que nous 



1. Les vaccinatcurs émérites ont éneigiquement protesté à 
diverses reprises contre les imputations formulées à propos de fa 
vaccination jennérienne relativement à la transmission des mala- 
dies contagieuses. 



LA GALE. 



1 49 



avons à examiner dans ce groupe sont la gale et la 
teigne. 

LA GALE. 

81. Caractères généraux. — La gale est nue 
maladie de la peau, caractérisée par la présence, 
dans les parties atteintes, de petites vésicules, Iégè- 




Sarcopte de lj paît; vu par la fare supérieur) 
et considérablement grossi. 



rement élevées au-dessus du niveau de la surface 
cutanée et contenant un liquide d'apparence vis- 
queuse. (Test principalement dans les plis des arti- 
culations et entre les doigts que se trouvent ers 
vésicules. Cette maladie se manifeste par de vives 



150 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



démangeaisons qui obligent les individus atteints à 
se gratter constamment. 

La gale est une maladie parasitaire. Des vésicules 
partent de petits sillons qui pénètrent dans la peau 
sur une longueur de quelques millimètres à quel- 
ques centimètres: dans le fond de ces sillons on 
trouve de petits êtres qui, à l'œil, se présentent 
comme des points blancs et qui, au microscope, ont 
l'aspect dp petites tortues ayant environ un tiers de 
millimètre de longueur sur un quart de millimètre 
de largeur. Ces êtres sont les sarcoptes de la gale 
(Sarcoptus Scabiei) (flg. /S). Ils ont pénétré dans la 
peau aux points où se trouvent les vésicules dont 
nous avons parlé, et ils creusent peu à peu les gale- 
ries dans lesquelles ils sont logés, en écartant, avec 
leurs pinces (les chélicères), les cellules de la peau. 
82. Contagion. — Les sarcoptes de la gale sont 
(a seule cause de cette affection; ils ont été décou- 
verts en 1834 par un étudiant corse, Renucci, qui, 
surpris d'entendre un de ses maîtres croire à l'exis- 
tence de parasites sous la peau, affirma que dans 
son pays les femmes savaient extraire ces petits 
corps et en enleva plusieurs séance tenante. Ils 
appartiennent au groupe des Arachnides cl possè- 
dent, comme les araignées, quatre paires de pattes. 
Dans les galeries, on ne trouve que les femelles 
des sarcoptes et les nombreux oeufs qu'elles ont 
pondus. Les œufs éclosent à cette même place; les 
larves qui en proviennent font de petits trous pour 
arriver à la surface de la peau jusqu'au moment où 
elles auront à creuser à leur tour de nouvelles 



LES TEI&NES. 



151 



galeries pour la ponte des œufs. Les mâles passent 
toute leur vie à la surface de la peau, cachés sous 
les pellicules de l'épidémie ou dans de petites vési- 
cules dont ils déterminent la formation par 'leur 
contact. 

L'homme prend la gale avec les animaux qui vi- 
vent près de lui (chien, cheval, mouton, etc.). C'est 
une affection très contagieuse, car il suffit de tou- 
cher la main d'un galeux pour prendre quelques 
larves. La contagion est surtout facile entre enfants 
appelés à vivre côte à côte dans les classes. La gale 
ne présente heureusement aucun danger sérieux ; 
des soins rigoureux de propieté et quelques bains 
sulfureux en ont facilement raison. 

La prophylaxie consiste dans la propreté, corpo- 
relle, sur laquelle les maîtres doivent toujours se 
montrer très exigeants, et dans l'isolement des 
galeux. 

LES TEIGNES. 



S:!. Caractères généraux. — Les teignes sont 
des maladies du cuir chevelu. Elles sont dues au 
développement de parasites végétaux, comparables 
aux moisissures, qui s'attaquent aux cheveux, en- 
trent jusqu'à leur racine qu'ils détruisent, empêchant 
ainsi les cheveux de repousser presque toujours. 
Elles sont très contagieuses et « il semble, dit le 
D r Lailler, que c'est par les coiffures, par l'usage 
commun des peignes et des brosses que Les teignes 
se transmettent dans les écoles et les familles. Ce 



152 



PRINCIPES d'hYCIKNE. 






qui porte encore plus à le croire, c'est qu'elles sont 
beaucoup plus fréquentes chez les garçons, qui sont 
plus turbulents que les filles, qui mettent souvent 
les coiffures les uns des autres, qui sont moins 
soigneux ». 

Ces maladies doivent être scrupuleusement sur- 
veillées, et l'on ne saurait trop recommander aux 

maîtres et aux parents les précautions suivantes : 

• Tenirles cheveuxeourts chez les garçons tout le 
temj>s de leurs ('■tudes et même chez les tilles jus. 
qu'à l'âge de sept à huit ans ; en l'aire fréquemment 
inspection. 

Dans les écoles OÙ il y a des internes, chacun 

doit avoir sa brosse, son peigne et sa brosse à pei- 

B I 1 " doit être toujours lies propre. Tout enfant 

infecté de teigne doit aussitôt être soumis à l'examen 

du médecin. 

■ Le teigneux est écarté de l'école jusqu'à guéri- 
son complète, et ne doit être réadmis que sur un 
certificat du médecin attestant cette parfaite guéri- 
on ». I !>' Laitier.) 

84. Les trois sortes de teignes. — Il faut distin- 
guer Imis sortes de teignes dont les caractères sont 
très nettement exposés par le même auteur, savoir: 

l" La teigne laveuse; 

•J" Li teigne tonsurante; 

'■'>" La pelade. 

l« Teigne faneuse. — La teigne faveuse peut être 

limitée à certaines régions ou s'étendre à toute ia 
Burfac i de la têt,.. 

« Dans cette maladie, les cheveux deviennent 



LES TEIGNES. 



153 



ternes , comme poudrés: ils sont plus clairsemés 
« Elle est constituée par de petites croûtes d'un 
jaune clair, en godet, à bords relevés, qui peuvent 
se réunir et s'étendre sur toute la tête: il n'y a pas 
de suintement; leur surface est sèche, comme pous- 
siéreuse, on dirait une éclaboussure de plâtre- il y 
a des démangeaisons : la tète exhale une odeur toute 
particulière, que l'on a comparée à celle de la souris 
M on tait tomber les croûtes avec un peu d'huile ou 
un cataplasme, on trouve au-dessous la peau rouge 
luisante et dépourvue de cheveux. 

« Si la maladie a duré longtemps, les cheveux ne 
■■"poussent plus et la tète présente des surfaces pour 
toujours dépourvues de cheveux. 

« 2° Teigne tonsurante. - Elle est très conta- 
gieuse, caractérisée par des plaques rondes siégeant 
sur la tête. ,solées ou réunies par groupes ; leur sur- 
ace est grisâtre, sèche et recouverte de pellicules- 
les cheveux sont cassés ras. d'où le nom de tonsu- 
rante, parce que la place malade, ressemble un peu 
a la tonsure des ecclésiastiques. - Il y a des déman- 
geaisons; la maladie se développe lentement, sour- 
noisement; en même temps, on voit quelquefois 
sur la peau, dans le voisinage de la tête, au cou, au 
»'°nr< a la figure, plus rarement su,' d'autres parties 
du corps, des plaques rosées où la surlace de la peau 

est tanneuse et qui s'étendent par leurs bords; leur 
grandeur varie depuis celle d'une pièce de cinquante 
^ntimes jusqu'à celle d'une pièce de deux francs et 
Plu-- A la tête, les plaques sont plus faciles à cons- 
tater chez les bruns que chez les blonds. 



Cl: l 



H '' Î 



Ï3 



154 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

« Les personnes qui prennent soin des enfants 
atteints de cette maladie ne la gagnent pas à la tête, 
mais quelquefois aux bras et aux mains. Dans une 
famille où il y a plusieurs enfants, l'un peut l'avoir 
à la tête, un autre à la figure seulement ou ailleurs. 
— dans ce dernier cas elle n'est pas grave ; — mais 
il est plus habituel que tous soient atteints à la tète. 
« Cette affection est longue, difficile à guérir; elle 
peut durer des années ; elle est de beaucoup la plus 
commune des teignes, et il est certains établisse- 
ments d'éducation qui ne peuvent s'en débarrasser. 
« Heureusement, elle guérit presque toujours 
sans laisser de traces et les cheveux repoussent 
aussi vigoureusement qu'auparavant. 

« 3° La pelade. —La pelade est caractérisée par 
des plaies arrondies sans croûtes ni écailles, où les 
cheveux maigres, ternes, tombent avec la racine à 
la moindre traction et laissent une surface nette. 
La peau où les cheveux sont tombés est habituelle- 
ment lisse et brillante, on l'a comparée à la surface 
de l'ivoire ; on dirait que la place atteinte a été pelée, 
d'où le nom de pelade. — Il n'y a souvent que deux 
ou trois plaques, qui peuvent s'étendre et, en se 
réunissant, dénuder de larges surfaces. 

« Cette maladie est moins longue que la précé- 
dente, mais elle a peut-être des conséquences plus 
sérieuses : 

« 1° Elle peut se reproduire au bout d'une ou 
plusieurs années de guérison: 

« 2° Il n'est pas rare qu'elle laisse des traces in- 
délébiles de son passage, et que, sur une ou plu- 



LES TEIGNES. 



155 



sieurs places, les cheveu \- no ™ 

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*-uc„»p de médecins, et des p s c mpeïe™* 
Pensent q „. 8lIe M se c mmnnf<m, " ' ; I" 

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Désinfection. - Isolement, 
corporelle. 



Propreté 



£l C f t,0n f SmicTObes P ar ^ chaleur. 

;:: ^ 8 mic - bcs P« '« fumigation, penses 

Propreté corporelle. 



■ 



■ 







^ 



156 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

•lies. Il résulte de cette constatation, non seulement 
que les épidémies s'éteignent d'elles-mêmes après 
avoir fait rage, mais encore que les chances de 
contamination paraissent en raison inverse de 
l'augmentation du nombre des agents de conta- 
mination. 

Cette contradiction n'est qu'apparente et on l'ex- 
plique par divers faits. Il est à remarquer tout 
d'abord que, parmi les individus, quelques-uns 
présentent des prédispositions naturelles au déve- 
loppement des agents de contagion - ce sont les 
premiers frappés — tandis que les autres résistent 
énergiquement à ces mêmes agents, dont le do- 
maine est par suite de plus en plus restreint; puis. 
les milieux qui entourent l'homme font leur œu- 
vre : l'air, l'oxygène, Veau, la lumière même ont 
une action lente mais certaine sur les microbes, 
qu'ils atténuent d'abord et détruisent ensuite. 

Mais les épidémies s'éteignent bien plus vite et 
le nombre des victimes qu'elles peuvent frapper est 
bien moins considérable lorsque, à l'action de ces 
agents naturels, on ajoute l'action des agents arti- 
ficiels ou agents désinfectants. Cette action doit 
elle-même être complétée par l'isolement des mala- 
des et par les soins de propreté corporelle des indi- 
vidus. 

Ce sont précisément ces moyens de combattre les 
épidémies qu'il nous reste à étudier, comme cons- 
tituant une application pratique des notions qui 
précèdent relatives aux maladies contagieuses. 



DESINFECTION. 



157 



DESINFECTION. 

La désinfection peutôtre produite : 
1" Par la chaleur ; 
2° Par les fumigations gazeuses: 
3° Par les liquides antiseptiques. 



84. Destruction des microbes par la chaleur. 

— L'action de la chaleur est toute-puissante sur les 
microbes: elle est basée sur ce fait, de constatation 
courante, que tout organisme vivant se développe 
le mieux à une certaine température et que si cette 
température augmente ou diminue, elle atteint, dans 
les deux cas. un degré à partir duquel la vie n'est 
plus possible. Ainsi, les grands froids comme les 
grandes chaleurs sont mortels pour la plupart des 
êtres vivants. 

L'influence des températures basses sur les mi- 
crobes ou sur leurs germes (spores, etc.}. paraît 
nulle dans les limites qui ont pu être atteintes, ainsi 
qu'il résulte des expériences suivantes imaginées 
par M. Arloing et réalisées à Genève, en 1884, par 
MM. R. Pictet et E. Yung. Des échantillons de deux 
microbes (Baci/lus anthracis, Bacterium Cliauveit 
furent soumis : 

1° Pendant vingt-quatre heures, à un froid de 

— 70°, produit avec de l'acide sulfureux liquide ; 

2° Pendant quatre-vingt-quatre heures, à un froid 
de — 70° à 76°, produit avec de l'acide carbonique 
solide, à la pression ordinaire; 



■' 



!58 PRINCIPES d'hygiène. ' 

3° Pendant vingt heures, à un froid de — 120» à 
130°, produit avec de l'acide carbonique solide et 
une certaine dépression. 

M. Arloing constata, après ces réfrigérations 
excessives, que la végétabilité et la force de ces 
deux microbes étaient encore parfaitement conser- 
vées. 

L'influence des températures élevées est très 
grande, en revanche : les microbes ne résistent pas 
à une température supérieure à 100°; leurs spores 
ne sont cependant tuées qu'entre 110 et 125°. Il faut 
remarquer toutefois que les microbes ou leurs 
germes à l'état sec présentent une résistance bien 
plus grande qu'à l'état frais, non desséchés; ainsi, 
dans les laboratoires, on stérilise les bouillons de 
culture à 100 ou 115° et les objets en verre à des 
températures supérieures à 200°. 

L'application de ces données ne peut évidemment 
être uniforme pour tous les cas où l'emploi de la 
chaleur est conseillé au point de vue de la destruc- 
tion des microbes (crachoirs, vêtements, lits, meu- 
bles, etc.). 

Pour stériliser les crachoirs, au préalable garnis 
de sciure de bois, on brûle leur contenu au feu et on 
les nettoie ensuite dans l'eau bouillante, ou mieux 
encore on les immerge en bloc dans l'eau chauffée 
à une température supérieure à celle de l'ébullition, 
ce qui assure la stérilisation des crachats qui ont 
pu se dessécher. 

Pour la stérilisation des linges, des vêtements, etc. , . 
souillés par les malades, la meilleure méthode se- 



DÉSINFECTION. 



159 



rait de les brûler ; à défaut de ce procédé héroïque, 
il faut avoir recours aux étuves à désinfection, dans 
lesquelles circulent des courants de vapeur sur- 
chauffée, sans pression ou avec pression. Les étuves 
à vapeur humide sous pression surtout permettent 
d'obtenir en quinze minutes et dans tous les points 
des objets soumis à la désinfection une température 
de 110° suffisante pour détruire tous les microbes et 
leurs germes, sans avoir détérioré ces objets. Voici 
la description des machines de ce genre construites 
par MM. Geneste, Herscher et C ie . 

Le générateur de la vapeur est distinct de l'étuve, 
ce qui permet aux établissements pourvus de ma- 
chines à vapeur de faire une prise de vapeur sur la 
chaudière et de l'amener par les tubes adducteurs 
de l'étuve. Celle-ci consiste essentiellement en un 
grand cylindre métallique pourvu d'une porte d'en- 
trée et d'une porte de sortie. Les objets à désinfec- 
ter se placent sur un chariot mobile ; en avant el en 
arrière de l'étuve une voie ferrée permet d'amener 
le chariot pour le chargement ou pour le décharge- 
ment. 

MM. Geneste et Herscher ont construit divers mo- 
dèles d'appareils à désinfection parmi lesquels nous 
citerons Yétuve fixe {fuj. 19) et l'étuve locomobile 
ifig. 20). 

Voici les principes sur lesquels repose la désin- 
fection à l'aide de ces étuves : (D r Richard). Le gé- 
nérateur de vapeur est relié à l'étuve par deux 
tuyaux à robinet. Le premier de ces tuyaux amène 
la vapeur dans l'intérieur de l'étuve ; le second la 



1*>0 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

conduit dans deux batteries chauffantes dont le rôle 
est important et qui sont formées chacune d'une 
rangée de tubes de fer de petit diamètre. La batte- 
rie supérieure est pour ainsi dire accolée au plafond 
du cylindre ; la batterie inférieure garnit le vide 
laissé en contre-bas du chariot. Un tuyau de déga- 
gement à robinet fait communiquer le bas de l'é- 
tuve avec l'extérieur. 

Le fonctionnement de ces appareils est le sui- 
vant : on porte d'abord les batteries à une tempé- 




Fio. 111. — Elnvc fixe à vapeur hnmide sous pression (Cencsle et Herscher). 

rature de 133° pour chauffer l'intérieur de l'étuve et 
on les maintient à cette température pendant toute 
l'opération. Cette température est indiquée par un 
manomètre adapté aux batteries et qui marque 2 k ei/ 2 
pour 133°. Puis on introduit le chariot chargé et l'on 
ferme. On dégage alors de la vapeur dans l'intérieur 
de l'étuve et on ouvre le tuyau de dégagement pour 
l'évacuation de l'air intérieur. Cet air est entière- 
ment évacué lorsque le jet de vapeur forme brouil- 
lard à la sortie. A ce moment, on ferme le robinet 



DESINFECTION. 



161 



de dégagement et l'on maintient de 108 à 115° pen- 
dant environ dix minutes. La désinfection est ter- 
minée ; la vapeur échappée, on entre-Mille les 
portes pour laisser pénétrer l'air qui sèche les objets 
dans vingt minutes environ. 

Les étuves à vapeur humide sous pression de 
Geneste et Herscher sont les plus parfaits de tous 
les instruments de désinfection, mais elles ne peu- 




Fic. 20.— Etuve locomobile Ju système Geneste cl Herscher. 



vent, en raison de leur prix de revient et de leur 
dépense de fonctionnement, être acquises que par 
les stations publiques de désinfection, les hôpitaux, 
les lazarets, etc. Il était toutefois utile de connaître 
les services que rendent ces étuves. 

Les microbes peuvent, ainsi qu'on le sait, s'être 
fixés sur le parquet, le mur, les meubles des appar- 
tements, ou être tenus en suspension dans l'air; 
dans ces cas la chaleur ne peut guère les atteindre. 

11 



162 



l'niNCIPKS I) HYGIENE. 




Cependant, M. Redard conseille un jet de vapeur 
pour la désinfection des wagons à bestiaux, pra- 
tique qui est susceptible d'être employée aussi pour 
la désinfection des cabines, des entreponts des navi- 
res, etc. Dans tous les autres cas, il faut recourir 
aux désinfectants proprement dits. 

SU. Destruction des microbes par les fumi- 
gations gazeuses. — La destruction des micro- 
bes par 1rs fumigations gazeuses ne parait pas 
répondre aux espérances qu'on en avait conçues. 
Le seul gaz qui puisse être employé sans danger est 
l'acide sulfureux, dont l'usage a été condamné par le 
Congrès international d'hygiène tenu à Vienne en 
18S7. On a reconnu, en effet, que les fumigations, 
d'acide sulfureux ne suffisent pas pour la désinfec- 
tion complète des étoiles, des tentures, qu'elles ne 
stérilisent guère qu'à la surface. Mais l'emploi de 
cet agent est si simple et si peu coûteux qu'on doit 
en conseiller l'usage toutes les fois qu'on n'a pas à 
sa disposition de meilleurs procédés ; à défaut de 
ceux-ci, il peut rendre de réels services, toutefois 
imparfaits. 

On obtient l'acide sulfureux en brûlant de la 
fleur de soufre ; il faut compter 30 grammes de sou- 
fre par mètre cube d'espace à désinfecter. Après 
avoir réuni dans une même pièce fermée les objets 
à désinfecter, on bouche avec soin toutes les ouver- 
tures de la pièce en collant des bandes de papier 
sur les fissures des portes et des fenêtres ; on arrose 
d'eau le plancher ou bien on remplit la pièce de 
vapeur d'eau en faisant bouillir pendant une demi- 



DESINFECTION. 



163 



heure de l'eau sur un réchaud. Le soufre étant 
placé dans des vases peu profonds de fer ou de terre, 
on l'allume après l'avoir arrosé d'alcool, et l'on se 
retire en fermant les portes et en collant des bandes 
sur leurs joints. La désinfection est terminée dans 
quatre heures, mais la chambre n'est ouverte pour 
plus de sûreté que dans vingt-quatre heures. Toute 
cause d'incendie est évitée en plaçant les vases 
contenant le soufre dans des vases plus grands 
contenant dans leur fond une couche de quelques 
centimètres d'eau. 

87. Destruction des microbes par les liquides 
antiseptiques. — La liste est longue des liquides 
antiseptiques conseillés par les médecins et par 
les hygiénistes, et reconnus comme ayant donné de 
bons résultats ; mais il faut se résigner actuelle- 
ment à n'employer que ceux dont les effets ont été 
le mieux constatés et sur lesquels on est en droit 
de compter. 

Le bichlorure de mercure ou sublimé corrosif 
paraît le roi des antiseptiques ; on l'emploie en 
solution à 1 pour 1000 et même à Va et 1 / 4 pour 1000. 

Avec le sulfate de cuivre on prépare deux bon- 
nes solutions : la solution forte à 5 % et la solution 
faible à 2 Va %■ 

Il en est de même de Yacide phéniquc, qui a été 
très recommandé jusqu'en ces dernières années, 
avec lequel on fait une solution forte à 5 % et une 
solution faible à 2 Va %• 

Le lait de chaux est très recommandé actuelle- 
ment et il aurait surtout de merveilleux effets sur 




164 



PRINCIPES d'hygiknk. 



le microbe de t la ûèvre typhoïde. Sa préparation est 
facile el d'un prix infime. On prend de la chaux de 
bonne qualité et on l'arrose avec la moitié de son 
poids d'eau; la chaux se délite en absorbant 
&O0 grammes d'eau par kilogramme. Quand la déM- 
fescence esl achevée, on met la poudre dans un 
vase bien bouché gui esl placé dans un endroit sec. 
Pour avoir le luit de Chaux, qu'il faut autant que 
possible préparer fraîchement, il suffira d'ajouter à la 
pou. hv environ 1,. double de son volume d'eau. 

On recommande aussi le crésyl, sorte de liquide 
sirupeux obtenu en traitant les huiles créosotées de 
la houille. Le crésyl n'est pas Boluble dans Tenu, 
mais il s'y émulsionne instantanément. Les émul- 
sions sont préparées à 2 ou 8 de crésyl pour loi» 
d'eau: dans ces proportions elles ont l'aspecl du lait. 

Les agents désinfectants les plus couramment 
employés sont le sublimé et l'acide phénique. Le 
sublimé a sur l'acide phénique des avantages consi- 
dérables : 

i" Le sublimé se conserve pour ainsi dire indéfi- 
niment, tandis que l'acide phénique B'altère avec le 
temps : 

'-'" Le litre d'une solution de sublimé à 1 pour 
l.nuii. revient à u fr. 007, tandis que le litre d'acide 
à f> °/o revient à plus de il fr. 30 e. ; 

3° L'acide phénique a une odeur pénétrante, tan- 
dis ([lie le sublimé est inodore. 

Au l'esté, tous les agents désinfectants ont l'in- 
convénient commun d'être des poisons redoutables; 
il faut toujours préparer leurs solutions dans des 



DÉSINFECTION. 



165 



flacons de verre blanc portant en gros caractères le 
mot : « Poison. » 

88. Mode d'emploi des liquides désinfectants. 
— Quand on a fait le choix des liquides désinfec- 
tants — le sublimé et l'acide phénique suffisent pour 




Fig. 21. — Projecteur Loriot. 



la plupart des cas — il faut rechercher les moyens 
les plus pratiques de les employer efficacement. 

Nous ne pouvons indiquer ici que des principes 
généraux qui, à la vérité, sont susceptibles d'être 
largement appliqués. 

1° Vêtements, objets de literie. Les vêtements et 
les objets de literie doivent être maintenus pendant 
quarante-huit heures dans une solution forte de su- 



■ ■ 



166 principes d'hygiène. 

blimé ou d'acide phénique. Les matelas, les oreil- 
lers, les édredons, etc., sont aspergés avec un pro- 
jecteur (fig. 21) jusqu'à ce que l'enveloppe soit 
bien mouillée, puis on les défait, on brûle le crin 
végétal et le varech et on immerge pendant qua- 
rante-huit heures la plume et la laine dans une solu- 
tion désinfectante. 

2° Déjections, crachats, etc. Les déjections, de 
quelque nature qu'elles soient, seront reçues dans 
un réservoir et plongées aussitôt pendant six heures 
dans une solution forte. 

3° Locaux. La désinfection des locaux présente 
de nombreuses exigences, car non seulement les 
germes adhèrent fortement aux murs, au plafond, 
au plancher, sur les meubles, mais encore ils flot- 
tent dans l'air où ils se maintiennent grâce à leur 
légèreté. 

Avant de procéder à la désinfection, il faut laisser 
le local absolument fermé au moins deux ou trois 
heures pour que les germes puissent se poser sur 
le mobilier, sur les murs ou sur le plancher. Après 
cela, on pénètre dans les pièces en agitant l'air le 
moins possible et on humecte immédiatement toutes 
les surfaces. Le sublimé, en solution forte, a été 
reconnu comme le meilleur agent de désinfection 
pour les locaux, excepté dans les cas de pièces 
habitées par des tuberculeux qui sont désinfectées 
plus sûrement par l'acide phénique en solution 
forte. 

Il convient . d'employer les solutions désinfec- 
tantes à une température de 40 à 50°, car il a été 



ISOLEMENT. 



167 



démontré qu'elles agissent plus activement qu'a la 
température ordinaire. 

On commence par mouiller le plancher, puis, avec 
la même solution, on humecte les meubles, les 
murs, le plafond, les portes et fenêtres. L'opération 
est longue, quelque facilitée qu'elle puisse être par 
l'emploi des projecteurs ou des pulvérisateurs, mais 
il est indispensable qu'elle soit faite complètement 
et avec le plus grand soin. 

Pour résumer ce qui est relatif à la désinfection, 
il suffit de rappeler les moyens que nous avons pas- 
sés en revue, savoir : 

1° L'incinération pour tous les objets de peu de 
valeur; 

2° L'ébullition dans l'eau pendant au moins une 

heure ; 

3° La vapeur humide sous pression (étuves) vers 
115° pendant quinze minutes ; 

4° La solution aqueuse de bichlorure de mercure 
ù 1 pour 1,000 (.forte), ou à 1/2 pour 1,00(1 (faible); 

5° La solution aqueuse d'acide phénique à 5 p. 100 
(forte), ou à 2 1/2 p. 100 (faible). 

G" Le lait de chaux (20 p. 100); le sulfate de cui- 
vre (5 p, 100 ou 2 1/2 p. 100), le crésyl en émulsion 
(de 5 à 10 p. 100). 

ISOLEMENT. 



L'isolement des malades atteints de maladies 
transmissibles est une excellente mesure , qu'il 
concerne un individu ou un groupe d'individus ; 



168 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 




s'il est combiné avec les principes de désinfection 
que nous avons indiqués, il a pour résultat presque 
Certain de restreindre la maladie aux personnes 
directement atteintes. Par l'isolement, il faut en- 
tendre le maintien des malades dans une môme 
pièce pendant toute la durée de la maladie et l'accès 
auprès d'eux des seules personnes appelées à leur 
donner les soins. 

La durée de l'isolement varie avec la nature de la 
maladie transmissible. On compte généralement cin- 
quante jours pour la diphtérie, quarante pour la 
scarlatine et la variole, vingt-cinq pour la rougeole 
et les oreillons. 

En outre, des mesures prophylactiques doivent 
être appliquées scrupuleusement vis-à-vis des 
malades et de la pièce qu'ils habitent, des personnes 
qui les soignent, et cela jusqu'à la guérison com- 
plète. 

La pièce habitée ne gardera que les meubles et 
les effets indispensables ; tout le reste sera enlevé 
dès le début et soumis à la désinfection. Elle sera 
aérée plusieurs fois par jour et il est bon de placer 
le lit au milieu. Au moment de reprendre la vie 
commune, les malades devront être très propres de 
corps (bains) et de vêtements (désinfection). 

Les personnes qui les soignent ne doivent prendre 
aucune nourriture solide ou liquide dans la pièce 
habitée. Au moment des repas, il est indispensable 
qu'elles procèdent à une toilette complète de la 
figure, de la bouche et des mains avec une solution 
désinfectante. 



PROPRETÉ CORPORELLE. 



169 




PROPRETÉ CORPORELLE. 



La malpropreté, sors quelque l'orme qu'elle se 
Manifeste, est un des éléments les plus favorables, 
au développement des maladies contagieuses. 11 est 
malheureusement impossible de changer d'un jour 
à l'autre ou même dans un intervalle de temps 
assez considérable les diverses conditions qui ren- 
dent les localités et les habitations malpropres et, 
par conséquent, insalubres. Il n'en est pas de même 
de l'individu qui, trouvant toujours de l'eau à sa 
disposition, n'a d'autre excuse que la paresse ou l'i- 
gnorance dans le maintien d'un état de malpro- 
prêté des différentes parties de son corps. 

Les enfants éprouvent généralement une répu- 
gnance très grande pour l'usage de l'eau et surtout 
de l'eau froide; aussi, si leur toilette n'est pas 
l'objet d'une surveillance constante de la part des 
parents, ils la réduisent au minimum possible et se 
contentent de mouiller dans l'eau les mains et la 
ligure. Les habitudes de l'enfance présentent sou- 
vent une persistance singulière que la raison ne 
parvient pas toujours à vaincre. 11 appartient aux 
parents de donner aux enfants d'excellentes habitu- 
des ; il appartient aussi aux maîtres de corriger les 
vices que les parents laissent se développer. Lien 
n'est plus facile pour les uns et pour les autres que 
d'exiger chaque jour une toilette complète qui 
assure à la peau l'intégrité complète des fonctions 
qu'elle remplit. 






170 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



La propreté corporelle ne comporte d'exceptions 
pour aucune partie du corps, mais elle exige avant 
tout les soins de toilette pour la tête, le cou et les 
mains. La meilleure toilette se fait à l'eau froide et 
au savon; l'emploi de l'eau légèrement tiédie peut 
être exceptionnellement fait pendant les froids 
rigoureux de l'hiver. Le visage, les oreilles, le cou. 
la partie supérieure du corps et les mains doivent 
être chaque matin soigneusement lavés à grande 
eau et frottés au savon. Il est indispensable de laver 
les mains plusieurs fois par jour, car ce sont les 
parties du corps les plus exposées à la malpropreté. 
On a vu que le cuir chevelu peut être attaqué par 
les teignes d'une façon très grave, et l'on sait bien 
que les cheveux donnent asile à des parasites d'une 
autre nature dont la présence est fort incommode. 
Le D' Lailler indique à ce sujet d'excellentes mesu- 
res qu'on ne saurait trop conseiller de suivre avec 
soin : . Presque chaque jour les parents, une fois au 
moins par semaine les maîtres ou les maîtresses, 
doivent faire l'inspection de la tète des enfants. 

« Pour les garçons, un seul coup d'œil suffit. Ils 
ont habituellement les cheveux courts, et en les re- 
levant avec le pouce qu'on fait glisser dans le sens- 
opposé h celui de leur inclinaison, on arrive à cons- 
tater rapidement l'état de la peau de la tète. 

« Pour les filles, qui ont les cheveux longs habi- 
tuellement, il faut en relever la masse sur la tête, de 
façon à examiner la nuque, qui est le siège de pré- 
dilection des poux, qui y trouvent un abri sûr; puis, 
avec une tige-mousse quelconque, l'extrémité arron- 



PROPRETÉ CORPORELLE. 



171 



die d'une épingle par exemple, il faut faire une raie 
de place en place pour voir si la peau est bien nette. 
Elle doit être d'un gris ardoisé chez les sujets bruns, 
pâle et légèrement rosée chez les sujets châtains ou 
blonds. 

« Souvent il y a des pellicules chez les enfants 
mal soignés, surtout sur le haut de la tête ; quelque- 
fois des écorchures et des petites croûtes derrière 
les oreilles, à leur point d'attache à la peau du crâne. 
Des soins de propreté, des lavages à l'eau tiède, 
après lesquels on essuie la peau avec soin, suffisent 
souvent à faire disparaître ces pellicules. Elles sont 
entretenues souvent par l'existence de poux. Ceux-ci, 
cachés à la racine des cheveux, peuvent échapper à 
un examen superficiel. L'existence de leurs œufs, 
connus sous le nom de lentes, est plus facile à cons- 
tater. Ce sont de petits points gris du volume d'une 
très petite tête d'épingle, qui adhèrent au cheveu, 
sur lequel ils sont fixés très solidement par un petit 
anneau, ce qui les distingue des simples pellicules, 
qui se détachent au moindre contact de la main, 
d'une brosse ou d'un peigne. Il importe de surveiller 
et de faire soigner les enfants qui ont des poux si 
on veut éviter que leurs camarades en soient rapi- 
dement infectés. 

« Des soins de propreté, l'usage habituel du pei- 
gne et de la brosse suffisent pour les préserver. 

« L'emploi d'une poudre insecticide, quelques 
applications d'eau vinaigrée ou d'eau sédative 
étendue, si les enfants n'ont pas de plaie, suffiront 
pour les débarrasser. Ces soins doivent être conti- 



, 5 






I 



I 






'■*.. 



172 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



nués encore un certain temps après qu'on ne retrou- 
vera plus de poux, jusqu'à ce qu'on soit bien sur que 
les œufs, qu'on ne peut détacher qu'avec la plus 
grande difficulté, ne peuvent plus produire une nou- 
velle génération. » 

La bouche doit aussi être l'objet de soins spé- 
ciaux, non seulement a cause de sa muqueuse qui 
est la porte d'entrée d'infections 'redoutables, mais 
aussi à cause des dents qui sont d'autant plus expo- 
sées à se gâter qu'elles sont tenues dans un état plus 
grand de malpropreté. Il faut nettoyer la bouche 
avec l'eau froide ou l'eau tiède matin et soir et sur- 
tout après les repas, qui laissent au contact des dents 
des particules alimentaires qui ne tardent pas à se 
putréfier. Les frictions sur les dents avec une brosse 
douce trempée dans l'eau froide ou tiède sont le 
complément indispensable pour la propreté de la 
bouche. 

Ce n'est pas beaucoup exiger que de demander 
une fois par semaine un bain tiède pour les pieds 
qui se salissent très vite en raison des nombreuses 
glandes sudoripares qu'ils portent; cette exigence 
n'a rien d'excessif et sa réalisation régulière n'au- 
rait même pas pour effet de maintenir ces organes 
dans un état satisfaisant de propreté. 

La propreté corporelle des diverses parties du corps 
que nous venons de signaler étant supposée obtenue, 
ilrfaut encore se préoccuper des autres parties cachées 
sous les vêtements et moins exposées aux diverses 
causes de malpropreté. Les bains tièdes, portés à 
une température de 30 à 32°, sont éminemment pro- 






PROPRETE CORPORELLE. 



173 



près à débarrasser le corps des produits de sécrétion 
qui le recouvrent, et on ne saurait trop en recom- 
mander l'usage, au moins une fois par mois, pen- 
dant l'hiver. Pendant l'été, les bains de rivière ren- 
dent les mêmes services ; ils constituent, en outre, 
un excellent exercice hygiénique. 

En résumé, l'eau est aussi nécessaire à la peau 
que l'air aux poumons, et il faut constamment 
maintenir la peau dans le plus grand état de pro- 
preté ; il suffit, pour obtenir ce résultat, d'un peu de 
bonne volonté. La Rochefoucauld a dit que « la 
propreté est au corps ce que l'amabilité est à 
l'âme; » on ne saurait trop recommander d'entre- 
tenir l'une et l'autre de ces deux grandes qualités. 




LA MAISON SALUBRE 



Aération des appartements. 
Chauffage des pièces. 
Eloignement des immondices. 



L'étude des conditions que doivent remplir les 
habitations pour être salubres, c'est-à-dire saines, est 
une des questions les plus complexes de l'hygiène, 
car elle comprend non seulement l'examen des cau- 
ses multiples qui peuvent atteindre la santé de 
l'homme, mais encore la recherche rigoureuse des 
moyens pratiques les plus propres à maintenir 
l'homme dans un milieu tel qu'il soit garanti contre 
les atteintes des divers agents qui menacent sa 
santé. Cette question est aussi bien difficile à résou- 
dre complètement : la construction des maisons 
dépend de tant de circonstances diverses qu'il est 
impossible d'établir des formules générales, des 
règles fixes, qui passeraient à l'état de lettre morte 
dans le plus grand nombre des cas; la maison abso- 
lument salubre, telle que la conçoivent les hygié- 
nistes, n'a certainement pas été construite encore. 

Mais ces difficultés ne doivent pas empêcher 
l'étude de quelques mesures hygiéniques d'applica- 
tion générale et qui peuvent au moins améliorer la 
plupart des habitations, si elles ne réalisent pas 
l'idéal de l'hygiéniste. Nous allons passer en revue 
ces mesures, en insistant spécialement sur l'aéra- 



TB ■■■■ 



LA MAISON SALUBRE. 



175 



tion des maisons, le chauffage des appartements et 
l'évacuation des immondices et des matières dont il 
importe le pins de se débarrasser promptement. 

89. Aération des appartements. — On a vu, 
dans une autre partie de cet ouvrage, combien il est 
utile de renouveler l'air dans les locaux habités. 
Ouvrir aussi souvent que possible les portes et les 
fenêtres est le moyen le plus simple de l'aire entrer 
de l'air pur dans les habitations. Mais ce moyen 
peut offrir des inconvénients, surtout pendant les 
froids de l'hiver, et, en outre, il n'est pas pratique à 
cette même époque où il faut précisément lutter con- 
tre les rigueurs de la température. Aussi le pro- 
blème général qui se pose au sujet de l'aération des 
appartements ou des pièces habitées est le suivant : 
introduire dans la plus large mesure l'air extérieur, 
toujours plus pur que l'air intérieur, tout en conser- 
vant dans les locaux la température qu'on cherche à 
obtenir. 

Examinons à ce sujet ce qu'enseigne la théorie 
et ce qui peut être réalisé par la pratique. 

La théorie enseigne tout d'abord qu'il faut res- 
pirer de l'air frais. Lavoisier a, en effet, montré 
qu'à 26°25 l'homme consomme onze parties d'oxy- 
gène, tandis qu'à 12°5 il en consomme douze par- 
ties , ce qui revient à dire que, sous un même vo- 
lume , l'air froid renferme plus d'oxygène que l'air 
chaud; c'est là, au reste, un principe absolument 
conforme aux données de la physique. — D'un 
autre côté, si l'on examine ce qui se passe lorsque 
l'homme respire en plein air, on observe que l'at- 



176 



PRINCIPES D HYGIENE. 



mosphère se renouvelle incessamment autour de 
lui , car sa température propre, la température des 
gaz qu'il dégage pendant la respiration, etc., déter- 
minent un courant ascendant, et ce courant emporte 
aussitôt qu'ils sont produits les gaz de la respira- 
tion, acide carbonique et vapeur d'eau. 

En résumé, l'aération, au point de vue théorique, 
demande l'entrée incessante d'air frais et l'expul- 
sion totale et immédiate des gaz de la respiration. 

Dans la pratique, on a cherché autant que possi- 
ble à réaliser ces deux conditions d'une aération 
parfaite, et l'on a tour à tour appliqué et rejeté les 
systèmes les plus variés qui présentent à la fois des 
avantages et des inconvénients, et qui valent cepen- 
dant beaucoup mieux que l'absence de tout procédé 
de ventilation. Les vasistas placés à la partie supé- 
rieure des fenêtres , les persiennes mobiles déter- 
minent des courants d'air fort incommodes et dan- 
gereux ; les ventouses , les soupapes ouvertes à la 
partie supérieure des locaux, près du plafond, ont à 
peu près les mêmes inconvénients. Ces inconvé- 
nients ont été évités par l'invention des briques de 
ventilation placées dans des conditions semblables, 
mais percées de conduits en forme de cônes à base 
intérieure et à sommet extérieur. Les briques de 
ventilation ne peuvent pas être placées en nombre 
suffisant dans les appartements, et elles se chargent 
de toutes les poussières de l'air dont il y a toujours 
quelque intérêt à se débarrasser. 

On doit à M. Trélat la première idée et à MM. Ap- 
pert , verriers à Paris, la première application des 



LA MAISON SALUBRE 



177 



vitres perforées qui semblent appelées à rendre les 
plus grands services dans l'aération des locaux par- , 
ticuliers ou collectifs. 

Les vitres perforées fabriquées par MM. Appert 
sont de deux sortes : les unes ont une épaisseur de 
verre de 3 millimètres et demi ; elles sont percées 
de trous espacés de 15 millimètres; chaque trou a 
la forme d'un cône à base de 3 millimètres de dia- 
mètre; on en compte cinq mille par mètre carré de 
surface. Les autres ont une épaisseur de verre de 
5 millimètres; les trous coniques de 4 millimètres de 
diamètre sont espacés de 20 millimètres d'axe en axe. 

L'air qui s'engage dans les ouvertures coniques 
de ces vitres ne détermine pas de courant, mais 
s'épanouit à sa rentrée dans les pièces habitées, ce 
qui est réalisé aussi par les briques de ventilation. 
Leur avantage principal est de pouvoir être rapide- 
ment lavées et de pouvoir se placer comme les vitres 
ordinaires, à une hauteur de 2'"50 au moins, afin 
d'éviter que l'air introduit n'incommode pas les per- 
sonnes qui occupent les pièces aérées. 

Les vitres perforées peuvent être accompagnées 
de châssis mobiles destinés à fermer ou à dégager 
leurs orifices, suivant les besoins intérieurs ou les 
conditions extérieures. 

90. Chauffage des pièces. — Le chauffage des 
appartements est intimement lié à leur aération. 
Pendant les journées à douce température, et à plus 
forte raison pendant l'été, le chauffage devenant 
complètement inutile, l'aération peut se faire uni- 
quement par les portes et les fenêtres. Mais il n'en 

■ 12 



178 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



est pas de même pendant l'hiver, où il est d'usage 
de réchauffer l'air intérieur au moyen de divers 
appareils qui prennent à cet air l'oxygène qui est 
indispensable à la respiration de l'homme et qui lui 
rendent des produits de combustion — acide carbo- 
nique, oxyde de caihone — que l'on ne peut respi- 
rer sans danger. On conçoit donc qu'un chauffage 
convenable doit comprendre l'expulsion rapide, en 
dehors des locaux habités, des gaz dangereux pour 
la santé de l'homme et le renouvellement aussi 
rapide de l'air intérieur, vicié à la fois par les com- 
bustions du bois et du charbon et par la respiration 
des individus. 

Au point de vue théorique. — étant données ces 
notions et celles qui sont relatives à la faible valeur 
respiratoire de l'air chauffé, — le chauffage des appar- 
tements et des locaux habités devrait avoir pour 
résultat d'élever à une température convenable, non 
pas l'air qu'ils renferment, mais les murs, les par- 
quets, le matériel , en un mot tout ce qui perd par 
rayonnement la chaleur acquise. On a dit avec rai- 
son que la meilleure méthode de se bien chauffer 
consiste à ne pas se refroidir et que si les maisons 
ne se refroidissaient pas pendant l'hiver il serait 
entièrement inutile de les chauffer. Le meilleur 
mode de chauffage serait donc de restituer à l'enve- 
loppe la chaleur que lui prennent les influences 
extérieures...; mais il n'a pas encore été réalisé, et 
l'hygiéniste ne peut que montrer les inconvénients 
ou les avantages des modes de chauffage actuelle- 
ment employés dans les habitations. 



LA MAISON SALUBRE. 179 

Nous emprunterons la plupart des données re- 
cueillies sur cet important sujet au rapport récent 
qui a été fait par M. Chantemesse au Comité con- 
. sultatif d'hygiène publique de France. 

Un bien petit nombre des appareils de chauffage 
qui sont utilisés se conforment au précepte que 
nous avons énoncé de laisser respirer de l'air frais 
dans une chambre chaude. 

Les avantages des cheminées à feu flambant, où 
brûlent du bois, du charbon ou du coke, sont connus 
et appréciés de tous, car au chauffage par le rayon- 
nement du calorique s'ajoute la ventilation de la 
pièce. Sans doute , une grande partie de la chaleur 
produite s'échappe par les tuyaux des cheminées; 
c'est là un inconvénient qui augmente la dépense. 
En revanche, cette perte de chaleur assure l'élimi- 
nation des produits toxiques de la combustion, et 
l'on peut dire que les cheminées à feu flambant 
bien construites sont d'ordinaire remarquablement 
salubres. 

Avec l'usage des poêles commence une série d'in- 
convénients qui peuvent arriver dans certains cas 
jusqu'à l'extrême gravité. Les poêles de faïence, les 
poêles de fonte doublés de briques réfractaires fonc- 
tionnent d'ordinaire sans éveiller d'autres craintes 
que celles qui pourraient résulter d'un mauvais 
tirage, quelle qu'en soit la cause. On ne peut en dire 
autant des poêles ordinaires si communément em- 
ployés qui laissent transsuder l'oxyde de carbone 
lorsque leurs parois rougissent. 

La difficulté réside tout entière dans les moyens 






180 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

d'assurer un chauffage suffisant avec une faible dé- 
pense, sans s'exposer aux causes d'intoxication. 

Malheureusement, les tentatives faites dans ce 
sens n'ont approché du but qu'en sacrifiant les pré- 
cautions hygiéniques. Les poêles dits économiques, 
qui sont mobiles et dont l'entretien est peu coûteux, 
ont paru répondre aux besoins généraux ; ils ont 
joui d'une grande vogue dans l'esprit du public, qui 
ne savait pas ou qui ne voulait pas savoir que, dans 
l'emploi de ces appareils, le danger se comptait avec 
la même mesure que l'économie. 

Ce danger réside à la fois dans la production et 
dans l'élimination imparfaite de gaz toxiques, l'oxyde 
de carbone principalement, dont on connaît la grande 
nocuité. 

La production de gaz toxiques est énorme, ainsi 
qu'il résulte de la comparaison des analyses faites 
par M. Boutmy des gaz de combustion provenant 
d'un poêle dit « américain » et de celles faites par 
M. A. Smith des vapeurs se dégageant d'une chemi- 
née d'appartement, analyses qui ont été maintes fois 
confirmées. 

Voici les résultats de ces analyses : 

1° Pour les gaz provenant de la cheminée : 

Acide carbonique 8 

Oxyde de carbone 1 à 3 

Acide sulfureux " 

Oxygène 12 

Azote, hydrogène, vapeur d'eau. . . 80 

1Ô0 






LA MAISON SALUBRE. 181 

2° Pour les gaz fournis par le poêle américain : 

Acide carbonique 9,3400 

Oxyde de carbone 16,7050 

Acide sulfureux 0,0004 

Oxygène " 

Azote, hydrogène, vapeur d'eau. . . 73,9546 

100,0000 



U élimination imparfaite de ces gaz est une con- 
séquence directe de l'insuffisance du tirage de ces 
appareils. Les recherches de M. Vallin ont montré 
que, dans un poêle mobile ordinaire, le tirage ne fait 
arriver que 4 mètres cubes d'air par kilogramme de 
coke brûlé, alors que cette quantité de combustible 
demanderait 9 mètres cubes d'air pour que tout le 
carbone fût transformé en acide carbonique. Le fai- 
ble diamètre de l'orifice de sortie de la fumée tixé à 
l'enveloppe extérieure du poêle peut encore être di- 
minué dans une certaine mesure par la manœuvre 
de la clef du poêle ; il en résulte que la petite quan- 
tité d'air et de gaz provenant du foyer abandonne 
une grande partie de son calorique aux parois de 
l'appareil: elle n'est plus capable de chauffer le coffre 
de la cheminée ni les parties élevées du tuyau de 
fumée; le tirage devient très faible et perd sa puis- 
sance de protection contre le reflux des gaz toxiques 
dans l'appartement. 

Les causes de ce reflux sont multiples. 

Les tourbillons d'air, au faîte d'une maison, qui 
surviennent brusquement le jour ou la nuit, peuvent 






"ty/Hte--- 



182 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



rejeter dans l'intérieur de l'appartement la colonne 
d'air chaud avec les produits de la combustion qu'elle 
entraîne. 

A cette première cause s'en ajoute une autre très 
fréquente el qui résulte de l'action d'un foyer allumé 
dans une pièce voisine de celle où brûle un poêle, 
soit dans Le même appartement, soit dans un appar- 
tement voisin qui communique avec le premier par 
l'intermédiaire de cheminées communes. Le nou- 
veau loyer produisant une source de chaleur rapide 
entraîne dans la cheminée une grande quantité d'air; 
les gaz qui circulent si lentement dans les tuyaux 
de fumée qui desservent les poêles mobiles n'échap- 
pent pas à cette attraction et descendent dans les 
pièces de l'appartement. 

La mobilité des poêles est encore une cause du 
reflux des gaz toxiques. Un appareil est transporté 
d'une pièce dans une autre et son tuyau adapté d'une 
façon plus ou moins imparfaite à la nouvelle che- 
minée, les pamis de cette dernière sont froides ainsi 
que l'air qu'elle contient, le courant d'ascension ne 
s'établit pas ou s'établit mal, et les gaz du poêle 
mobile refluent dans la pièce. 

Une autre cause enliu s'oppose au tirage des che- 
minées auxquelles on adapte un poêle mobile : c'est 
la coutume de placer aux panneaux de tôle fermant 
l'ouverture du chambranle des cheminées et dispo- 
sés pour recevoir le tuyau de départ des poêles, des 
ventelles mobiles dites de « ventilation ». Sous ce 
prétexte de ventilation, on refroidit les gaz de com- 
bustion; il en résulte une diminution de tirage et 



LA MAISON" SALUBHE. 



183 



une dépense moindre de combustible ; l'économie est 
encore sauvegardée aux dépens de l'hygiène. 

Qu'on ne croie pas que ces dangers soient imagi- 
naires. Non seulement un grand nombre de cas de 
mort ont été la conséquence de la présence d'un 
poêle mobile dans les appartements, mais encore les 
personnes atteintes par ce fait, et qui ont pu être 
rappelées à la vie, restent trop souvent victimes de 
troubles psychiques avec perte de la mémoire et 
diminution de l'intelligence, symptômes de foyers 
multiples de ramollissement cérébral. Les paralysies 
partielles consécutives ne sont pas rares. Les trou- 
bles pathologiques sont, en outre, beaucoup plus 
nombreux que ne pourrait le faire supposer la statis- 
tique des cas mortels. Dans les appartements où la 
vapeur de charbon pénètre, il est peu de personnes 
qui, à un degré quelconque, ne soient frappées; 
des céphalalgies tenaces, une anémie lente survien- 
nent peu à peu et s'observent chez les individus qui 
font un long séjour dans l'appartement; bien des 
malaises se montrent pendant l'hiver et disparais- 
sent avec le retour du beau temps qui peuvent être 
rattachés à cette lente intoxication. 

L'Académie de médecine, justement préoccupée 
de ces graves accidents, avait voté des propositions 
formelles destinées à éclairer les particuliers sur les 
dangers qui résultent de l'utilisation îles poêles 
mobiles. Malgré la grande publicité qui fut 
donnée à ces propositions, on n'a constaté aucun 
arrêt dans l'extension croissante du mode de chauf- 
fage par les poêles à combustion lente ni aucune 



H-A 



184 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



amélioration dans l'installation de ces appareils. 

Le comité consultatif d'hygiène a émis les avis 
suivants dont on ne saurait trop recommander l'ap- 
plication : 

1° Il y a lieu de signaler particulièrement le 
danger de la mobilité des poêles à combustion lente; 

2° L'installation d'un poêle à combustion lente 
dans une pièce doit être précédée d'une enquête faite 
par l'architecte du locataire ou du propriétaire de la 
maison pour s'assurer que la ventilation de la pièce 
est suffisante ; que le coffre de la cheminée ne com- 
munique pas avec celui d'autres cheminées voisines ; 
'enfin, que des ouvertures telles que celles des ven- 
telles dites de ventilation ne permettent pas aux gaz 
toxiques contenus dans le coffre de la cheminée de 
refluer vers la chambre. 

Les bases sur lesquelles devra reposer cette ré- 
glementation, ajoute le rapporteur, seront sans doute 
un peu difficiles à établir; mais cette difficulté mé- 
rite d'être surmontée pour deux raisons principales, 
parce que, en cas d'accident, les responsabilités se- 
ront nettement précisées et parce que la protection 
de la vie et de la santé publique ne peut être écartée 
par des soucis d'agrément ou d'économie. 

91. Éloignement des immondices. — « Dans la 
maison, les principes sont simples : dès qu'une ma- 
tière usée est produite, il faut l'expulser sans la 
laisser séjourner dans l'habitation. Pour les ordures 
ménagères, le service d'enlèvement peut se faire 
actuellement d'une manière relativement satisfai- 
sante dans les grandes villes, grâce à des récipients 



LA MAISON SALUBRE. 



185 



mobiles et à l'enlèvement méthodique. Il n'en est 
pas de même pour les eaux pluviales et ménagères, 
pour les matières des vidanges dont l'éloignement 
est d'ordinaire si mal aménagé. Ce qu'il faut, c'est, 
à chaque oritice d'évacuation, l'eau en quantité 
suffisante, puis un appareil d'occlusion simple et 
efficace, le siphon hydraulique, c'est-à-dire l'in- 
flexion suffisamment accusée du tuyau d'évacua- 
tion. Ensuite, la canalisation générale de la maison 
doit être simple en tracé et en élévation, communi- 
quant largement à la partie supérieure avec l'atmos- 
phère, de manière à aspirer à chaque évacuation de 
l'air pur et frais qui baigne le flot liquide et com- 
batte dès le point de départ la fermentation par 
l'oxydation. » (Durand-Claye.) 

Malgré leur grande simplicité, ces principes sont 
loin d'avoir reçu une application pratique générale, 
même dans les constructions récentes, et ici, comme 
partout ailleurs, l'hygiène doit indiquer les avan- 
tages ou les inconvénients des modes d'enlèvement 
ou d'éloignement rapide de toutes les matières usées 
et des immondices qui, par leur putréfaction et leur 
fermentation, peuvent nuire considérablement à 
l'organisme, même en ne tenant pas compte des 
maladies contagieuses dont ils sont les agents de 
transmission. 

Rien n'est plus défectueux que l'usage, encore si 
fréquent dans les villages, de jeter devant la maison 
les eaux ménagères et de répandre sur le fumier, 
au voisinage des puits, les excréments de l'homme 
et des animaux. C'est une pratique qu'il est urgent 






186 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



d'extirper des habitudes villageoises, quelles que 
puissent être les conditions générales de l'installa- 
tion des groupes de maisons. 

Les autres systèmes d'éloignement des immon- 
dices comportent la vidange, c'est-à-dire l'enlève- 
ment plus ou moins rapide des matières usées et 
rejetées; ils se rangent dans trois catégories princi- 
pales, savoir : 1° les fosses fixes; 2" les fosses mo- 
biles; 3° le système diviseur; un quatrième système 
dit du tout à l'égoût ne comporte pas de vidange, 
ainsi qu'on le verra. 

1° Fosses fixes. — Dans ce système, les tuyaux 
de chute des latrines aboutissent à des réservoirs 
fixes où s'accumulent les immondices et les divers 
produits qui y sont jetés. C'est un système très 
répandu, non seulement dans les petites localités, 
mais encore dans certaines grandes villes. 

Les inconvénients qu'il présente sont nombreux : 
le réservoir est souvent installé sous les pièces ha- 
bitées, alors qu'il serait très facile de l'écarter du 
corps de logis ; il est mal aménagé, ce qui facilite 
la liltration des matières qu'il renferme ; on ne le 
vide que lorsqu'il est absolument rempli jusqu'aux 
bords ; les latrines et les pièces avec lesquelles elles 
communiquent reçoivent les émanations putrides 
développées par ces matières toutes les fois que les 
tuyaux de chute ne sont pas obturés par un méca- 
nisme parfait, etc., etc. 

( )n peut cependant diminuer considérablement la 
plupart de ces inconvénients. 
Les fosses ne doivent être ni très profondes ni de 



LA MAISON SALUBRE. 



187 



grandes dimensions, ce qui détermine l'obligation 
de les vider souvent : elles doivent avoir des parois 
imperméables, ce qui s'obtient par un revêtement 
intérieur et extérieur en ciment. 

L'emploi du siphon hydraulique permet d'empê- 
cher les gaz de remonter dans les cabinets, mais il 
ne faut pas ajouter une grande confiance aux divers 



•il 




Fig. 2-2. — Siplion hydraulique montrant la couche d'eau obturatrice. 



modèles de soupapes qui ne fonctionnent guère 
qu'un temps, et d'une façon peu sûre. Le syphon 
hydraulique mérite une courte description, en rai- 
son des services qu'il rend à ce point de vue. 

Le siphon hydraulique a sensiblement la forme 
du siphon connu en physique, en S couchée ou en 
demi S, suivant la direction de sortie verticale ou 
horizontale {fig. 22). 

On donne cette forme à la portion du conduit 
d'évacuation placée au-dessous de la cuvette des 
cabinets, et il est facile de comprendre le rôle d'ob- 



turation rempli par cet appareil. L'eau coule dans 
la cuvette, chasse devant elle la masse des immon- 
dices, qu'elle conduit jusqu'au réservoir général; 
une couche d'eau reste, après ce départ, dans la 
partie concave du siphon et empêche ainsi les gaz 
produits dans le réservoir par la putréfaction de 
remonter jusqu'aux cabinets [flg. 23 et 24). 

Les siphons hydrauliques peuvent cependant se 
vider entièrement, par exemple à la suite de l'éva- 




Fic. 23 el H. — Cuvetle avec siphon. 



poration de la couche d'eau obturatrice, ou par suite 
d'une diminution de pression produite par un 
écoulement énergique (flg. 25) ; aussi est-il néces- 
saire de compléter leur installation par une prise 
d'air faite à l'aide d'une tubulure qui communique 
avec l'atmosphère extérieure et qui remplit en outre 
le rôle défini plus haut par Durand-Claye (flg. 26). 
Cette prise d'air, en effet, permet à l'air frais et pur 
du dehors d'entrer à chaque évacuation dans le 
tuyau de chute et de combattre dès le début la fer- 
mentation par oxydation des matières rejetées. 






LA MAISON SALUBRE. 



189 



La vidange des fosses fixes se fait, dans certaines 
localités, par le procédé primitif et réellement con- 
damnable à tous égards du seau à la main. Il existe 
heureusement des procédés inodores, par aspiration 
des matières des réservoirs, qui remplissent toutes 





Fie 25. — Siphon branché sur un tube 
de descente A B, pouvant se vider 

entièrement. 



Fio. 2I 1 ». — Siphon avec 
d'air D. 



prise 



les conditions de sécurité et dont l'emploi ne peut 
que se généraliser de plus en plus. 

2° Fosses mobiles ou tinettes. — Le système des 
fosses mobiles consiste à placer sous le tuyau de 
chute des cabinets des tonneaux ou tinettes disposés 
pour ce seul usage, et qu'on enlève aussitôt qu'ils 
sont remplis. C'est le système utilisé par les Chinois 
et que quelques villes ont adopté en partie. (Edim- 
bourg, Manchester, par exemple.) 

On conçoit que ce système peut avoir des avan- 



■ 




190 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



tages considérables sur le précédent, à la condition 
que les tinettes soient en métal et qu'on les enlève 
le plus souvent possible, tous les jours même. Mais 
il ne comporte pas un large emploi d'eau et, par 
suite, le lavage des tuyaux de chute ne peut pas 
toujours être assuré d'une façon complète. On re- 
médie en partie à cet inconvénient en donnant à ces 
tuyaux le poli nécessaire et en adaptant aux latrines 
des prises d'air qui préservent des odeurs dégagées 
par les tuyaux plus ou moins salis. En tout cas, les 
fosses fixes peuvent être conseillées, surtout pour 
les villes qui n'ont pas de l'eau en abondance à dis- 
tribuer à leurs habitants. 

3° Système diviseur. — Le système divisenr com- 
porte l'emploi de tinettes filtrantes qui retiennent 
les parties solides des immondices et laissent couler 
immédiatement dans les égoùts leurs parties li- 
quides. 

Une tinette filtrante se compose d'un vase cylin- 
drique de métal ayant une hauteur de 80 à 95 centi- 
mètres et un diamètre de 35 centimètres environ. 
Ce vase est divisé en deux parties, l'une très petite, 
l'autre grande, par une cloison percée de trous,' 
posée horizontalement ou verticalement ; il est 
placé à l'orifice inférieur du tuyau de chute, de telle 
sorte que les immondices qui lui parviennent lais- 
sent filtrer les urines, les eaux de lavage, qui ga- 
gnent l'égoût par un tuyau adapté à la partie infé- 
rieure du petit compartiment. Le siphon hydraulique 
et le tuyau de prise d'air complètent cette installa- 
tion qu'on a cru appelée à rendre de réels services. - 



LA. MAISON SALUBUE 



191 



Ce système n'a cependant pas reçu l'approbation 
unanime des hygiénistes, car il ne divise pas les 
matières diarrhéiques et, par conséquent, il n'a que 
l'inconvénient d'empêcher le lavage en ralentissant 
le courant de l'eau de citasse et, quand il divise, il 
n'a aucun avantage sur le système des fosses fixes, 
les fermentations putrides n'étant pas suspendues 
par le seul fait de la séparation momentanée des 
matières solides et liquides des immondices. 

4° Tout à l'égoût. — Le système du tout à l'égoût 
peut être considéré comme une simplification et un 
perfectionnement du système diviseur avec lequel 
il ne diffère guère que par l'absence de tinettes 
filtrantes : les tuyaux de chute des cabinets d'une 
même habitation aboutissent directement à un con- 
duit commun qui se relie lui-même avec l'égoût 
voisin. Si l'on suppose l'installation de siphons 
hydrauliques sous les cabinets et entre l'égoût et la 
maison et, en plus, une chasse d'eau énergique, on 
comprend que ce système ne puisse que réunir tous 
les suffrages, au moins dans l'intérieur des villes, 
puisqu'il supprime toutes les émanations gazeuses 
délétères et assure, en outre, l'enlèvement et l'éloi- 
gnement rapide des immondices. Il est actuellement 
en faveur à Paris, où il tendra de plus en plus à se 
généraliser à la suite des nouveaux travaux de cana- 
lisation qui permettront d'utiliser de l'eau en abon- 
dance pour le nettoyage des égoùts et des conduits 
des maisons. 

Quel que soit le système adopté, si salubre qu'il 
puisse être rendu par l'application d'appareils obtu- 



*v. 



192 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



rateursou autres, par l'emploi des désinfectants, etc., 
il reste encore une importante question à résoudre. 
Les égoûts aboutissent à des cours d'eau, rivières 
ou fleuves, qu'ils infectent au plus haut point; d'un 
autre côté, les immondices enlevés des fosses d'ai- 
sances fixes ou mobiles, ou des tinettes filtrantes, 
ne peuvent pas être jetés et accumulés, sans trans- 
formation et utilisation subséquente, en des points 
quelconques sous peine d'empoisonner toutes les 
localités avoisinantes. Il faut donc tenir compte de 
ces faits, car il ne suffit pas de déplacer le danger 
puisque l'hygiène a pour but de le supprimer.. 

On connaît les tentatives faites à ce sujet par la 
ville de Paris. En 1869, on essaya de répandre sur 
5 à 6 hectares de terrain sablonneux de la plaine de 
Gennevilliers, réfractaire à toute culture, environ 
250,000 mètres cubes d'eau d'égoùt, avec une ins- 
tallation suffisante pour en épurer deux fois autant 
par le sulfate d'alumine. Quelques jardiniers de 
bonne volonté d'abord, puis des cultivateurs de la 
plaine cultivèrent la terre à l'essai, et, en 1878, 
l'étendue du terrain irrigué était de .'370 hectares 
et absorbait 70,000 mètres cubes d'eau d'égoùt par 
jour. (D'après le D r Arnould.) 

On sait, en effet, que la filtration à travers les 
sables et les graviers constitue le meilleur moyen 
de purifier les eaux d'égoùt et d'utiliser les matières 
qu'ils entraînent. Ces matières sont transformées par 
une combustion lente dont les produits principaux 
sont l'ammoniaque et l'acide nitrique, indirectement 
utilisés par les végétaux. Il est probable cependant 



LA MAISON SALUBRE. 




Fig. 27. — Coupe en élévation d'une maison salubre desservie par lu tout à l'êgoût. 



13 






194 



PRINI 1IPES d'h\' GIÈNE. 



que cette purification est incomplète, car on a vu 
quelle résistance énergique les germes vivants oppo- 
sent aux agents destructeurs. 

De tout temps on a essayé d'utiliser les immon- 
dices en les transformant en poudrette dans les dépo-* 




Fie.. 28. — Évier salubre, avec siphon et prise d'air. 



toirs ou en sulfate d'ammoniaque dans des fabriques 
spéciales. Dans l'un et l'autre cas, dans le premier 
surtout, on crée autant de foyers d'infection, et les 
matières liquides, non utilisées ou incomplètement 
transformées, retournent aux cours d'eau qu'elles 
infectent. 
Aussi, à ce point de vue comme à tous les autres, 



LA MAISON SALUBRE. 



195 



le système du tout à l'égoût paraît-il bien supérieur 
à tous les autres systèmes. 

L'aération et le chauffage des maisons et des 
appartements, l'enlèvement des immondices, l'ins- 
tallation des éviers (fig. 28), constituent les points 
principaux de la salubrité ou de l'insalubrité des 
habitations. Mais il faut, en outre, tenir compte de 
nombreuses conditions diverses pour assurer aux 
immeubles toute la sécurité désirable : l'éclairage 
pendant la nuit, l'exposition à la lumière, le choix 
des matériaux, l'assainissement du sous-sol, etc., 
doivent être sérieusement examinés par les archi- 
tectes et les constructeurs. Nous dirons toutefois, 
d'après un vieux proverbe italien, que là où l'air 
et le soleil pénètrent le médecin n'entre jamais. 






TOLICE SANITAIRE DES ANIMAUX 



Les principales maladies des animaux qui peu- 
yen! être transmises à PI ime sonl : la tubercu- 
lose el le charbon -- donl il a été déjà parlé; — la 
rage, la nwrve el le farcin. Nous allons étudier ces 
dernières au poinl de me de leurs caractères spéci- 
fiques généraux, de leurs modes de transmission et 
(1rs mesures prescrites par 1rs lois pour en empê- 
'•1ht la contagion; il convienl aussi d'examiner les 
mesures analogues concernant la tuberculose et le 
charbon. 

En outre, les animaux sonl frappés par un certain 
Dombre de maladies contagieuses qui fonl éprouver 
de grands dommages à l'agriculture, quoiqu'elles 
n'atteignent pas directement Pbomme. Nous indi- 
querons aussi les mesures générales qui permettent 
d'en atténuer les désastres. 

Les mesures prescrites par les lois vis-à-vis dos 
tnaladies transmissibles des animaux à l'homme ou 
d'animaux à animaux portent le nom de police 
sanitaire des animaux; elles sont indiquées avec 
précision principalement dans la loi du J21 juillet 
1881, dans le règlement d'administration publique 
du 28 juin 1883 et dans l'arrêté ministériel du 
(28 juillet 1888. 



POLICE SANITAIRE. 



197 



1° Maladies des animaux transmissibles à l'homme. 

La rage : caractères de la rage; les chiens enragés; police 
sanitaire des animaux atteints ou suspects de rage; soins à 
donner aux personnes mordues ; vaccination. 

Le charbon : mesures sanitaires. 

La tuberculose : mesures sanitaires. 

La morve et le farci n : caractères généraux et mesures sani- 
taires. 

I. — LA RAGE. 

92. Caractères généraux. — Les chiens enra- 
gés. — La rage est essentiellement une maladie de 
l'espèce canine i chien, loup, renard,). 1 >ans nos pays, 
ce sont les chiens qui en sont frappés et qui en 
deviennent, par suite, les agents de transmission. 
Les animaux qu'ils rencontrent et qu'ils mordent 
sont frappés comme eux. L'homme est atteint de la 
même façon, qu'il soit mordu directement par un 
chien enragé ou par les animaux mordus, ou sim- 
plement qu'une parcelle de bave soit déposée sur 
une écorchure quelconque ou encore suivant d'au- 
tres procédés 1 . Pour que la rage se communique il 
suffit, en effet, d'une solution de continuité acciden- 



1. Par les aliments et les boissons souillés du virus 
de la raye : M. Ollier cite le eus d'un enfant attaqué par 
derrière par un chien enragé. J, 'animal n'avait fait que 
poser sa patte sur la tête du petit sujet et cependant 
celui-ci fut atteint de rage quatorze jours après. On cons- 
tata, à ce moment, une légère excoriation au point où la 
patte avait touché. 



198 



PRINCIPES d'hyc.IÈNK. 



telle de la surface de la peau ou des muqueuses 
internes. 

On admet généralement que la rage est une ma- 
ladie microbienne"; on sait que le germe de cette 
maladie se trouve dans la bave des animaux enragés. 
À quels caractères peut-on reconnaître un chien 
atteint de rage? On ne saurait mieux faire à cel 
égard que de reproduire le tableau qui en a été 
donné par H. Bouley : 

* 1" La rage du chien ne se caractérise pas par 
les accès do fureur dés les premiers jours de sa 
manifestation. 

« Au contraire, c'est une maladie tout d'abord 
d'apparence bénigne. Mais dés le début la bave est 
virulente, c'est-à-dire qu'elle renferme le germe ino- 
culable, et le chien est alors bien plus dangereux 
par les caresses de sa langue qu'il ne peut l'être par 
ses morsures, car il n'a aucune tendance à mordre. » 
Nous rappellerons à ce sujet les conclusions don- 
nées par MM. Roux et Xocard. collaborateurs de 
M. Pasteur, qui ont résolu cette question par de 
nombreuses expériences : Un chien peut être dan- 
gereux trois jours avant l'apparition de la rage, et 
nous sommes plutôt au-dessous qu'au-dessus de la 
vérité. Un chien, en conséquence, présentera tous 
les signes extérieurs de la santé, il pourra manger. 
être gai, caressant comme à l'ordinaire, et porter 
dans sa gueule le virus de la rage. Si ce chien mord 
ou lèche une personne, il pourra lui communiquer 
la maladie alors qu'il ne semble pas l'avoir lui- 
même. 



POLTCK SANITAIRE. 



199 



* 2° Au début de la rage, le chien change d'hu- 
meur, continue H. Bouley: il devient triste, sombre 
■et taciturne, recherche la solitude et se retire dans 
les coins les plus obscurs. Mais il ne peut rester 
longtemps en place: il est inquiet, agité, va et vient, 
se couche et se relève, râle, flaire, gratte avec ses 
pattes de devant. .Ses mouvements, ses attitudes et 
ses gestes semblent indiquer que par moments il 
voit des fantômes,, car il mord dans l'air, s'élance et 
hurle comme s'il s'attaquait à des ennemis réels. 

« 3° Sou regard est changé, il exprime une tris- 
tesse sombre et a quelque chose de farouche. 

« 4° Mais dans cet état, le chien n'est nullement 
agressif pour l'homme. Son caractère est ce qu'il 
était avant. Il se montre docile et soumis pour son 
maître, à la voix duquel il obéit, en donnant quel- 
ques signes de gaieté qui ramènent un instant sa 
physionomie à son expression habituelle. 

« 5° Au lieu de tendances agressives, ce sont des 
tendances contraires qui se manifestent dans la 
première période de la rage. Le sentiment affectueux 
•envers ses maîtres et les familiers de la maison 
s'exagère chez le chien enragé, et il l'exprime par 
les mouvements répétés de la langue, avec laquelle 
il est avide de caresser les mains ou le visage qu'il 
peut atteindre. 

« 6° Le chien enragé n'a pas horreur de l'eau; 
au contraire, il en est acide. Tant qu'il peut boire, 
il satisfait sa soif toujours ardente, et, quand le 
spasme de son gosier l'empêche d'avaler, il plonge 
le museau tout entier dans le vase et il mord pour 



200 



PlilM IP;:s IHIVOIKNE. 



ainsi dire le liquide qu'il ne peut plus avaler. Lé 
chien cura-;, n'esl donc pas hydrophobe; l'hydro- 
phobie n'est donc pas un signe certain et univoque 
de la rage du chien. 

« 7° Le chien enragé ne refuse pas sa nourriture 
dans la première période de sa maladie; souvent 
m éme il la mange avec plus de voracité que ^habi- 
tude. 

« 8° Lorsque le besoin de mordre, gui est un des 
caractères essentiels de la rage à une période de 
son développement \ commence à se manifester, 
l'animal le satisfait d'abord sur les corps inertes : il 

ronge le bois, les portes et les meubles, déchire les 

étoffes, les tapis, les chaussures, broie sous ses 

«lents la paille, le foin, les crins, la laine, mange la 
'erre, la fiente des animaux, la sienne propre, lape 
sa propre urine, et accumule dans son estomac les 
débris de tous les corps sur lesquels ses dents ont 
porté. 

« 9° Dans une variété particulière de rage que 
['on appelle la rage mue (ou muette), la mâchoire 

inférieure, paralysée, reste écartée de la supérieure, 
et la gueule demeure Liante et sèche, avec une 
teinte rouge-brunâtre à l'intérieur. 

« 10" Le chien affecté de rage mue n'a pas de ten- 
dance à mordre. Au lieu d'être agité, il conserve le 
plus souvent l'immobilité d'un sphynx; mais sa 
bave étant virulente, on peut s'inoculer la rage par 
des blessures ou des écorchures lorsqu'on introduit 
imprudemment ses doigts dans la gueule d'un chien 
affecté de rage mue pour en explorer la profondeur. 



POLICE SANITAIRE. 



201 



« 11° La voix du chien enragé change toujours de 
timbre et toujours son aboiement s'exécute suivant 
un mode complètement différent de son mode habi- 
tuel : il est rauque, voilé, et se transforme en un 
hurlement saccadé. 

« Dans la variété de rage appelée rage mue, ce 
symptôme important fait défaut; la maladie reçoit 
précisément son nom du mutisme absolu des mala- 
des : rage mue ou rage muette. 

« 12° La sensibilité est très émoussée chez le 
chien enragé. Quand on le frappe, qu'on le brutalise 
ou qu'on le blesse, il ne fait entendre ni les plain- 
tes, ni les cris par lesquels les animaux de son 
espèce expriment leurs souffrances ou même sim- 
plement leurs craintes. 

« Il y a des cas où le chien enragé se fait à lui- 
même des blessures profondes avec ses dents et 
assouvit sa rage sur son propre corps sans chercher 
encore à nuire aux personnes qui lui sont fami- 
lières. 

« 13° Le chien enragé fuit souvent le toit domes- 
tique au moment où, par les progrès de la maladie, 
les instincts féroces se développent en lui et com- 
mencent à le dominer, et, après un ou deux jours 
de pérégrinations pendant lesquels il a cherché à 
satisfaire sa rage sur tous les cires vivants qu'il a 
pu rencontrer, il revient souvent mourir chez ses 
maîtres. 

« 14° Lorsque la rage est arrivée à sa période 
furieuse, elle se caractérise par l'expression de féro- 
cité qu'elle donne à la physionomie de l'animal qui 



I 






203 PRINCIPES D'HYGIÈNE. 

en est atteint, et par les envies de mordre, qu'il 
assouvit chaque fois que l'occasion s'en présente: 
mais c'est toujours contre son semblable qu'il dirige 
ses attaques de préférence à tout autre animal. 

« 15° Les fureurs rabiques se manifestent par des 
accès, dans les intervalles- desquels l'animal tombe 
dans un état relatif de calme qui peut faire illusion 
sur la nature de la maladie. 

« 16" Le chien enragé, libre, s'attaque d'abord 
avec une très grande énergie à tous les êtres vivants 
qu'il rencontre, mais de préférence au chien plutôt 
qu'aux autres animaux, et de préférence à ceux-ci 
plutôt qu'à l'homme ; puis, lorsqu'il est épuisé par 
ses fureurs et par ses luttes, il marche devant lui 
d'une allure vacillante, très reconnaissable à sa 
queue pendante, à sa tête inclinée vers le sol, à ses 
yeux égarés et à sa gueule béante, d'où s'échappe 
une langue bleuâtre et souillée de poussière. Dans 
cet état, il n'a plus grandes tendances agressives, 
mais il mord tous ceux, hommes ou bêtes, qui se 
trouvent ou qui vont se mettre à la portée de ses 
dents. 

« Le chien enragé qui meurt de sa mort naturelle 
succombe à la paralysie et à l'asphyxie. Jusqu'au 
dernier moment, lïnstinct de mordre le domine, et 
il faut le redouter même lorsque l'épuisement sem- 
ble l'avoir transformé en corps inerte. » 

93. Police sanitaire des animaux atteints ou 
suspects de rage. — La loi du 21 juillet 1881, 
relative à la police sanitaire des animaux, prescrit 
des mesures très rigoureuses et très sages à l'égard 



POLICE SANITAIRE. 



203 



des animaux atteints ou suspects de rage; elle est 
complétée par le règlement d'administration publi- 
que de 1882 qui vise plus spécialement les chiens 
errants. 

Voici d'abord l'article 10 de la loi du 21 juillet 
1881 : 

« La rage, lorsqu'elle est constatée chez les ani- 
maux de quelque espèce qu'ils soient., entraîne 
l'abatage, qui ne peut être différé sous aucun pré- 
texte. 

« Les chiens et les chats suspects de rage doivent 
élre immédiatement abattus. 

« Le propriétaire de l'animal suspect est tenu, 
même en l'absence de l'ordre des agents de l'admi- 
nistration, de pourvoir à l'accomplissement de cette 
prescription. » 

Est suspect de rage tout chien ou chat mordu ou 
seulement roulé par un chien enragé. 

Les mesures suivantes sont prescrites par le 
règlement d'administration publique de 1882 contre 
les chiens et surtout contre les chiens errants, qui 
sont très dangereux parce qu'ils ont pu être mordus 
par des chiens enragés sans que personne ait pu le 
savoir : 

« Tout chien circulant sur la voie publique en 
liberté, ou même tenu en laisse, doit être muni d'un 
collier portant gravés sur une plaque de métal les 
noms et demeure de son propriétaire. 

« Les chiens trouvés sur la voie publique sans col- 
lier et les chiens errants, même munis de collier. 
sont saisis et mis en fourrière. Ceux qui n'ont pas 



204 rmxniPEs d'hygiène. 

de collier et dont le propriétaire est inconnu dans la 
localité sont abattus sans délai. 

« L'autorité administrative pourra, lorsqu'elle 
croira cette mesure utile, particulièrement dans les 
villes, ordonner, par arrêté, que tous les chiens cir- ! 
culant sur la voie publique soient muselés ou tenus 
en laisse. 

» Lorsqu'un cas de rage a été constaté dans une 
commune, le maire prend un arrêté pour interdire, 
pendant six semaines au moins, la circulation des 
chiens, à moins qu'ils ne soient tenus en laisse La 
même mesure est prise par les communes qui ont 
été parcourues par un chien enragé. » 

Des mesures de police sanitaire analogues à celle? 
dont nous venons de rappeler les traits principaux 
ont été prises et rigoureusement appliquées dans la 
plupart des pays. Leurs résultats sont merveilleux 
surtout en Allemagne où la rage a à peu près com- 
plètement disparu. Il n'en est pas de même en 
France où, au contraire, les cas de rage augmen- 
tent chaque année. La raison de cette augmentation 
est l'incurie des Pouvoirs publics qui n'appliquent 
le plus souvent les sages prescriptions des lois 
qu'au moment où des malheurs qu'on aurait pu 
éviter font songer à l'application des mesures édic- 
tées. La faute en est aussi aux particuliers qui ne 
connaissent pas ces mesures ou qui ne les appli- 
quent pas dans toute leur vigueur vis-à-vis des 
chiens qu'ils possèdent. 

94. Soins à donner aux personnes mordues 
par un chien enragé* ou suspect. — Les considé- 



POLICE SANITAIRE. 2U5 

rations qui précèdent sur l'inapplication des lois et 
sur l'augmentation corrélative des cas de rage en 
France expliquent la nécessité où l'on se trouve de 
donner des conseils éclairés au point de vue des 
soins à donner aux personnes mordues par un 
chien enragé ou suspect de rage. MM. Proust et 
Bouley ont, à la demande du Comité d'hygiène, ré- 
digé les instructions suivantes : 

« Doit être considéré comme suspect : 

« 1° Tout chien connu qui. contrairement à ses 
habitudes et à son caractère, est devenu agressif et 
mord — sans motif qui explique cette action — 
les personnes qu'il trouve à la portée de ses dents. 

« Dans ce cas, le chien doit être considéré comme 
d'autant plus suspect que les personnes qu'il a mor- 
dues lui étaient plus familières : 

« 2° Tout chien qui, dans l'intérieur des maisons, 
s'attaque aux personnes étrangères sans y être 
excité soit par son rôle de gardien, soit par une 
agression volontaire >u involontaire; 

« 3° Tout chien divaguant qui, sans aucune exci- 
tation, s'attaque aux personnes qu'il rencontre sur 
son passage, dans les rues, sur les routes, dans les 
campagnes : 

•« 4° Tout chien inconnu trouvé errant qui devient 
tout à coup agressif pour les personnes qui l'ont 
accueilli dans leur demeure. 

« Il faut tout d'abord pratiquer la cautérisation 
prompte et complète de la plaie. 

« De tous les caustiques, le meilleur est le fer 
rouge, et la cautérisation est d'autant moins dou- 



206 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 




loureuse que le fer est plus fortement chauffé. 
A défaut du fer rouge, on pourra se servir du caus- 
tique de Vienne ou de l'acide sulfurique. 

« Pendant que le fer chauffe ou en l'absence de 
caustique, il sera utile de comprimer au-dessus de 
la blessure, à l'aide d'un lien fortement serré, le 
membre mordu, en même temps que l'on cherchera 
avec les doigts à exprimer, du dedans au dehors, 
les liquides contenus dans la plaie. On aidera cette 
expression par un lavage continu fait avec un 
liquide quelconque. 

« Si la partie mordue est à la portée de la bouche, 
le blessé devra faire lui-même la succion et immé- 
diatement. 

« La succion n'offre d'ailleurs aucun danger si la 
personne qui la pratique n'est affectée d'aucune 
«corchure soit aux lèvres, soit dans la bouche. 

« Le public doit être mis en garde contre de pré- 
tendus spécifiques vantés par les charlatans. 

« Puis , il faut sans délai envoyer le blessé à 
l'Institut Pasteur. » 

95. Vaccination de la rage. — Tout le monde 
sait maintenant qu'on doit à M. Pasteur la décou- 
verte de la vaccination de cette maladie; on sait 
aussi combien de personnes mordues par des chiens 
«nragés ont dû leur guérison complète au traite- 
ment qu'elles ont suivi à l'Institut Pasteur. 

Cependant beaucoup doutent encore de l'efficacité 
de ce traitement et se contentent d'une simple cau- 
térisation, comme on l'a fait jusqu'au moment de la 
■découverte de M. Pasteur. 



POLICE SANITAIRE. 



207 



Il n'est donc pas inutile d'indiquer les principes 
et les bienfaits de cette découverte. 

Si l'on transmet la rage du chien à un lapin, la 
moelle de ce dernier est d'une virulence extrême, 
car elle tue tous les chiens auxquels on l'inocule 
par trépanation ; mais si on laisse sécher la moelle 
au lieu de l'employer toute fraîche pour les inocula- 
tions, on constate que sa virulence diminue progres- 
sivement, car au bout de dix jours, par exemple, 
l'inoculation de la moelle ne détermine aucun trou- 
ble sur le chien. En faisant des inoculations succes- 
sives de moelles du neuvième, du huitième, du 
septième jour, etc., pour arriver enfin à des inocu- 
lations de la moelle du deuxième et même du pre- 
mier jour, les chiens ne deviennent pas enragés et 
ils ne le deviennent pas en les faisant mordre par 
des chiens enragés ; en un mot, ils sont vaccinés. 

L'enthousiasme fut immense à la suite des résul- 
tats heureux obtenus par M. Pasteur dans les pre- 
miers traitements faits sur l'homme d'après cette 
méthode; dans tous les pays du inonde furent créés 
des instituts antirabiques, excepté en Allemagne, la 
rage étant très rare dans cette contrée. 

Mais quelques vaccinations n'ayant pas réussi, on 
n'a pas tardé à incriminer la méthode de M. Pas- 
teur et à l'accuser de donner la rage au lieu de la 
guérir. Il nous reste à démontrer à l'aide de chiffres 
précis si réellement cette découverte a rendu les 
services qu'on en attendait; nous citerons à cet 
égard les statistiques données par l'institut Pasteur 
de Paris. 



208 PRINCIPES d'hygiène. 

Ces chiffres portent sur des personnes mordues 
par des chiens qui ont été reconnus enragés par ino- 
culation à des animaux, sur les personnes mordues 
par des chiens sur lesquels la rage a été reconnue 
par les vétérinaires, et enfin sur les personnes mor- 
dues par des animaux suspects de rage. 

En 1886, 2,157 personnes sont soumises au traite- 
ment de M. Pasteur; 22 sont mortes; 

En 1887. 1,513 personnes sont traitées; 12 sont 
mortes ; 

En 1888, 1,874 personnes sont traitées; 8 sont 
mortes; 

En 1889, 1,533 personnes sont traitées: i sont 
mortes. 

En résumant la mortalité par rapport à un même 
clnfïre. 100 par exemple, pour mieux comparer les 
résultats, on trouve : 

Eu 1880. sur mu personnes traitées, 1,02 mortes- 
En 1887, on _ 

En 18X8. _ _ Q 5g _ 

En 1889, _ _.,,. __ 

Il est inutile de faire remarquer combien la mor- 
talité a diminué dans ces quatre dernières années à 
la suite des vaccinations antirabiques. 

Mais la mortalité est-elle plus grande à la suite de 
vaccination qu'à la suite de cautérisations ? 

En 1887, 350 personnes ont été mordues par des 
chiens enragés; 356 ont été vaccinées. 2 seulement 
sont mortes; 44 ne se sont pas fait vacciner, 7 sont 
mortes. En d'autres termes, sur 100 non vaccinées 



POLICE SANITAIRE. 



209 



et cautérisées, il en est mort 15, et sur 100 vaccinées 
0,77 seulement. 

L'Institut Pasteur a fait, en outre, un relevé de 
2,000 cas (octobre 1888 à décembre 1889). Sur ce 
chiffre, 1,108 personnes avaient été préalablement 
cautérisées au fer rouge, à la pierre infernale, à l'am- 
moniaque, etc., et sur ces 1,108 personnes, 17 sont 
mortes après vaccination. Trois de ces dernières 
avaient été cautérisées énergiquement et rapide- 
ment ; mais les 14 autres n'avaient été traitées qu'une 
demi-heure ou une heure après l'accident et avec la- 
pierre infernale, l'ammoniaque, c'est-à-dire avec des 
substances chimiques. 

Au reste, l'efficacité du traitement Pasteur varie 
suivant le point où la morsure a été faite. 

Les morsures à la tête sont les plus graves, parce 
que le virus de la rage n'a qu'un très court trajet à 
faire pour être porté jusqu'au cerveau ou à la moelle 
épinière, ses lieux de prédilection; c'est surtout dans 
ce cas que les cautérisations doivent être rapides et 
énergiques. 

Les morsures à la main sont aussi très graves, 
parce que le virus est porté directement dans l'inté- 
rieur de la peau; les morsures aux jambes ou aux 
bras sont moins dangereuses, parce que les vête- 
ments opposent quelque résistance au passage de la 
bave. 

LE CHARBON 

96. Mesures sanitaires. — Le charbon, ainsi 
qu'on l'a vu, est surtout une maladie des moutons 

li 






-" , I'Hixcipes d'hygiène. 

et dès bœufs; il peut être transmis à l'homme qui 
soigne les animaux charbonneux et aux ouvriers 
auxquels on a livré sans précaution les peaux des 
animaux morts du charbon. 

La loi du 21 juillet 1881, complétée par le règle- 
ment du 23 juin 1882 et par l'arrêté ministériel du 
28 juillet 1888, édicté des mesures rigoureuses qui 
1,I, ' I > appliquées, .préservent de la contagion et des 
suites terribles de celte maladie. 

Les principales de ces mesures sent les suivantes : 
Abatage immédiat des animaux charbonneux aus- 
sitôt que l'affection est reconnue; 

Enfouissement des cadavres avec la peau tailla- 
dée, a moins qu'ils ne soient envoyés dans un atelier 
d'équarrissage régulièrement autorisé: 

L'enfouissemenl sera fait dans un endroit clos sur 
lequel on ne doit faire paître les troupeaux sous 

aucun prétexte: 

La chair des animaux charbonneux ne peut être 
livrée à la consommation; 

Les peaux provenant des animaux charbonneux 
morts ou abattus ne seront livrées au commerce 
qu'après désinfection cmisintée; 

Dans le cas de charbon, le préfet prend un arrêté 
pour mettre sous la surveillance du vétérinaire sa- 
nitaire les animaux parmi lesquels la maladie a été 
constatée, ainsi que les locaux, cours, enclos, hér- 
itages et pâtures où ils se trouvent : 

La surveillance cesse quinze jours après la dispa- 
rition du dernier cas de maladie ; 

Le maire prescrit d'urgence la destruction des ca- 












■ ■■■■ 



POLICE SANITAIRE. 



211 



davres, des litières, fourrages, etc., souillés par les 
animaux malades, la désinfection des locaux et tous 
emplacements où ils ont séjourné, etc., etc. 

LA TUBERCULOSE 

97. Mesures sanitaires. — La tuberculose est 

commune a l'homme et à certains animaux (bovidés, 
volailles). Les mesures de police sanitaire qui con- 
cernent les animaux tuberculeux sont les suivantes 
(art. 33 de l'arrêté ministériel du 88 juillet 1888) : 

Isolement et séquestration des animaux tubercu- 
leux qui ne peuvent être déplacés que pour être 
livrés à l'abatage ; 

Dans les cas de tuberculose générale, les viandes 
des animaux qui en sont atteints sont exclues de la 
consommation ; elles doivent être détruites ainsi que 
les organes internes ou viscères : 

La peau ne peut être utilisée qu'après désinfec- 
tion; 

La vente et l'usage du lait des vaches tuberculeu- 
ses est interdit. 



LA MORVE ET LE FARCIN 

98. Caractères généraux et mesures sanitaires. 

— La morve et le farcin sont, sous deux noms diffé- 
rents, deux affections ayant beaucoup de caractères 
communs et atteignant principalement les animaux 
de l'espèce chevaline (chevaux, ânes, mulets). Ces 
deux maladies sont essentiellement caractérisées 






312 



PRINCIPES d'hyi.ikne. 






par l'inflammation et l'ulcération de la membrane 
pituitaire des animaux frappés; elles sont réputées 
incurables, la morre surtout. 

On connaît depuis longtemps des cas certains de 
transmission de la morve et du larcin à l'homme. 
L'inoculation se fait par contacts répétés avec, les 
animaux malades, que la peau de l'homme présente 
une solution ( | r continuité ou même qu'elle ait gardé 
son intégrité; mais on a aussi signalé dos transmis- 
sions plus singulières, telles que le cas rapporté par 
Klesch : un homme fui atteint de morve sans avoir 
eu le moindre rapport avec des chevaux morveux; 
il avait simplement couché dans une écurie où des 
animaux atteints de cette maladie avaient séjourné. 
On conçoit que ces affections menacent tout par- 
ticulièrement les palefreniers, les cochers, les sol- 
dats cavaliers, les vétérinaires, etc., en un mot. 
toutes les personnes qui ont des rapports fréquents 
avec les animaux qui en sont atteints. 

Elles sont aussi contagieuses d'homme à homme 
et toujours mortelles pour l'espèce humaine. Aussi 
est-il nécessaire d'appliquer avec la plus rigoureuse 
exactitude les prescriptions de police sanitaire qui 
leur sont relatives, savoir : 

La déclaration obligatoire par les propriétaires 
des cas de morve constatés ou soupçonnés dans 
leurs écuries ; 

L'abatage immédiat des animaux atteints ; la 
morve étant incurable et éminemment contagieuse, 
cette mesure ne peut être qu'avantageuse pour les 
propriétaires eux-mêmes ; 



POLICE SANITAIRE. 



213 



La surveillance par les vétérinaires délégués des 
animaux qui ont été en contact avec les animaux 
morveux; 

La défense absolue de livrer à la consommation 
la chair des animaux abattus, à moins de désinfec- 
tion complète. 



2° Maladies contagieuses des animaux, non transmis- 
sibles à l'homme. 



99. Mesures générales de police sanitaire. — 

La loi du 21 juillet 1881 vise les maladies suivantes : 

1° La peste burine dans toutes les espèces de 
ruminants ; 

2° La péripneumonie contagieuse dans l'espèce 
bovine : 

3° La clavelée et la gale dans les espèces ovine et 
caprine; 

4° La fièvre aphtheuse dans les espèces bovine, 
ovine, caprine et porcine ; 

5° La morve, le farcin, la domine dans les 
espèces chevaline et ovine ; 

6 e La rage et le charbon dans toutes les espèces. 

.L'arrêté ministériel du 28 juillet 1888 a ajouté à la 
liste de ces maladies : 

1° Le rouget et la pneamo-entérite infectieuse 
dans l'espèce porcine ; 

2° Le charbon sytnptomatique dans l'espèce 
bovine ; 

3° La tuberculose dans l'espèce bovine. 






214 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



Les mesures générales de protection contre ces 
diverses maladies sont les suivantes : 

a) Déclaration de la maladie contagieuse partout 
propriétaire ou toute personne ayant, à quelque 
titre que ce soit, la charge des soins ou la garde 
d'un animal atteint ou soupçonné d'être atteint de 
ladite maladie : 

in Abatage immédiat, dans certains cas. de l'ani- 
mal malade: séquestration et isofemenl de ceux qui 
" nl '' ,| ''' en contact avec lui jusqu'à ce qu'il soit 
reconnu qu'ils sont parfaitement indemnes: 

C) Enfouissement, sans aucune utilisation pos- 
sible, de l'animai abattu ou mort spontanément à la 
suite delà maladie contagieuse; par exception, l'uti- 
lisation de la viande ou des peaux de cadavres est 
autorisée dans certains cas bien déterminés. 

Si sévères que puissent paraître ces prescriptions, 
elles n'en sont pas moins absolument nécessaires: 
leur application rigoureuse permet de sauvegarder 
{'intérêt particulier en empêchant les maladies de 
S'étendre aux animaux d'une même ferme, et l'inté- 
rêt général en restreignant les maladies aux seuls 
endroits atteints. 






HYGIENE DE L'ENFANCE 



Surveillance des écoles. 

Les soins de propreté, le sommeil et l'allaitement des nou- 
veau-nés. 



100. Surveillance des écoles. — L'accroisse- 
ment de la population en France est très faible 
comparativement à l'accroissement de la population 
dans les pays voisins, en Allemagne et en Angle- 
terre principalement : c'est là une constatation 
navrante qui a appelé les études de tous les hom- 
mes éclairés qui ont le juste souci de l'avenir de 
notre pays ; ils ont conseillé certaines mesures 
d'application difficile ou lointaine. Parmi ces mesu- 
res, il en est une seule qui puisse donner des résul- 
tats immédiats : elle consiste à diminuer la morta- 
lité des enfants dans toute la mesure du possible. 
La mortalité des enfants, des nouveau-nés princi- 
palement, est considérable et elle est due en grande 
partie, d'un côté, à la difficulté que les principes de 
l'hygiène la plus élémentaire trouvent à pénétrer 
dans les divers milieux et, d'un autre côté, à la per- 
sistance de préjugés d'un autre âge, entretenus par 
l'habitude ou par l'indifférence. 

C'est un devoir éminemment patriotique d'éclairer 
largement tous ceux qui ont charge d'enfants, à 






216 



PRINCIPES D'HYGIÈNE 



quelque âge qu'on les considère, et ce devoir peut 
Ôtre rempli chaque jour par les instituteurs, autant 
dans l'école qu'autour d'eux. 

L'école est un grand foyer de contagion où les 
'niants sèment et prennent les fièvres éruptives 
les maladies de la peau, te croup, etc., et il a été 
malheureusement constaté qu'on meurt aujourd'hui 
à peu près autant qu'il y a trente ans des maladies 
Infectieuses, bien que les conditions du développe-, 
ment de ces maladies et des mesures prophylacti- 
ques, propres à les éviter, soient complètement coi- 
nues dans leurs moindres détails, i fcla tient surtout, 
en ce qui concerne les écoles, à ce que les inspections 
médicales sont incomplètes et laissent séjourner, 
au milieu d'enfants sains, des convalescents qui 
portent avec eux et propagent autour «Ceux les ger- 
mes des maladies qui les avaient frappés. 

Une première réforme à réaliser serait évidem- 
ment de donner à ces inspections le caractère de 
visites médicales scrupuleuses et prolongées. Qu'a- 
t-il été fait jusqu'ici à ce point de vue:' Le décret du 
1S janvier IHH1 demande que les médecins s'assu- 
rent ,1e la salubrité des écoles et de l'état sanitaire 
des enfants pendant leurs tournées de clientèle. 
C'est trop peu, car ainsi que le dit si justement 
M. Goriveaud, dans un ouvrage récent, on n'étudie 
l'as les conditions de salubrité d'un immeuble et 
l'état sanitaire de cinquante enfants, comme cela, 
en passant, dans une tournée fort remplie par 
ailleurs, et toujours de courte durée. Si l'on veut 
que l'inspection médicale des enfants procure tous 



HYGIÈNE DE L ENFANCE. 



217 



les avantages qu'on est en droit d'attendre d'elle — 
au premier rang desquelles se place l'extinction, à 
leur foyer même, d'un grand nombre de maladies 
épidémiques, et la préservation pour beaucoup d'en- 
fants d'infirmités incurables plus tard, — il faut en 
faire un service spécial et rétribué. Il faudrait sur- 
tout centraliser entre les mains d'un personnel 
compétent les services répartis actuellement entre 
des agents nombreux et bénévoles, médecins des 
épidémies, médecins vaccinateurs, inspecteurs des 
enfants assistés, des écoles, etc. 

En attendant la réalisation de ces vœux, l'institu- 
teur doit faire œuvre d'hygiéniste et prendre les 
mesures énergiques que l'hygiène conseille pour 
faire face aux innombrables dangers qui menacent 
la santé des enfants. 

Mais il importe tout autant que chacun ait le souci 
des petits enfants dont les soins, dans les campa- 
gnes surtout, sont uniquement inspirés par les pré- 
jugés et par l'ignorance. Ces soins feront l'objet de 
la suite de ce chapitre; nous aurons surtout à con- 
sidérer les soins de propreté, le sommeil et les 
modes de nutrition. 

101. Soins de propreté. — Les soins de pro- 
preté doivent être de tous les instants, car les petits 
enfants se salissent souvent et il est de toute néces- 
sité que chaque fois ils soient entièrement débar- 
rassés de leurs impropretés, car il faut éviter l'ap- 
parition des rougeurs et des excoriations qui se 
développent très vite. La meilleure méthode est la 
plus simple : une lotion avec de l'eau légèrement 



218 



PRINCIPES D HYGIENE. 



tiédie et une éponge fine. On essuie ensuite avec 
un linge lin usé. puis l'on saupoudre de fécule, 
d'amidon ou de Iycopode. 

Ces lavages partiels doivent être accompagnés 
tous les jours de lotions générales ou mieux, si 
^esl possible, de bains très courts de 2 à h minutes, 
pendant lesquels on frictionne légèrement la peau 
des enfants pour mieux assurer son fonctionnement 
et pour assouplir leurs membres. 

Quelques médecins recommandent d'employer 
pour les bains l'eau de feuilles de noyer alin de raf- 
fermir la peau si prompte à s'irriter et à se fen- 
diller: l'eau de son ou d'amidon peut aussi rendre 
des services lorsque la peau est irritée. 

Pendant les lotions ou pendant les bains à l'eau 
tiède, il faut éviter avec soin tout courant d'air et. 
pendant les journées froides, toute diminution brus- 
que de température qui pourraient occasionner des 
troubles dans l'appareil respiratoire. 

A l'exemple des Spartiates qui plongeaient tous 
fes nouveau-nés dans l'eau froide de l'Eurotas, on 
a parfois conseillé l'usage exclusif de l'eau froide 
pour la toilette des enfants dès leur naissance 
même. C'est une pratique contraire aux lois de la 
physiologie, au moins jusqu'au moment où les en- 
fants peuvent marcher. A partir de cet âge. il est 
bon et sain d'habituer les enfants à l'usage de l'eau 
froide. 

Dans la toilette des enfants, il ne faut négliger 
aucun détail : les oreilles et les yeux, par exemple, 
doivent être toujours maintenus dans un état de 



HYGIENE DE L ENFANCE. 



219 



grande propreté atin d'éviter des accidents qui peu- 
vent devenir graves. Les yeux demandent, en ou- 
tre, des soins spéciaux pendant les premiers jours 
qui suivent la naissance: pendant le sommeil, ils 
doivent être garantis de tout courant d'air et 
d'une lumière trop vive; on obtient ce résultat en 
couvrant le berceau d'un voile ou d'un rideau; de 
même quand les petits enfants changent de pièce, 
on garantit les yeux de la même façon en les cou- 
vrant d'un voile. Ces précautions sont de grande 
nécessité, car elles préservent d'ophthalmies qui 
peuvent amener la perte de la vue. 

Pour éviter les déviations des yeux, il faut avoir 
soin que les enfants dans leur berceau n'aient pas 
le visage éclairé obliquement; il est utile, en outre, 
pour les préserver des mêmes accidents, de ne sus- 
pendre au voisinage de leurs yeux aucun objet 
susceptible de fixer les regards. 

Un préjugé tenace demande la conservation de la 
saleté qui s'amasse sur la tète des petits enfants et 
qu'on désigne sous le nom de chapeau : ces saletés 
sont le meilleur terrain pour le développement des 
parasites et elles Unissent par constituer une véri- 
table gène. 11 faut enlever, à mesure qu'elles se pro- 
duisent, les croûtes du chapeau soit en frottant la 
tête avec une brosse fine ou avec une éponge im- 
bibée d'eau, soit en répandant au préalable sur elles 
une mince couche d'huile qui en détruit l'adhérence. 

A propos de la tète, nous indiquerons encore une 
pratique stupide et dangereuse contre laquelle il 
importe de réagir énergiquement. La tête du nou- 



■■ 



220 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



veau-né est généralement allongée en pointe et non 
régulièrement arrondie ; on trouve souvent des per- 
sonnes qui s'imaginent obtenir une forme plus con- 
venable en pétrissant dans leurs doigts la tête en- 
core molle ! La tête prend d'elle-même la forme qui 
lui convient le mieux et il ne faut la comprimer 
sous aucun prétexte. 

102. Le sommeil. — Le sommeil tient la plus 
large place dans les premiers mois de la vie de l'en- 
fant, qui ne s'éveille guère que pour prendre sa 
nourriture et qui s'endort dès qu'il l'a prise. Il n'est 
nullement nécessaire de le provoquer par le berçage 
ou autrement, car c'est créer bien inutilement une 
babitude qui devient bientôt une véritable tyrannie. 
On croit que le berçage peut avoir une influence 
mauvaise sur le cerveau, et il est certain que les 
mouvements imprimés au berceau amènent des 
troubles digestifs et des vomissements. Pour ces 
raisons diveises, il convient de laisser le sommeil 
arriver tout naturellement. Il convient aussi de ne 
jamais l'interrompre, surtout de l'interrompre brus- 
quement, et d'attendre que la faim ou les be- 
soins naturels réveillent les enfants. Cependant, il 
y a des tempéraments engourdis qu'il est utile de 
stimuler; le médecin indiquera les meilleures me- 
sures à prendre à cet égard. 

Comment faut-il babiller les enfants pour le som- 
meil '? On a conseillé dans ces derniers temps de 
coucher dans du son les enfants tout nus dans la 
partie inférieure du corps et recouverts seulement 
d'une peau de mouton. Cette pratique a le grand 



HYGIÈNE DE L'ENFANCE. 



221 



avantage d'empêcher l'enfant de se mouiller ou de 
se salir, car le son absorbe les saletés et il peut être 
changé souvent. Mais on préfère généralement en 
France envelopper les enfants dans dos langes et les 
recouvrir d'un maillot. Une précaution nécessaire, 
dans ce cas, est de ne point serrer les membres 
avec des bandelettes et de laisser les bras toujours 
libres, afin surtout que, pendant le sommeil, la res- 
piration puisse se faire amplement, sans aucune 
gêne. 

L'enfant doit dormir dans son berceau; sous 
aucun prétexte, il ne doit partager le lit de sa mère 
et de sa nourrice, car il courrait à tout moment le 
risque d'être asphyxié. Que le berceau soit modeste 
ou luxueux, il importe avant tout qu'il soit toujours 
dans le meilleur état de propreté et porté sur un 
pied assez élevé, afin que l'enfant puisse respirer 
l'air pur de la pièce. La literie la plus hygiénique 
se compose d'un ou de deux paillassons de toile 
garnis de crin, de varech, de paille, etc.. d'un oreil- 
ler demi-circulaire rempli de crin : les oreillers de 
plume sont trop chauds et malsains. Les rideaux ne 
sont pas nécessaires ; ils peuvent cependant être 
utiles pour empêcher les courants d'air ou la lu- 
mière trop vive d'arriver sur les enfants; mais il ne 
faut jamais les fermer complètement parce que, 
dans ce cas, ils seraient un obstacle pour le renou- 
vellement de l'air. 

103. Nutrition de l'enfant. — Le lait est la 
sente nourriture qui puisse convenir aux enfants 
jusqu'au moment de l'apparition des dents; c'est 



222 



PRINCIPES D HYGIÈNE. 



un principe qui ne souffre aucune exception et qui 
demande une application rigoureuse. Les enfants, 
en effet, ne peuvent digérer que le lait jusqu'à 
l'âge de huit ou dix mois; toutes les autres subs- 
tances, fécule, eau panée, soupes, etc., ne consti- 
tuent pas des aliments pour eux, elles sont les 
causes déterminantes d'affections graves des voies 
digestives, qui se terminent fréquemment par la 
mort. 

L'allaitement des enfants est dit naturel ou arti- 
ficiel, suivant qu'il se fait avec le lait de la mère ou 
d'uni' nourrice, ou avec le lait d'animaux (vache, 
ânesse, chèvre). 

1. L 'allaitement naturel est le meilleur, sans 
contredit ; c'est aussi le seul qui puisse donner une 
confiance absolue lorsqu'il a été reconnu que le 
lait est bon et que la personne qui allaite n'est 
atteinte d'aucune maladie transmissible pouvant 
être communiquée à l'enfant. 

Il faut toutefois se rendre compte, même dans ces 
conditions, que l'enfant prospère, profite comme on 
dit couramment, et qu'il est en bonne santé. 

Le caractère le plus évident de l'état prospère et 
sain de l'enfant est tiré de son aspect extérieur : la 
figure est pleine, la couleur rosée, les chairs sont 
fermes avec des fossettes ; les garde-robes ont l'as- 
pect d'oeufs brouillés. L'enfant qui vient mal, au 
contraire, a la figure tirée, ridée, vieillie; la peau 
est flasque, molle ; les garde-robes n'ont pas d'ho- 
mogénéité ; les diarrhées peuvent être fréquentes, et 
elles deviennent vertes dans le cas de troubles 



HYGIÈNE DE L ENFANCE. 22h 

graves dans l'appareil digestif, ce qui est presque 
inévitable à un moment donné. 

Des caractères plus certains sont tirés des varia- 
tions du poids des enfants, car si pendant les deux 
premiers jours qui suivent la naissance le poids 
diminue d'environ 100 grammes, il augmente à 
partir de ce moment dans des proportions régu- 
lières si l'enfant vient Lien : il doit gagner de "20 à 
30 grammes par jour pendant les quatre premiers 
mois, de 20 à 10 grammes pendant les quatre mois 
suivants, et enfui de 10 à 5 grammes à partir du 
huitième mois jusqu'à la fin de la première année. 
Les enfants devraient toujours être pesés régulière- 
ment; les pesées s'imposent absolument quand on 
a quelque doute sur leur état de santé et sur leurs 
progrès. 

Il est utile de répéter ce que nous avons déjà dit : 
jusqu'au moment de l'apparition des dents, l'enfant, 
même élevé par sa mère ou par une nourrice, ne 
doit avoir d'autre aliment que le lait si l'on veut 
s'épargner de cruels mécomptes. C'est un préjugé 
absurde de prétendre que le lait est un aliment 
insuffisant; la vérité est que l'enfant, pendant les 
premiers mois de sa vie, n'est pas suffisamment dé- 
veloppé pour manger n'importe quoi, même les 
bouillies ou les soupes les plus légères. 

2. L'allaitement artificiel est généralement con- 
damné par les médecins, et il ne doit être adopté 
qu'autant que l'allaitement naturel est impossible. 
Il faut cependant reconnaître (pie, s'il est bien di- 
rigé, il peut donner d'excellents résultats. 




224 



PRINCIPES D HYGIÈNE. 



Le lait d'ânesse est celui qui, par sa composition, 
se rapproche le plus du lait de la femme; mais il est 
d'un prix très élevé, et par conséquent peu employé. 
C'est, en général, le lait de vache qu'on donne dans 
l'allaitement artificiel, et nous n'aurons en vue que 
celui-là dans les considérations qui vont suivre. 

La première condition qu'il s'agirait de réaliser 
serait de trouver une vache qui eût un jeune lait et 
qui pût en fournir, par suite, pendant toute la durée 
de l'allaitement artificiel de l'enfant ou au moins 
jusqu'au moment où celui-ci fut d'âge à supporter 
quelques légers aliments. Cette condition peut être 
remplie à la campagne, mais il n'y faut guère comp- 
ter dans les villes. 

Le lait doit provenir de vaches saines. Comme ce 
point est difficile à vérifier, il faudra avoir toujours 
la précaution de faire bouillir le lait avant de le 
donner aux enfants pour en détruire tous les ger- 
mes qu'il peut contenir, notamment les germes de 
la tuberculose. Ce que nous savons de la présence 
de germes vivants dans l'air indique qu'il faut tenir 
les vases qui renferment le lait toujours absolument 
fermés; on les placera dans un endroit frais, à la 
cave ou dans un seau d'eau froide, pour que le lait 
ne puisse pas tourner. 

La préparation du lait devant servir à l'allaite- 
ment varie suivant l'âge de l'enfant. Pendant les 
premières semaines, on donne un mélange compre- 
nant environ une partie de lait pur pour trois par- 
ties d'eau légèrement sucrée ; jusqu'au troisième 
mois, le mélange sera d'une partie de lait pour deux 



HYGIÈNE DE L ENFANCE. 



:2-2:> 



parties d'eau: à partir du troisième mois, on mélan- 
gera à parties égales le lait et l'eau pour arriver 
progressivement à donner du lait pur à six mois. ' 
On recommande souvent de couper le lait à tous les 
âges avec des tisanes d'orge, de gruau, etc., légère- 
ment sucrées; rien ne vaut l'eau sucrée qui rappro- 
che la composition du lait do la vache de celle du 
lait de la femme. 

Si l'eau employée n'est pas reconnue absolument 
pure de tout germe vivant, il est essentiel de la lil- 
trer avec soin pour retenir les agents de maladies 
graves. 

Le lait étant supposé bon et préparé comme il 
vient d'être dit, comment faudra-t-il le faire prendre 
à l'enfant? Plusieurs systèmes sont recommandés à 
cet égard et l'on peut avoir recours aux uns ou aux 
autres selon l'âge de l'enfant. Pendant les premiers 
jours qui suivent la naissance, l'enfant demande 
peu de lait et on peut le lui donner à la cuiller 
par petites gorgées; puis on pourra employer une 
petite fiole en verre de contenance connue, munie 
d'un bout percé en caoutchouc, et enfin on adop- 
tera un modèle de biberon lorsque l'alimentation 
devra être plus abondante. 

Le danger constant de l'allaitement artificiel ré- 
side dans les fioles et dans les biberons utilisés 
qu'il faut tenir toujours absolument propres. Le 
mieux est do prendre l'habitude de les laver soi- 
gneusement dès qu'ils ont servi et de les maintenir 
dans l'eau froide et, autant que possible, renou- 
velée jusqu'au repas suivant. On conçoit bien que 

17, 



226 



principes d'hygiène: 



ta sollicitude d'une mère seule est assez grande 
pour remplir ces devoirs de tous les instants, et 
l'on ne saurait trop recommander dé ne se fier qu'à 
Boi-même pour leur exécution. 

Le lait et l'appareil étant trouvés, quelles mesures 
reste-t-il à prendre pour donner à l'allaitement arti- 
ficiel toute la sécurité désirable? 

Le lait doit toujours être donné à une tempéra- 
ture égale ou à peu prés égale à celle du lait que 
reçoivent les enfants nourris à La mamelle, c'est-à- 
dire atteignant environ 37 degrés centigrades. Audé- 
but, le thermomètre seul indiquera si cette tem- 
pérature est atteinte ou dépassée; puis l'habitude 
permettra d'arriver à une constatation suffisante 
d'une chaleur convenable. Le lait aura la même 
température le jour et la nuit, et jamais on ne de- 
vra faire servir le reste d'un repas pouf un repas 
suivant. 

Les quantités de lait données à chaque repas va- 
rient nécessairement avec l'âge de l'enfant : le pre- 
mier, le deuxième, le troisième et le quatrième 
jour, l'enfant prendra respectivement trois, dix, 
trente, quarante cuillerées à soupe du mélange pré- 
paré, ainsi que nous l'avons dit : puis on comptera, 
pendant le premier mois, environ tiOO grammes du 
mélange répartis également dans les divers repas. 
On pourra donner, pendant le deuxième mois, 
70 grammes par repas. 100 grammes pendant le 
troisième , pour arriver vers six mois à environ un 
litre de lait pur par jour. 
Ces chiffres sur les quantités de lait qu'il convient 



HYGIÈNE DE L ENFANCE. 



227 



de donner pendant les six premiers mois expriment 
une moyenne; aussi ne faut-il pas les considérer 
comme devant être absolument adoptés d'une façon 
générale. Il appartient aux personnes qui soignent 
les enfants de se rendre compte de leur valeur, de 
les augmenter ou de les diminuer suivant les cas; 
nous ajouterons qu'il est difficile de trouver une 
mesure exacte qui réponde aux besoins de nutrition 
des enfants, et si nous ajoutons cette difficulté à cel- 
les qui entourent l'allaitement artificiel, il faut con- 
clure que la mère seule peut entreprendre une tache 
aussi délicate. 

Quel que soit le mode d'allaitement adopté, il est 
très important d'habituer de bonne heure les enfants 
à prendre leurs repas avec la plus grande régularité, 
afin que la digestion d'un repas soit achevée au mo- 
ment du repas suivant. Pendant les premiers jours 
qui suivent la naissance, les enfants réclament sou- 
vent de la nourriture et l'on ne saurait les contrain- 
dre à attendre des heures déterminées d'avance; 
mais dès la fin du premier mois il faut savoir mon- 
trer à cet égard une certaine fermeté, qui, au reste, 
n'exclut nullement la tendresse, pour arriver à ne 
donner le lait ou le sein que toutes les deux heures 
pendant le jour jusqu'au cinquième ou sixième mois. 
A partir de cet âge, il faudra espacer encore davan- 
tage les heures des repas, toutes les trois heures, 
par exemple. 

Cette excellente habitude de la réglementation des 
repas ne se fait pas sans quelque difficulté au début 
et surtout sans quelques cris : qu'on se souvienne 



228 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



bien que les enfants mal réglés ne sont jamais bien 
forts et que les mauvaises habitudes se prennent et 
se conservent comme les meilleures et réciproque- 
ment. 

La nuit, pour les petits enfants comme pour les 
grandes personnes, doit être uniquement consacrée 
au sommeil et au repos; c'est dire qu'il faut arriver 
progressivement à ne donner le lait que le moins 
possible pendant la nuit, deux ou trois fois d'abord, 
puis une seule fuis. Avee un peu de fermeté, on 
obtient, dès le quatrième mois, de passer la nuit 
sans un seul repas : c'est là le résultat que les mères 
et les nourrices doivent chercher à atteindre. 

L'hygiène de l'enfance, pour être complète, ne 
devrait pas se borner à ces notions sommaires, car 
il n'est pas un détail qui ne mérite d'être examiné 
avec sollicitude. .Mais nous ne pouvons entreprendre 
un si vaste sujet, qui fait l'objet d'ouvrages spéciaux 
,que toute mère trouverai! le plus grand intérêt à 
consulter. Il serait à désirer que ces ouvrages fus- 
sent plus répandus qu'ils ne le sont actuellement; 
ils sont le résultat des observations et des médita- 
tions de médecins habitués aux soins des petits 
entants et ils méritent d'être lus et relus souvent, 
car ils combattent des préjugés dangereux, forte- 
ment enracinés dans (mis les milieux et entretenus 
par une confiance inexplicable. La science des 
médecins trouve souvent des difficultés dans l'appli- 
cation des conseils ou des soins prescrits, et cepen- 
dant c'est à elle seule qu'il faudrait avoir recours 
dans tous les cas où la santé des petits enfants parait 






HYGIENE DE L EXF.YNi 1E. 



229 



compromise. Nous ajouterons même qu'il est de 
toute nécessité que les petits enfants soient soumis 
régulièrement, à partir de leur naissance, à l'exa- 
men scrupuleux d'un médecin qui seul peut se ren- 
dre un compte réellement précis de leurs progrès et 
de leur état général de santé. Il est impossible de 
dire combien de malheurs seraient évités si ce con- 
seil était écouté de tous ceux qui ont le souci des 
petits enfants! 



4am 









APPENDICE 



PREMIERS SOINS A DONNER EN CAS D'ACCIDENTS 



On doit ;\ dos médecins expérimentés d'excellents 
ouvrages de vulgarisation concernant los premiers 
soins que chacun peut donner, en cas d'accident, en 
l'absence du médecin et en attendant son arrivée. 
Ces ouvrages sont très répandus; ils ont rendu de 
grands services et ils sont appelés à en rendre de 
plus grands encore avec la diffusion de l'enseigne- 
ment de l'hygiène. Leur objet principal est de con- 
seiller des mesures rationnelles, propres à faciliter 
la tâche des hommes compétents et de soustraire le 
malade ou le blessé aux soins inspirés par les pré- 
jugés, qui ne peuvent qu'aggraver sou état. 

Il est malheureusement d'observation courante 
que, malgré les ell'orts tentés de ce côté par l'inter- 
médiaire de ces livres utiles, il y a bien peu de per- 
sonnes, en dehors du monde médical, qui sachent, 
ce qu'il est logique de faire en présence d'un acci- 
dent grave plaçant quelquefois l'individu atteint 
entre la vie et la mort. On reste le témoin attristé et 













232 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



impuissant des souffrances d'autrui jusqu'à l'arrivée 
du médecin; les minutes se sont écoulées, cruelles 
et angoissantes, et trop souvent l'homme de l'art ne 
peut que constater que le mal a fini son œuvre. 

Rien n'est aussi pénible que l'inertie à laquelle 
on est condamné en face d'un malheur qui peut être 
irréparable s'il n'est conjuré à temps, et nous consi- 
dérons comme un véritable devoir de compléter cet 
ouvrage par quelques conseils pratiques qui pour- 
ront permettre à chacun de donner des soins immé- 
diats et efficaces dans les accidents les plus fré- 
quents et dans les cas les plus graves. 

Nous examinerons successivement à ce sujet : 
les empoisonnements, les asphyxies, les brûlures, 
les hémorragies, les piqûres et l'apoplexie. 

Empoisonnements. 

Les substances désignées sous le nom de poisons 
sont extrêmement nombreuses et elles agissent de 
façons très diverses sur l'organisme. Avant de 
passer aux détails sommaires que comporte ce vaste 
sujet, nous indiquerons les mesures générales qu'il 
est urgent de prendre dans tous les cas, même lors- 
que la nature du poison est totalement inconnue. 

Ces mesures consistent : 1° à faire évacuer le 
poison aussitôt et aussi complet emenl que possible; 
2° à administrer des substances capables de neu- 
traliser les effets du poison. 

1° Evacuation du poison. — Au moment où l'on 
se trouve appelé auprès de malades présentant les 
symptômes d'un empoisonnement (douleurs vives 



PREMIERS SOINS EN CAS D ACCIDENT. 



233 



dans l'estomac, dans les intestins, vomissements, 
sommeil irrésistible, convulsions, contractions des 
mâchoires, etc.), le poison est encore dans l'estomac 
pu bien il a déjà passé dans l'intestin. 11 faut agir de 
façon à répondre à ces deux hypothèses. 

L'estomac est débarrassé promptement par l'ad- 
ministration d'un vomitif (20 centigrammes d'émé- 
tique ou 2 grammes d'ipéca dans un verre d'eau pris 
dans un quart d'heure, en deux ou trois fois). En 
l'absence de vomitif, enfoncer le doigt dans la bou- 
che du malade jusqu'il la luette, qu'on peut aussi 
exciter avec les barbes d'une plume. Pour faciliter 
les vomissements, donner de l'eau tiède non sucrée. 

L'évacuation du poison contenu dans l'intestin se 
fait uniquement par les purgations et par les lave- 
ments : donner d'abord une cuillerée de magnésie 
calcinée délayée dans un peu d'eau, puis lavements 
purgatifs avec un quart de litre d'eau chaude dans 
laquelle on a fait dissoudre deux cuillerées de sel 
marin (sel de cuisine). 

2° Administration de substances neutralisantes. 
— L'eau albuminée, qu'on obtient en battant quatre 
blancs d'oeufs dans un litre d'eau et en filtrant en- 
suite ; le lait, Veau gommée (30 grammes de gomme 
dans un litre d'eau) ; Venu de guimauve (100 gram- 
mes de guimauve pour un litre d'eau), peuvent être 
administrées dans tous les cas d'empoisonnement. 

Pendant qu'on procède à ces divers soins, il faut 
surveiller scrupuleusement le malade : s'il s'éva- 
nouit, on lui fait respirer des sels; si les extrémités 
inférieures se refroidissent, on lutte contre le refroi- 






234 



PRINCIPES DHTGIÈNE. 



dissemeat par l'emploi de cruchons d'eau chaude. 
de tuiles ou de briques chauffées, etc. 

Lorsque la nature du poison est connue, ces pre- 
miers soins peuvent être continués d'après d'autres 
Indications que nous allons passer sommairement 
en revue 

1" Champignons. — Vomitifs, purgatifs et lave- 
ments purgatifs; puis donnera boire du café, plus 
tard du lait et de l'eau de riz gommée: s'abstenir de 
vinaigre, même étendu d'eau ; combattre les coli- 
ques violentes par des cataplasmes de farine de lin, 
des lavements de gin mauve. 

2° Plantes vénéneuses. — .Même soins. Hoissons 
alcooliques ; infusions de thé ou de café. 

3° Laudanum, opium, morphine. — Vomitifs; 
puis café en abondance ou à son défaut une décoc- 
tion d'écorce de bois (ou préparation au tannin). 

Le vomitif doit être énergique pour vaincre l'en- 
gourdissement de l'estomac. Frictions, sinapismes. 
Tenir le malade éveillé. 

4° Acides (acide oxalique, sel d'oseille, alun, 
acide sulfurique ou vitriol, acide azotique ou eau 
forte, etc.;. — Vomitifs et purgatifs. Faire boire en 
abondance de l'eau dans laquelle on a délayé de la 
magnésie, de la craie ou du savon ( 15 à 90 grammes 
par litre): puis, lorsque les liquides rejetés ne con- 
tiennent plus d'acide, donner de l'eau albumineuse, 
du lait coupé, d'eau: appliquer des cataplasmes sur 
les régions douloureuses. 

ô" Alcalis ipotasse, soude, ammoniaque, carbo- 
nate d'ammoniaque, eau de Javelle, chaux, etc.). — 



PREMIERS SOINS EN CAS D ACCIDENT. 



235 



Vomitifs et purgatifs; puis donner eu abondance de 
l'eau vinaigrée (100 grammes de vinaigre par litre 
d'eau), du jus de citron; continuer par eau albumi- 
neuse, lait. 

6° Sublimé ou Mchlorure de mercure, composes 
mercuricls. — Donner immédiatement un verre 
d'eau albumineuse ; provoquer ensuite les vomisse- 
ments en titillant la luette; recommencer trois ou 
quatre l'ois. L'albumine forme avec les composés du 
mercure des corps insolubles ou peu solubles et par 
conséquent empêche leur absorption. Ne pas em- 
ployer d'eau salée. 

Les eaux sulfureuses (Eaux-Bonnes, Cauterets, 
Enghien, etc.) sont aussi de bons contrepoisons dans 
cette catégorie d'empoisonnements. 

7° Emêtique. — Le poison provoque lui-même 
les vomissements. Le tannin est un excellent con- 
trepoison (2 grammes pour 100 d'eau): à défaut de 
tannin, donner des décoctions d'écorce ou de noix 
de galle. 

8° Phosphore (allumettes, pâtes phosphorées). — 
Vomitifs et purgatifs. Donner ensuite de l'eau albu- 
mineuse. Ne donner ni huiles ni corps gras qui ont 
la propriété de dissoudre le phosphore et qui par 
suite favorisent son absorption. 

5° Arsenic (arsenic du commerce ou niort-aux-rats, 
arséniates, orpiment, réalgar, vert de Scheele, etc.). 
Faire vomir en titillant la luette et en donnant de 
l'eau tiède, puis purgatif; ensuite, donner tous 
les quarts d'heure un verre de magnésie hydratée 
obtenue en faisant bouillir pendant environ vingt 



>s 






236 PRINCIPES d'hygiène. 

minutes 20 grammes de magnésie calcinée dans 
500 grammes d'eau; boissons réconfortantes (punch, 
vin chaud), frictions, etc. 

10° Vert-de-gris, vitriol bleu. — Vomitifs et 
purgatifs: eau albumineuse en grande quantité. 

Asphyxies. 

Les asphyxies se produisent : 1° lorsque l'air ne 
peut plus entrer dans les poumons, comme dans la 
strangulation et la pendaison, etc.; 2° lorsque l'air 
de la respiration est vicié par des gaz délétères, 
comme les vapeurs du charbon, les gaz de la fer- 
mentation, etc. 

A quelques causes que soient dues les asphyxies, 
il est important : 1° d'agir immédiatement, ce qui 
est la première condition du succès ; 2° de ne point 
se décourager si les premiers soins n'ont pas un 
résultat rapide, car des asphyxiés ont pu être rame- 
nés à la vie après huit et dix heures d'efforts persé- 
vérants. 

Dans tous les cas d'asphyxies, après avoir enlevé ' 
rapidement les vêtements — on les coupe avec des 
ciseaux si cela est nécessaire (noyés) — et après 
avoir couché le malade de façon que le haut du corps 
soit légèrement relevé, on ouvre la bouche de l'as- 
phyxié, on maintient les mâchoires écartées à l'aide 
d'un bouchon placé entre les molaires, on tire la lan- 
que au dehors en la prenant avec un mouchoir et on 
approche des narines le goulot d'un flacon d'alcali 
ou une allumette enflammée, pendant que d'autres 
personnes cherchent à ramener la circulation du 



PREMIERS SOINS EN CAS D ACCIDENT. 



23 1 : 



sang et la chaleur du corps à l'aide de frictions, de 
briques chaudes, de fers chauds, etc. 

Si ces mesures rapides restent sans résultats, il 
faut avoir recours à la respiration artificielle. Le 
procédé le plus simple de respiration artificielle 
consiste à appliquer sa bouche sur celle du malade, 
dont on serre le nez avec les mains, et à souffler 
fortement plusieurs fois de suite. Un autre procédé 
qui donne de meilleurs résultats consiste à placer 
dans l'une des narines de l'asphyxié un tube quel- 
conque, tel qu'un tuyau de pipe, et à souffler dans 
ce tube, mais en empêchant l'air de sortir par la 
bouche et l'autre narine avant d'avoir passé dans les 
poumons. 

Afin d'aider au retour des mouvements néces- 
saires à la respiration, il faut lever et abaisser suc- 
cessivement les bras de l'asphyxié ou, ce qui vaut 
mieux, comprimer la poitrine parles côtés, de façon 
à simuler les mouvements respiratoires. 

Ces mesures générales sont susceptibles de quel- 
ques modifications secondaires suivant la nature' de 
l'asphyxie; aussi devons-nous examiner succincte- 
ment quelques cas spéciaux : 

1° Asphyxies par l'air vicié, l'acide carbonique 
(fermentation) , l'oxyde de carbone (vapeurs de 
charbon), gaz des fosses d'aisances, des égoûts. — 
Tenir le malade au grand air. la tète haute, les habits 
ouverts, projeter sur sa figure de l'eau froide par 
potées, donner des lavements purgatifs; éviter le 
soleil, les lits chauds, ne rien donner à boire avant 
que le malade n'ait respiré de lui-même. 



238 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 




2° Asphyxies par pendaison. — Contrairement 
au préjugé trop répandu, couper immédiatement la 
corde en soutenant le corps de l'asphyxié, desserrer 
les liens qui entourent le cou sans attendre l'arrivée 
des autorités ou de témoins. Tête un peu élevée,' 
chaleur, frictions, respiration artificielle, etc. 

3° Noyés. — Retirer de l'eau dès la découverte du 
corps, sans se préoccuper de l'arrivée des autorités; 
porter le noyé dans une pièce modérément chaude; 
couper les vêtements, débarrasser la bouche des 
mucosités ou des saletés qui la remplissent; puis, 
soins généraux indiqués plus haut. Sous aucun pré- 
texte, ne pas permettre que le noyé soit suspendu 
par les pieds, la tête en bas ; coucher l'asphyxié sur 
le côté droit, la tête légèrement inclinée pendant 
quelques secondes pour l'écoulement de l'eau avalée. 

Brûlures. 

Les brûlures sont produites par l'action sur la 
peau du feu, des objets très chauds ou des substan- 
ces caustiques. 

Si elles sont faibles, la peau est rougie, mais il ne 
se forme pas d'ampoules. Placer immédiatement sur 
les parties atteintes des compresses imbibées d'eau 
blanche fraîche ou de la pulpe de pommes de terre 
râpées ou de la poudre d'amidon ou, en un mot, 
toute substance qui empêche le contact de l'air. 

Plus fortes, les brûlures sont caractérisées par la 
formation d'ampoules qui se remplissent d'un liquide 
séreux. Ouvrir les ampoules dès qu'elles sont for- 
mées; pansements avec le Uniment oléo-calcaire 



PREMIERS SOINS EN CAS D ACCIDENT. 



239 



préparé en agitant 100 grammes d'huile d'amandes 
douces dans 900 grammes d'eau de chaux; n'em- 
ployer que l'espèce de crème qui surnage au-dessus 
de l'eau. Ce Uniment n'ayant, en définitive, d'autre 
objet que d'empêcher le contact de l'air, peut être 
remplacé par la confiture de groseilles, la pulpe de 
pommes de terre, une forte solution d'alun dans 
l'eau, etc. 

A un degré encore plus fort, les brûlures ont eu 
pour effet de détruire la peau et les tissus qu'elle 
recouvre. Mêmes soins généraux que dans le cas 
précédent. Si les douleurs sont trop violentes, mouil- 
ler les compresses employées avec une solution de 
10 grammes de laudanum dans un litre d'eau. 

Lorsque le feu a pris aux vêtements d'une per- 
sonne, il faut immédiatement l'envelopper avec force 
dans les premiers objets qui tombent sous la main, 
(draps, couvertures, tapis, manteaux, etc.), car les 
brûlures étendues sont d'une extrême gravité. 



Hémorragies. 

Les hémorragies ou écoulement de sang que nous 
avons spécialement en vue ici sont celles qui résul- 
tent d'une plaie récente. S'il est bon qu'un peu de 
sang sorte d'une plaie, il n'en est pas moins vrai 
qu'il faut essayer d'arrêter l'hémorragie aussitôt 
que possible. 

Le sang qui s'écoule en nappe, sans jet, provient 
de la rupture des capillaires. Des lotions froides, le 
rapprochement des lèvres de la plaie et une pression 
modérée suffisent souvent à arrêter l'écoulement 






240 



PRINCIPES D'HYGIÈNE. 



dans ce cas; si l'écoulement persiste, employer le 
perchlorure de fer, ou l'alun, ou le sulfate de fer en 
poudre. 

Le sang qui s'écoule en jet continu et dont la cou- 
leur est rouge noir provient de la rupture des veines. 
Exercer une compression sur le trajet de la veine à 
l'aide des deux pouces appliqués l'un sur l'autre; 
placer aussi haut que possible les parties qui sont le 
siège de l'hémorragie; donnerun cordial (vin, char- 
treuse, etc., étendus d'eau). 

Lorsque du Bang d'un rouge vif s'écoule enjet sac- 
cadé, il provient de la rupture d'une artère; mêmes 
soins que dans le cas précédent. Éviter, par l'admi- 
nistration de quelques gouttes de cordial, qu'une 
syncope se produise, et, si elle se produit, faire re- 
venir le malade à lui le plus lentement possible. 

Quand l'hémorragie est arrêtée, essuyer les bords 
de la plaie avec un linge lin. en rapprocher exacte- 
ment les deux lèvres et maintenir dans cette posi- 
tion avec quelques bandelettes étroites de spara- 
drap. 

Piqûres ou plaies envenimées. 

Nous voulons examiner seulement les premiers 

soins qu'il tant donner en présence de piqûres ou de 
plaies produites pur les animaux venimeux armés 
de dents, de dards, d'aiguillons, et qui laissent un 
venin dans la blessure. 

1" Morsures de vipères. — Si la morsure est ré- 
cente, faire une ligature modérément serrée au-des- 
sus de la plaie, afin d'empêcher le venin d'arriver au 
cœur, d'où il se diffuserait dans tous les organes; 



PREMIERS SOINS EN CAS D'aCCIDIN i\ 



241 



élargir la plaie avec un instrument tranchant, la 
laver à grande eau et la faire saigner autant que pos- 
sible par l'application d'une ventouse ou, à son dé- 
faut, employer un verre ou une tasse dont les bords 
produiront une compression. Pratiquer des succions 
avec la bouche sur la plaie est un excellent moyen 
qui n'offre aucun danger s'il n'y a aucune écorchure 
dans la bouche: puis cautériser profondément la 
plaie avec un morceau de fer quelconque chauffé à 
blanc; tenir le malade chaudement et le réconforter 
par du vin chaud, du thé, du rhum. 

:2° Piqûres d'abeilles, de guêpes (insectes veni- 
meux) de scorpions, de tarentules. — Retirer les 
dards ou les aiguillons qui peuvent être restés dans 
la plaie avec le venin qu'ils renferment : cautériser 
légèrement les points atteints avec de l'ammoniaque 
pure; appliquer des compresses d'eau vinaigrée: 
réconforter le malade. 

Piciùres de mouches charbonneuses. — Toute 
piqûre qui s'envenime doit être immédiatement 
traitée avec énergie, car elle peut avoir été faite par 
des mouches ou d'autres insectes porteurs de micro- 
bes du charbon. Le premier traitement consistera à 
laisser tomber sur la piqûre une goutte du mélange 
obtenu avec 9 parties d'acide phénique et 1 partie 
d*alcool. Si, au moment d'agir, la plaie est déjà éten- 
due sous forme d'une plaque lenticulaire, l'ouvrir 
en croix avec un instrument tranchant (couteau, 
ciseau) et cautériser profondément avec un fer 
chauffé à blanc, puis compresses d'eau-de-vie cam- 
phrée ; prévenir immédiatement le médecin. 

1G 






242 



PRINCIPES D HYGIENE. 



Apoplexie. 



L 'apoplexie , désignée aussi sous les noms de 
congestion cérébrale, de coup de sang, est produite 
lorsque le sang se porte au cerveau avec trop de vio- 
lence. 

Dès qu'un accident de ce genre se manifeste, il 
faut s'efforcer de rétablir la circulation normale. 
Pour cela, on place le malade sur un lit, la tète 
haute, les jambes pendantes ; on desserre la cravate 
■ou les liens qui peuvent gêner la respiration et on 
applique sur la tête des compresses imbibées d'eau 
fraîche vinaigrée ou d'eau sédative. Si l'on a de la 
glace, on en remplit une vessie qu'on place sur le 
crâne et sur le front. Il faut, en outre, que l'air se 
renouvelle autour du malade ; pour cela, il suffit de 
l'agiter avec un éventail ou un mouchoir. Des sina- 
pismes appliqués à la poitrine, aux mollets, attire- 
ront le sang vers les membres; un ou deux lave- 
ments purgatifs auront un résultat analogue du côté 
de l'intestin. 

S'abstenir, en tout cas, d'odeurs fortes (alcali, 
vinaigre, etc.) qui seraient nuisibles. Ne donner au 
malade, avant qu'il n'ait repris connaissance, aucun 
aliment solide ou liquide; mais alors on pourra 
donner à boire quelques cuillerées d'eau fraîche 
avec quelques goutte<çI^ïrQ>.de vinaigre, d'éther 
ou de mélisse, etcy 




TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 

Préface v 

Programme prescrit pour la classe de Philosophie de l'Ensei- 
gnement secondaire classique, par arrêté du 12 août 1890. . IX 

Programme prescrit pour les Écoles normales primaires, par 

arrêté du 10 janvier 1889 x 

I. L'Eau. ] 

§ 1. Caractères généraux des eaux potables 1 

Rôle de l'eau dans la vie de l'homme 1 

Origine des eaux de l'alimentation 2 

Les principes qui peuvent être contenus dans les eaux .... 5 

Qualités d'une eau potable et pure S 

§ 2. Les eaux potables pures et les eaux impures 10 

L'eau des sources est pure 10 

Les eaux courantes peuvent être contaminées 11 

Les eaux des puits peuvent être contaminées 1 1 

Toutes les autres eaux peuvent être contaminées; l'eau de 

source seule est pure 15 

§ 3. Les moyens de purifier les eaux potables 17 

Ebullition 17 

Filtration 1g 

IL L'Air 23 

5j 1. Caractères généraux de l'air 23 

Composition de l'air. 23 

Propriétés physiques de l'air. 25 

Rôle physiologique de l'air 2R 

Quantité d'air nécessaire à l'homme dans un temps donné. 2S 

Quantité d'air nécessaire dans les habitations 2!) 

§ 2. L'air confiné 30 

Dangers de l'air confiné 30 

Renouvellement de l'air ; ventilation 34 

§ 3. Altérations de l'air 3,j 

Altération de l'air par les poussières 35 



344 TABLE DBS MATIÈRES. 

Altération de l'air par les gaz.- 37 

Altération de l'air par les germes vivants 3!) 

Voisinage des marais 40 

III. LK8 ALIMKNT8 42 

§ 1. Les aliments en génital 42 

Classification des aliments 42 

Aliments complets 44 

§ 2. Les falsifications principales de* alimenta usuels 45 

Le pain 46 

Extraits de viandes 47 

Les œufs 48 

Le lait i:i 

Le beurre 51 

Les fromages '. 52 

Graisses et huiles 53 

Chocolat 53 

Thé et Café 54 

I'àti'serii's. (Sucreries 50 

§ 3. Dangers île certaine* riani/es 57 

Maladies d'origine alimentaire 57 

Les tœaias 58 

La trichine 65 

Maladies microbiennes : charbon et tuberculose G8 

Empoisonnements d'origine alimentaire : le botulisme. ... 09 

§ 4. Les boissons alcool "tijucs 71 

Rôle physiologique de l'alcool 71 

Le vin 74 

Composition et rôle du vin 74 

Le mouillage et le vinage 77 

La coloration artificielle. 77 

Le plâtrage 78 

Le sucrage 79 

Le salieylage 80 

Vins artificiels 80 

La bière : préparation et composition 81 

Falsifications 83 

Le cidre : préparation, composition, falsification 81 

§ 5. Alcools et liqueurs 85 

Caractères généraux et origines des alcools 85 

Quantités d'alcool produites depuis 1840 88 

L'alcoolisme 91 

Comment devient-on alcoolique? 93 



TABLE DES MATIÈRES. 245 

IV. Lus Maladies contagieuses 97 

§ 1. Étude d'une maladie contagieuse type 97 

Caractères généraux des maladies contagieuses 97 

La fermentation alcoolique 98 

Origine des microbes 101 

Le charbon : caractères généraux. 104 

Le charbon est causé par un microbe 108 

Formation de spores par la b.-ictéridie du charbon 106 

Mode de transmission du charbon 107 

Vaccination du charbon 109 

§ 2. Les principales maladies -mirrobieitiies traiismissiblex 

(non éruptives). '. 111 

Caractères généraux; transmission 111 

Prophylaxie 114 

Le choléra ; caractères généraux. 11"> 

Mode de transmission du choléra 117 

Prophylaxie 1-0 

La fièvre typhoïde ; caractères généraux 121 

Mode rie transmission 121 

Prophylaxie 125 

La tuberculose ; caractères généraux. J26 

Mode de contagion 1 28 

Prophylaxie 129 

La diphtérie; caractères généraux 131 

Contagion et prophylaxie 132 

§ 3. Les fièvres èrvptire.-t 134 

La rougeole; caractères généraux 134 

Contagion et prophylaxie 13."> 

La scarlatine ; caractères généraux 136 

Contagion et prophylaxie. 137 

La variole; vaccination, revaccinatioa. — Caractères, con- 
tagion et gravité de la variole 138 

Variolisation, vaccination. 141 

Revaccination 143 

Bienfaits de la vaccination. 144 

Procédés de vaccination 147 

§ 4. Les maladies transmissibles non microbiennes 148 

La gale ; caractères généraux 149 

Contagion 160 

Les teignes ; caractères généraux 151 

Les trois sortes de teignes 1C2 









246 



TABLE DES MATIÈRES. 



| 5. Désinfection, isolement, propreté corporelle 

Désinfection; destruction des microbes par la chaleur.. . 

Destruction des microbes par les fumigations gazeuses. .. 

Destruction des microbes par les liquides antiseptiques.. . 

Mode d'emploi des liquides désinfectants 

Isolement 

Propreté corporelle. 

V. La maison salubre 

Aération des appartements 

Chauffage des pièces 

Eloignement des immondices 

\l. Police sanitaire dus animaux 

1° Maladies des animaux transmissibles à l'homme 

La rage; caractères généraux ; les chiens enragés 

Police sanitaire des animaux atteints ou suspects de la rage. 

Hoins à donner aux personnes mordues par un chien enragé 
ou suspect 

Vaccination de la rage 

Le charbon ; mesures sanitaires. 

La tuberculose ; mesures sanitaires 

La morve et le farcin ; caractères généraux et mesures sa- 
nitaires. 

2° Maladies contagieuse» des animaux non transmissibles à 

V homme 

Mesures générales de police sanitaire. 

VII. Hygiène du l'enfance 

Surveillance des écoles 

Soins de propreté 

Le sommeil. 

Nutrition de l'enfant 

VIII. Appendice 

Premiers soins à donner en cas d'accidpiffs7. . . . T^ n 

Empoisonnements /:. 1 ........ .. ./S,. 

Asphyxies 

Brûlures. 

Hémorragies. 

Piqûres et plaies envenimées. 
Apoplexie 




156 

157 
162 

163 
165 
167 
169 

174 
175 
177 
184 

196 
197 
197 
202 

204 
206 
209 
211 

211 

213 
213 

215 
215 
217 
220 
221 

230 
230 
231 
236 
238 
239 
240 
242 



Toulouse, lmp. DouLADOtmE-PmvAT, ru» S'-Uonie, 39. — 8742 



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